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Le Canada, cancre du climat

Le Canada fait très mauvaise figure dans la lutte contre les changements climatiques, selon un rapport dévoilé ce matin à la conférence de l'ONU sur le climat à Lima. Le pays se classe encore une fois au bas du palmarès annuel, au 58e rang sur 61. En entrevue à Radio-Canada, le secrétaire général des Nations unies exhorte le gouvernement canadien d'être plus visionnaire pour l'avenir de la planète.

Un texte de Étienne LeblancTwitterCourriel

Le groupe de réflexion allemand Germanwatch et le Réseau action climat ont analysé les politiques climatiques des 58 pays dans le monde qui produisent 90 % des émissions de gaz à effet de serre. Seuls le Kazakhstan, l'Australie et l'Arabie saoudite ont une plus mauvaise note que le Canada.

Dans le groupe des dix plus grands émetteurs de CO2, le Canada arrive bon dernier.

Les sources d'énergie du pays, qui sont surtout fossiles, lui nuisent grandement dans ce palmarès. Ses émissions de GES par habitant sont très élevées. Le Canada est au dernier rang pour la question de son implication internationale pour la lutte contre les changements climatiques. Sa stratégie de développement des énergies renouvelables fait également piètre figure.

Carte du mondePerformance des politiques climatiques de 58 pays Photo : Radio-Canada

La version originale de ce document a été modifiée. Pour des raisons techniques, la version interactive de la carte n'est plus disponible.

Ce palmarès annuel est réalisé par le groupe de réflexion allemand GermanWatch et le Réseau action climat. Le rang des pays est établi selon une quinzaine de critères en rapport avec la politique de réduction des émissions de GES.

Ban Ki-moon presse le gouvernement Harper d'en faire plus pour la planète

Le secrétaire général des Nations unies (ONU) estime que le Canada doit en faire plus pour lutter contre les changements climatiques. À la veille de l'ouverture du volet politique de la conférence de Lima sur le climat, Ban Ki-moon invite le gouvernement canadien à se montrer plus visionnaire.

C'est l'entourage de Ban Ki-moon qui a contacté Radio-Canada afin de solliciter une entrevue, en français et en anglais (une proposition qu'il a aussi faite à deux autres médias, indien et sud-africain). Au moment où les ministres de l'Environnement du monde entier convergent vers la conférence des Nations unies sur le climat au Pérou, le grand patron de l'ONU se fait insistant envers Ottawa.

J'exhorte le Canada à être porteur de plus grandes ambitions, à être plus visionnaire pour l'avenir de la planète

Ban Ki-moon

Ban Ki-moon invite le Canada à suivre l'exemple de certains pays producteurs d'énergie fossile, qui investissent désormais dans les énergies renouvelables pour assurer la pérennité de leur économie.

« Les pays qui produisent des énergies fossiles sont en train de trouver de nouvelles manières de réduire leurs émissions. Le Canada pourrait être un meneur de ce mouvement. Je compte sur le leadership du premier ministre Stephen Harper », dit M. Ban. Quand on lui demande si le Canada doit s'affranchir de sa dépendance face à la production de pétrole des sables bitumineux, sa réponse est claire : « Oui ».

Selon lui, le Canada subira beaucoup de pression pour en faire davantage suite à la signature d'une entente entre les États-Unis et la Chine, les deux plus importants pollueurs de la planète, qui officialisent ainsi leurs objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2025. De fait, dans le palmarès de GermanWatch, qui évalue la performance climatique des dix plus grands émetteurs de CO2, les Américains et les Chinois se classent respectivement au 4e et 5e rang.

Ban Ki-moon admet d'emblée qu'il n'est pas question pour le Canada d'arrêter de produire des énergies fossiles demain matin. Mais de façon très diplomatique, il reproche au Canada d'opposer l'économie à l'environnement.

Lutter contre les changements climatiques ne veut pas dire que la croissance économique va ralentir. Nous pouvons gagner en prospérité, nous pouvons améliorer nos conditions de vie tout en protégeant l'environnement

Ban Ki-moon

Il insiste sur le fait que, sur la question des émissions de gaz à effet de serre, le gouvernement canadien doit agir au-delà des contraintes de la politique intérieure. « La question du changement climatique transcende les frontières nationales », dit-il.

Si la tendance se maintient, le Canada ne respectera pas ses propres cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre, soit, d'ici 2020, une baisse de 1  % sous les niveaux de 2005.

Ban Ki-moon pense toutefois que « le Canada est un pays moderne et avancé. Il est en mesure de changer ses façons de faire ».

Le volet politique de la conférence de Lima débute mardi matin et doit se poursuivre jusqu'à vendredi.

Une impression de déjà vu

Le Canada, admet, une fois de plus, qu'il n'est pas en voie d'atteindre ses cibles de Copenhague. Ottawa a publié en fin d'après-midi lundi son rapport annuel sur les tendances en matière d'émissions de gaz à effet de serre.

Avec les mesures actuellement en place, les émissions canadiennes devraient atteindre 727 mégatonnes en 2020, un niveau similaire à celui de 2005, l'année de référence choisie par les conservateurs.

La cible du Canada, en vertu de l'Accord de Copenhague, est de 611 mégatonnes en 2020. Le rapport souligne que tous les Canadiens devront consentir des efforts supplémentaires afin d'atteindre cet objectif. Celui de l'an dernier arrivait à la même conclusion, sans qu'un coup de barre ait été donné depuis.

Martin Bégin

Environnement