•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

« La folie, c'est la folie », plaide l'avocat de Magnotta

Photo : Associated Press, Facebook/Canadian Press

Radio-Canada

L'avocat de Luka Rocco Magnotta a profité de sa plaidoirie finale, mercredi, pour demander au jury de rendre un verdict de non-responsabilité criminelle pour son client, accusé du meurtre prémédité de Lin Jun, le 25 mai 2012, à Montréal. Il l'a cependant invité à mettre de côté les témoignages des deux psychiatres qui ont plaidé en ce sens, afin de se concentrer sur la preuve matérielle, montrant le comportement de son client dans les mois précédant le meurtre. « La folie, c'est la folie », a-t-il argué.

Un texte de François MessierTwitterCourriel

Me Leclair a réitéré la thèse qu'il défend depuis le début du procès, le 29 septembre. Il affirme qu'il n'y a « aucun doute », selon lui, que l'Ontarien de 32 ans souffre de schizophrénie, et que la psychose qui s'est emparée de lui dans la nuit du 24 au 25 mai 2012 l'a empêché de distinguer le bien du mal. Cette psychose, a-t-il soutenu, est attribuable à son état de santé, et non à une possible intoxication engendrée par la consommation de drogues.

Il a rappelé au jury que pour que son client soit reconnu coupable des cinq chefs d'accusation portés contre lui, le jury doit en être convaincu « hors de tout doute raisonnable ». Le fardeau de la preuve n'est cependant pas le même pour la défense, lorsqu'elle plaide la non-responsabilité criminelle. Dans ce cas, a-t-il dit, le jury doit se baser sur la « prépondérance des probabilités ».

Monsieur Magnotta est une entité qui a vécu, qui va continuer de vivre, qui s'est appelé Eric Newman : entre la réalité et lui, il y a un gros fossé.

Luc Leclair, avocat de la défense

Me Leclair a fait valoir d'entrée de jeu que le fait que Luka Rocco Magnotta a refusé de rencontrer tout psychiatre embauché par la Couronne pour faire une contre-expertise dans cette affaire « n'est pas un facteur qui devrait jouer » dans l'analyse des jurés. « C'est évident que M. Magnotta a droit au silence », a-t-il déclaré.

Il a ajouté que le Dr Chamberland s'était compromis en donnant des entrevues à deux émissions de radio moins d'une semaine après le meurtre et dans lesquelles il tenait des propos qui n'étaient « pas dignes d'un psychiatre judiciaire », en disant par exemple qu'il était un « psychopathe ». Me Leclair a aussi déclaré que le fait qu'il avait lui-même approché le Dr Chamberland pour évaluer son client « ne veut rien dire ».

L'avocat de l'accusé a cependant surpris en déclarant au jury qu'il n'avait pas besoin des témoignages des deux experts en psychiatrie légale qui ont défendu la thèse de la non-responsabilité criminelle, Marie-Frédérique Allard et Joel Watts. Me Leclair, qui a pourtant très longuement interrogé ces deux psychiatres, a plutôt demandé au jury d'évaluer la preuve matérielle à son juste mérite, en se basant sur leur expérience.

Les rapports des experts en psychiatrie légale sont susceptibles de vous aider, a-t-il dit, mais sans plus. « Vous avez besoin de vraiment vous calmer, relaxer, écouter et regarder » la preuve, a-t-il ajouté, en parlant plus précisément des nombreuses vidéos de caméras de surveillance le montrant le 24 mai 2012 et les jours qui ont suivi.

Me Leclair a invité le jury à regarder à plusieurs reprises au besoin les vidéos de surveillance dans lesquelles on peut voir Magnotta après le meurtre de Lin Jun. Rappelant que son client peut y être aperçu portant la casquette et le t-shirt de Lin Jun, il a lancé : « Est-ce que c'est normal? [...] C'est la folie ». Il a nié que la casquette ait été un trophée, comme l'a allégué la Couronne.

Il est aussi revenu sur la preuve qui appuie la thèse de la préméditation avec le plus de force, soit le courriel que Magnotta a envoyé au Sun de Londres en décembre 2011, dans lequel il annonçait que ses prochaines vidéos ne mettraient pas en vedette des chatons, mais des humains. Ce courriel, dit-il, prouve que son l'accusé avait des « idées délirantes », mais que son comportement n'avait « aucun sens ».

L'avocat a aussi invité le jury à regarder une photo prise lors d'une rencontre avec le journaliste Alex West, deux jours plus tôt, sur laquelle on peut voir ses « yeux vacants ». 

Me Leclair est aussi revenu sur ce que son client a dit au psychiatre Joël Paris, de l'hôpital général juif de Montréal, en avril 2012. L'accusé lui avait affirmé qu'il n'entendait pas de voix dans sa tête, et qu'il prenait de la drogue. « C'est de la folie », a lancé une fois de plus Me Leclair. « Pourquoi il a dit ça? Je ne le sais pas », a-t-il ajouté, avant d'insister qu'on ne voit pas un psychiatre « pour le fun ».

Il a rappelé que Magnotta a dit avoir tenu ces propos pour ne pas être hospitalisé. « Ce n'est pas déraisonnable de le penser. »

Me Leclair a également affirmé que les liens entre le meurtre de Lin Jun et le film Basic Instinct étaient « superficiels ». Il a fait valoir que Lin Jun n'avait pas été tué avec un pic à glace, et que le thriller ne faisait aucune référence à Stephen Harper ni au Parti libéral du Canada, par exemple. 

Me Leclair a aussi prévenu les jurés qu'il serait normal qu'ils soient « dégoutés », voire « fâchés » par ce qui peut être vu sur les vidéos de la profanation de cadavre de Lin Jun. Mais cela « n'a rien à voir » avec la preuve, a-t-il prévenu. Il a en outre prévenu les jurés contre tout sentiment de sympathie qu'ils pourraient éprouver à l'égard de la victime, qui ne peut être pris en compte non plus.

Les 14 jurys qui suivent le procès [NDLR deux d'entre eux seront remerciés avant les délibérations] ont écouté la plaidoirie de Me Leclair avec attention. Luka Rocco Magnotta, qui suit le procès depuis une cage de verre installée dans la salle d'audience, a eu le même comportement qui l'a caractérisé pendant tout le procès : il était plié en deux, de manière à ce que les jurés ne puissent le voir, en fixant le sol. Comme à l'habitude, il n'a démontré aucune émotion.

Le père de Lin Jun, qui écoutait le plus souvent le procès depuis une salle privée, était présent dans la salle d'audience pour la plaidoirie de la défense. Il a cependant quitté les lieux lorsque Me Leclair a entrepris de faire jouer quelques extraits de caméras de surveillance, dont ceux qui montrent son fils vivant pour une dernière fois.

Le procès de Luka Rocco Magnotta se poursuivra jeudi, avec la plaidoirie de la Couronne. Vendredi, le juge Guy Cournoyer donnera ses instructions au jury, qui sera ensuite isolé jusqu'à ce qu'il parvienne à un verdict.

Luka Rocco Magnotta est accusé du meurtre au premier degré de Lin Jun, d'outrage à son cadavre, de production de matériel obscène, d'utilisation de la poste pour le diffuser et de harcèlement à l'endroit du premier ministre Stephen Harper et d'autres membres du Parlement. Il a reconnu les faits dès le début du procès, mais il a plaidé non coupable, puisqu'il présente une défense de troubles mentaux.

Magnotta face à la justice

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.

Société