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Magnotta, un homme ultra-organisé, qui distinguait le bien du mal, plaide la Couronne

Le procureur de la Couronne Louis Bouthillier

Le procureur de la Couronne Louis Bouthillier

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Luka Rocco Magnotta a agi de façon « déterminée » et « ultra-organisée » en planifiant le meurtre de Lin Jun; il doit donc être tenu responsable de ses gestes et reconnu coupable des cinq chefs d'accusation portés contre lui, dont celle de meurtre prémédité a affirmé le procureur de la Couronne Louis Bouthillier, jeudi, en concluant sa plaidoirie qui s'est étirée sur plus de trois heures.

Un texte de François MessierTwitterCourriel

Selon Me Bouthillier, l'Ontarien de 32 ans était en mesure de distinguer le bien du mal et trois éléments démontrent clairement qu'il était parfaitement conscient de ce qu'il faisait : il s'est débarrassé des preuves après le meurtre de l'étudiant chinois, le 25 mai 2012, s'est enfui en Europe par la suite, et a tenté de dissimuler son identité en utilisant des pseudonymes.

Le procureur de la Couronne a déclaré aux 14 jurés que la défense avait échoué à démontrer sa thèse, selon laquelle Luka Rocco Magnotta ne peut être tenu criminellement responsable de la mort de Lin Jun, en raison de troubles mentaux.

Il a rappelé que l'accusé avait refusé de rencontrer tout psychiatre embauché par la Couronne pour faire une contre-expertise dans cette affaire. « Pourquoi, pensez-vous? », a-t-il lancé au jury. Me Bouthillier a enfoncé le clou en rappelant que même la défense avait songé à embaucher le Dr Gilles Chamberland, qui a finalement effectué cette contre-expertise.  

Le procureur a rappelé au jury que selon le Dr Chamberland, Luka Rocco Magnotta souffre non pas de schizophrénie, mais de troubles de la personnalité histrionique et narcissique, qui n'entraînent pas de perte de contact avec la réalité, et qu'il cherchait activement à être célèbre. « Malheureusement, il a réussi », a-t-il laissé tomber.

Le Dr Chamberland avait aussi noté que l'accusé s'était lui-même diagnostiqué schizophrène, en juin 2001, en demandant une prestation pour inaptitude au travail au gouvernement ontarien. D'autres médecins sont parvenus à cette conclusion par la suite, mais leur diagnostic repose sur des bases « douteuses », a rappelé le procureur de la Couronne. 

Me Bouthillier a argué que Luka Rocco Magnotta a simulé des symptômes de schizophrénie lorsqu'il a rencontré le psychiatre allemand Thomas Barth à Berlin dans les jours suivant son arrestation, parce qu'il était en mesure de le faire et qu'il savait quelle conclusion cela entraînerait. Le Dr Barth, qui a témoigné à la demande de la défense, a conclu que l'accusé avait vécu une psychose sévère, vraisemblablement parce qu'il était schizophrène.

Pourtant, les trois derniers médecins qui avaient vu l'accusé avant le meurtre n'avaient constaté aucun des symptômes qu'il a décrits au Dr Barth, a souligné le procureur. Cela inclut le Dr Joel Paris, qui a vu Luka Rocco Magnotta à l'hôpital général juif de Montréal en avril 2012, et qui penchait lui aussi pour des problèmes de troubles de la personnalité. 

Me Bouthillier a également demandé aux jurés de ne pas tenir compte des rapports rédigés par les deux experts en psychiatrie légale embauchés par la défense, Marie-Frédérique Allard et Joel Watts, puisqu'ils n'ont « pas considéré tous les faits de la cause ». Tous deux ont plutôt tiré leur conclusion selon laquelle Magnotta était dans un état de psychose le soir du meurtre en s'appuyant sur ce qu'il leur a dit.

Le procès de Luka Rocco Magnotta se poursuivra lundi prochain, alors que le juge Guy Cournoyer donnera ses instructions finales au jury dès 11 h. Le jury sera ensuite séquestré, jusqu'à ce qu'il soit en mesure de rendre un verdict. 

Luka Rocco MagnottaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Luka Rocco Magnotta

Photo : La Presse canadienne / Mike McLaughlin

Les preuves incriminantes

Plus tôt en matinée, le procureur Bouthillier est revenu sur le courriel que Magnotta a envoyé au Sun de Londres le 10 décembre 2011, et dans lequel il annonçait qu'il mettrait prochainement en ligne une vidéo dans laquelle on ne verrait pas des chatons tués, mais des humains. Ce courriel, envoyé sous un pseudonyme, constitue une preuve de la préméditation, a-t-il avancé.

« Il y a un dicton qui dit : ce n'est pas de la vantardise si vous pouvez le soutenir. Et bon sang, il l'a vraiment soutenu », a-t-il lancé aux jurés. Selon lui, l'accusé s'est conduit par la suite comme un homme qui était « en mission ». 

Extrait du courriel envoyé au Sun le 10 décembre 2011

« Je dois vous dire au revoir pour maintenant, mais ne vous inquiétez pas, dans un avenir proche, vous entendrez encore parler de moi. Cette fois cependant, les victimes ne seront pas de petits animaux. Je vais cependant vous envoyer une copie de la nouvelle vidéo que je vais faire. Vous voyez, tuer, c'est différent de fumer... Vous pouvez arrêter de fumer. Une fois que vous avez tué, et goûté au sang, c'est impossible d'arrêter. L'envie de continuer est trop forte pour arrêter. »

Le procureur de la Couronne a aussi longuement la séquence des évènements survenus à partir du 24 mai 2012, date à laquelle Lin Jun est entré avec Luka Rocco Magnotta dans son appartement pour ne plus jamais en ressortir, jusqu'à son arrestation à Berlin, le 4 juin suivant. Il a souligné plus d'une fois à quel point l'accusé avait été « très très occupé » dans les heures suivant le meurtre, et qu'il était « ultra-organisé ».

Me Bouthillier a aussi déclaré que Lin Jun, un étudiant chinois qui n'avait pas de famille au Canada, était peut-être la « victime parfaite » pour Magnotta, « celle qu'il attendait depuis le 18 mai ». Ce jour-là, Magnotta avait accueilli un autre homme dans son appartement, vraisemblablement pour se « pratiquer », selon la Couronne. Cet homme, qui n'a jamais été identifié, peut être aperçu dans les premières secondes de la vidéo montrant l'accusé profanant le cadavre de Lin Jun.

Le procureur de la Couronne a d'ailleurs souligné en fin de matinée à quel point il s'en est fallu de peu pour que la police ne puisse pas retracer Magnotta. La plupart des éléments de preuve recueillis par la police le 29 mai 2012 dans des sacs de poubelles placés près de son immeuble à logements, dont les armes du crime, auraient très bien pu se retrouver au dépotoir.

N'eût été la curiosité du concierge qui a remarqué la valise contenant une partie du corps de la victime, Magnotta aurait pu ne jamais être retracé, a-t-il ajouté. Les quelques traces de sang qui apparaissaient dans son appartement après son départ n'auraient pas permis à quiconque d'appeler la police. Et le cellulaire de Lin Jun ne contenait aucune trace d'un appel fait par Magnotta.

Me Bouthillier est aussi revenu sur la cavale de l'accusé en Europe. Il a longuement décrit plusieurs épisodes laissant croire qu'il savait qu'il était traqué et qu'il se cachait, parce qu'il savait très bien que ce qu'il avait fait était mal : il a loué deux hôtels pour la nuit du 27 mai - la deuxième sous un faux nom d'ailleurs -, il a acheté un cellulaire qui ne lui a servi que trois jours, il a effacé des fichiers compromettants sur son ordinateur, etc.

Il a aussi rappelé ce que Magnotta a déclaré au policier allemand qui l'a arrêté dans un café Internet de Berlin le 4 juin 2012 : « Vous m'avez eu, je suis l'homme que vous cherchez ». Ce policier, a ajouté le procureur, dit avoir constaté que Magnotta souriait dans l'autopatrouille l'amenant au centre de détention de Berlin, et qu'un second, aussi présent dans la voiture, avait estimé qu'il se comportait d'une manière « arrogante ».

Luka Rocco Magnotta est accusé du meurtre au premier degré de Lin Jun, d'outrage à son cadavre, de production de matériel obscène, d'utilisation de la poste pour le diffuser et de harcèlement à l'endroit du premier ministre Stephen Harper et d'autres membres du Parlement. Il a reconnu les faits dès le début du procès, mais a plaidé non coupable, puisqu'il présente une défense de troubles mentaux.

Magnotta face à la justice

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