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Le ministre Moreau menace de réduire les vivres à Laval et à Longueuil

Le ministre Moreau affronte Laval et Longueuil : reportage de Martine Biron
Radio-Canada

C'est une partie de bras de fer que disputent Laval et Longueuil avec le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, qui menace de leur réduire les vivres si elles ne reviennent pas sur de récentes hausses de taxes.

À l'origine de la dispute, la hausse de taxes foncières annoncée en début de semaine par Laval et Longueuil, soit respectivement de 3,2 % et 3,9 %, en moyenne, pour 2015.

Les deux villes justifient cette hausse, notamment, en faisant valoir qu'elles doivent composer avec le resserrement budgétaire inclus dans le Pacte fiscal du gouvernement libéral imposé récemment au monde municipal.

Devant cette explication, le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, n'a pas mâché ses mots mercredi : « De dire que l'effort demandé en raison du Pacte fiscal est une justification pour une augmentation des taxes, là, c'est prendre les gens pour des crétins. Et je vous dis que ces deux maires-là ont choisi de faire de la politique, ils vont devoir répondre ».

Pierre Moreau menace de réduire les transferts pour 2015 à ces municipalités si elles ne reviennent pas sur la hausse de taxes. Le ministre Moreau utilise des formules telles que « refaire leurs devoirs et absorber l'effort » pour signifier aux deux villes récalcitrantes qu'elles doivent revoir leur approche.

Le ministre Moreau estime qu'il peut retenir les transferts sans avoir à légiférer puisqu'il s'agit d'une mesure administrative. « Je donnerai les directives dès cet après-midi [mercredi] si on ne m'indique pas qu'il y aura une correction », a-t-il déclaré.

Nous avons demandé aux municipalités de participer à l'effort de redressement des finances publiques sans augmenter le fardeau fiscal de leurs citoyens en comprimant leurs dépenses et en utilisant leurs surplus, ce que, clairement, les maires de Longueuil et de Laval peuvent faire. Ils ont choisi de faire autrement. Ils choisissent de faire de la politique sur le dos de leurs contribuables, ils en répondront.

Le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau

Le ministre Moreau estime que la situation est « scandaleuse » à Laval, puisque cette ville dispose de surplus de 117 millions de dollars et qu'elle affiche une croissance de ses dépenses de 2,8 %. À Longueuil, les surplus sont de 17,5 millions de dollars.

Le maire de Laval se défend bec et ongles

Or, à Laval, l'idée d'utiliser les surplus plutôt que de hausser les taxes fait bondir le maire Marc Demers, qui explique que l'administration municipale a enregistré des surplus parce qu'elle a « cruellement sous-investi dans les infrastructures ces dernières années ». Donc, c'est dans les infrastructures que les surplus doivent être réinjectés, pas dans les coffres de Québec, argue le maire de Laval.

Le chef du parti d'opposition Action Laval, Jean-Claude Gobé, estime au contraire que Laval a les reins assez solides pour répondre aux exigences du Pacte et qu'elle aurait pu effectivement puiser dans ses surplus au lieu d'augmenter les taxes.

M. Gobé souligne que la Ville a d'ailleurs eu les moyens d'embaucher 90 personnes. Il reconnaît cependant que Laval compte relativement peu d'employés  au regard de sa population, particulièrement si on la compare à d'autres villes d'importance dans la province.

Des compressions de 300 millions de dollars

Suzanne Roy, présidente de l'Union des municipalités du Québec (UMQ), est carrément furieuse de la réaction du ministre Moreau. Elle crie à « une ingérence inacceptable ».

Les 8000 élus au Québec sont élus par les citoyens de chacune des municipalités et c'est à eux qu'ils doivent des comptes, non pas au ministre des Affaires municipales qui, lui, a décidé, du haut de son ministère, qu'il y aurait 300 millions de moins dans les municipalités et que ça ne devrait pas avoir d'impact.

Suzanne Roy, présidente de l'Union des municipalités du Québec (UMQ)

Suzanne Roy estime que par ses propos incendiaires, le ministre Moreau remet en question l'autonomie des municipalités et nuit à sa relation de partenariat avec ces dernières. De plus, elle affirme que, n'en déplaise au ministre, les municipalités sont en droit de citer le Pacte fiscal lorsqu'elles haussent les taxes, par souci de transparence envers les concitoyens.

« Ça fait partie des impondérables qu'on a dû tous analyser quand on a élaboré nos budgets », déclare Mme Roy.

Quelque 1120 municipalités - dont plusieurs de petites tailles - doivent se partager des compressions de 110 millions. De ce montant, Longueuil doit absorber une réduction de 5,5 millions et Laval, de 10,7 millions.

« Ça n'a rien à voir avec l'autonomie des municipalités », dit M. Moreau, qui estime avoir une responsabilité envers les contribuables des villes de Longueuil et de Laval, qu'il souhaite protéger contre l'appétit de leur administration respective.

Les municipalités souhaitent être traitées comme des gouvernements de proximité, encore faut-il qu'elles se comportent comme des gouvernements responsables.

Pierre Moreau

Jeudi en matinée, l'UMQ et des représentants des administrations lavalloise et longueuilloise rencontreront la presse afin de faire le point sur leurs positions dans ce dossier.

Avec les informations de La Presse canadienne

Politique