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« Ô Capitaine, mon capitaine, bon voyage »

Jacinthe Taillon a assisté aux funérailles de Jean Béliveau

La mort de Jean Béliveau a laissé un grand vide tant chez le Canadien que dans la communauté. Un sentiment qu'Yvan Cournoyer a partagé sans retenue, mercredi, lors des funérailles nationales, sobres et dignes, à l'image de l'homme mort le 3 décembre à l'âge de 83 ans.

Un texte de Manon GilbertTwitterCourriel

« Depuis une semaine, on a beaucoup parlé de Jean Béliveau comme l'homme sur la patinoire et en privé. Aujourd'hui, je voudrais vous parler de Jean, mon capitaine. J'ai eu la chance de jouer avec Jean à mes huit premières années et de remporter avec lui ma première Coupe Stanley. J'ai cochambré avec lui sur la route et nous avons développé une belle amitié, une relation comme père et fils.

« Jean le temps passe si vite, ça fait 51 ans que tu es mon ami, mon capitaine. Mes souvenirs avec toi ne seront jamais oubliés. Cette rose que j'ai (NDLR : qu'il portait à sa boutonnière), je vais la garder tout le reste de ma vie. Ô Capitaine, mon capitaine, bon voyage », a conclu Cournoyer, la gorge nouée par l'émotion.

Sa dernière phrase était inspirée d'un poème de Walt Whitman, composé en hommage au président des États-Unis Abraham Lincoln, assassiné le 14 avril 1865.

Une heure avant le début de la cérémonie, les gratins politique et sportif se sont succédé sur le parvis de la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, du premier ministre du Canada Stephen Harper à son prédécesseur Jean Chrétien, en passant par des anciens entraîneurs du CH, Jacques Demers et Alain Vigneault, et autres vedettes de la LNH comme Mario Lemieux et Luc Robitaille.

Tous ont parlé de l'admiration qu'ils portaient à l'illustre joueur de centre, mais c'est son ex-coéquipier Guy Lapointe qui a le mieux résumé le sentiment qui habitait joueurs actuels et anciens du Canadien.

« Il était comme un père. On vient de perdre le plus gros morceau de la famille », a dit celui dont le numéro cinq a été retiré en novembre.

« Il était un grand dans son sport, mais il était plus grand que son sport », a ajouté Stephen Harper.

À 14 h 04, le cercueil de Jean Béliveau a fait son entrée dans la cathédrale, porté par six anciens du Tricolore, Yvan Cournoyer, Phil Goyette, Guy Lafleur, Robert Rousseau, Serge Savard et Jean-Guy Talbot sous les applaudissements de la foule massée le long du boulevard René-Lévesque.

« Salut Béliveau! », a crié un spectateur.

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, qui avait annoncé la semaine dernière que Jean Béliveau aurait droit à des funérailles nationales, le gouverneur général David Johnston, le lieutenant-gouverneur du Québec Pierre Duchesne, le maire de Montréal Denis Coderre, la mairesse de Longueuil Caroline St-Hilaire et le commissaire de la LNH Gary Bettman étaient également présents.

Un homme plus grand que nature

C'est peu après le début de la cérémonie, présidée par l'archevêque de Montréal Christian Lépine, et par son homologue de Québec, le cardinal Cyprien Lacroix, que Cournoyer et trois coéquipiers de même que le propriétaire et président du CH, Geoff Molson, se sont remémorés leurs souvenirs du « Gros Bill ».

« Élise, Hélène, je vous offre mes condoléances les plus sincères en ces moments difficiles. Nous avons tous perdu un grand homme, mais vous avez perdu votre mari, père et grand-père, a dit Dickie Moore, coéquipier de Béliveau pendant 11 saisons. Élise a été si chanceuse de t'avoir dans son équipe toutes ces années. J'ai été chanceux d'avoir partagé des moments extraordinaires avec lui, chanceux de l'avoir eu comme ami. Préféreriez-vous être bon ou chanceux? J'ai été chanceux. Il était bon. On a été si chanceux de t'avoir dans nos vies. Ton coéquipier, ton ami à toujours. »

Serge SavardSerge Savard

Serge Savard, lui, a tenu à souligner la grande classe de l'illustre numéro 4.

« Il nous a aidés à être de meilleurs joueurs on and off the ice. On ne pouvait pas décevoir un tel homme. Cet homme a rehaussé le prestige de la Ligue nationale par sa dignité. [...] Jean, le Rocket est assis à la table d'honneur de nos légendes nationales. Il t'invite à te tirer une chaise et à t'asseoir à ses côtés. »

Pour Ken Dryden, c'est la grandeur de l'homme, non pas physique, mais morale, qui l'a marqué.

« Il était mon premier cochambreur chez le Canadien et j'étais son dernier, a raconté Dryden. Il avait le lit double et moi le lit simple! Ce n'était plus une grande vedette, mais c'était notre capitaine. Il allait demeurer ce qu'il a été tout le reste de sa vie, une grande présence. Sa plus grande réalisation est probablement qu'il a été un grand gentleman. »

« La première fois que j'ai vu Jean Béliveau, il était déjà un géant. J'étais tout petit et j'ai le souvenir d'un monsieur qui s'est penché vers moi tendant la main, s'est rappelé Geoff Molson. Depuis une semaine, j'ai redécouvert ce même regard chez les gens. Il était un grand de ce monde, il s'adressait à eux comme il s'adressait à nous, en ami. Mais il était plus qu'un ami. Il était plus qu'un champion.

« Il a été le premier joueur à patiner d'un bout à l'autre de la glace pour que les partisans voient la Coupe Stanley. C'était aussi leur triomphe. Jean Béliveau, c'est abnégation, humilité, courage, générosité. C'est maintenant à nous tous de tenir le flambeau. »

À la fin de la cérémonie, les porteurs ont plié le drapeau du Canadien qui recouvrait le cercueil. Guy Lafleur, complètement bouleversé par la mort de son idole et ami lors de son passage à la chapelle ardente, lundi, a ensuite remis le drapeau à son épouse Élise.

Pendant que le corbillard s'éloignait sur le boulevard René-Lévesque, la famille recevait les condoléances de tous les dignitaires.

La dépouille sera enterrée prochainement dans un cimetière de Longueuil dans une cérémonie privée.

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