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  • Exclusif
  • Des chasseurs tentent de s'approprier des terres publiques illégalement

    Le reportage d'Enquête
    Radio-Canada

    C’est une guerre qui, chaque automne, se déroule en forêt, loin des yeux et des oreilles des citadins. Une guerre qui a pour enjeu l’appropriation des meilleurs territoires de chasse de la forêt publique. Enquête a pris le bois et a joué le rôle de chasseurs voulant exercer leur droit de chasser dans la forêt publique.

    Un reportage de Luc Chartrand à Enquête TwitterCourriel

    La forêt publique est en principe à tout le monde. Mais ce ne sont pas tous les chasseurs qui l’entendent ainsi.

    Dans toutes les régions du Québec, des groupes de chasseurs s’approprient des territoires « exclusifs » sur les terres publiques et y imposent leur loi, parfois les armes à la main. L’intimidation est devenue épidémique; les récits d’horreur, de vandalisme et de voies de fait pullulent.

    Affrontements sur images

    De gauche à droite : Dany Croussette, réalisateur; Luc Chartrand, journaliste; Pierre Mainville, caméraman.De gauche à droite : Dany Croussette, réalisateur; Luc Chartrand, journaliste; Pierre Mainville, caméraman.

    Nous avons procédé à diverses expériences en caméra cachée.

    Par exemple, nous avons monté une tente-prospecteur (photo) en bordure d’un chemin forestier dans un secteur réputé hostile envers les nouveaux chasseurs.

    Résultat : pendant que nos caméras surveillaient, notre campement a été démoli.

    Extrait de l'enquête

    Au bord d'un chemin, nous avons rencontré un chasseur, rejoint ensuite par d'autres membres de son groupe, qui a protesté contre notre présence. Attention, le langage employé dans cette vidéo est vulgaire.

    Pour regarder la vidéo sur votre appareil mobile, cliquez ici.

    Dans l’ensemble, cette enquête démontre que les conflits territoriaux entre chasseurs sont monnaie courante dans la forêt publique, y compris dans les territoires des ZEC - les « zones d’exploitation contrôlée ».

    Le reportage permet de comprendre comment ces conflits naissent. L’appropriation du territoire public par les chasseurs est un phénomène répandu, et ce, dans toutes les régions forestières du Québec.

    La Gaspésie semble particulièrement touchée et c’est en grande partie à cause d’un afflux très grand du nombre de chasseurs, venus de partout au Québec, attirés par l’abondance de l’orignal dans cette région.

    Des effectifs réduits

    Les agents de la faune doivent faire respecter l’article du règlement qui garantit à chaque citoyen le droit de chasser. Mais ces agents sont peu nombreux et ne patrouillent pour ainsi dire pas dans le territoire, en partie à cause des restrictions budgétaires.

    Par ailleurs, la mission prioritaire des agents de la faune est de protéger la faune. Pas les chasseurs contre leurs semblables.

    « Notre travail est surtout axé sur le biologique ou le très dommageable pour la faune, explique le lieutenant Alain Forest, chef du poste des agents de protection de la faune de Causapscal, dans la vallée de la Matapédia.

    Donc, les conflits entre usagers, on va les traiter. Mais notre priorité reste les activités les plus dommageables pour la faune.

    Alain Forest

    Les cas d’infractions plus graves - celles qui touchent le Code criminel comme l’intimidation, le vandalisme ou la violence – relèvent de la Sûreté du Québec.

    Des conséquences à notre enquête

    Avant la diffusion de notre enquête, Zecs Québec a appelé à « des actions concrètes », le plus rapidement possible.

    Les problèmes engendrés par le comportement de certains chasseurs d’orignaux sont connus et reconnus. Cette situation nuit aux ZEC, puisqu'elle est liée à l'appropriation du territoire et va à l'encontre de l'accessibilité, un principe fondateur des ZEC.

    Mathias Dufour, président de Zecs Québec

    Le ministre responsable de la Faune au Québec, Laurent Lessard, a annoncé le 5 novembre dernier, dans une lettre à Zecs Québec, la mise en place d'un comité pour « se pencher sur l’encadrement de la chasse dans les ZEC ».

    L’analyse de Luc Chartrand - Le milieu de la chasse mûr pour une profonde réflexion?

    Au Québec, on aborde la forêt publique comme à l’époque de Radisson. C’est à tout le monde; donc, c’est à moi! Les chasseurs se rêvent encore au temps des pionniers. On s’enfonce dans la forêt, on coupe des épinettes et on se construit un abri à partir duquel on va assurer la subsistance de sa tribu!

    Malheureusement, ça ne marche plus comme ça.

    Dans la perspective de la chasse à l’orignal (où le chasseur a besoin d’un territoire tranquille), il y a en fait aujourd’hui une surpopulation de chasseurs dans beaucoup de forêts du Québec.

    Nous avons choisi la Gaspésie comme région de tournage parce que le phénomène y est plus criant qu’ailleurs. La population d’orignaux y a explosé et le nombre de chasseurs a suivi : il a doublé depuis 1998, passant de près de 13 000 à 25 000.

    Pour regarder l'évolution des orignaux et des chasseurs sur votre appareil mobile, cliquez ici.

    Le bon voisinage entre chasseurs existe et les intimidateurs sont en minorité. Mais l’attitude générale du « respecte-moi, pis j’vais te respecter » - comme nous avons pu l’entendre dans notre enquête - sert beaucoup à justifier l’appropriation du territoire.

    On multiplie le nombre de caches permanentes et on considère que ces constructions (par ailleurs illégales) donnent à leurs propriétaires un droit de réservation pour les années à venir.

    Le problème n’est pas la chasse. Notre enquête La Guerre des bois n’est pas un débat sur le bien-fondé de la chasse. Le sujet, c’est la forêt publique et l’usage que nous en faisons.

    Est-il normal qu’un chasseur ne puisse trouver sur le territoire dit « libre » de la forêt domaniale un endroit pour chasser en paix?

    C’est pourtant la réalité d’un nombre croissant de gens qui se font refouler par des groupes plus ou moins organisés et établis. C’est aussi la réalité pas plus agréable de ceux qui ont trouvé un bon « trou » et s’y sont installés, et qui voient défiler des intrus pas toujours polis.

    Il n’y a certes aucune solution facile au problème du partage des territoires de chasse. Mais nous avons rencontré un nombre important de chasseurs qui pensent qu’il est temps d’aborder ce sujet.

    Dans le domaine de la chasse, la forêt publique du Québec est soumise à différents types de gestion territoriale :

    - Les parcs (nationaux et provinciaux) constituent des aires protégées où il est interdit de chasser.

    - Les réserves fauniques : le Québec compte une quinzaine de ces territoires dans lesquels la chasse au gros gibier, tel l’orignal et le chevreuil, est contingentée. Les secteurs de chasses y sont alloués par tirage au sort et la gestion de la plupart des réserves est faite par la Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq)

    - Les zones d’exploitation contrôlée (ZEC) : ce sont des territoires dont la gestion de la faune a été confiée à des associations de chasseurs et de pêcheurs. Ces associations prélèvent des tarifs (adhésion, forfaits, etc.) et les membres décident des orientations au cours d’une assemblée générale. Les ZEC ont été créées sous le gouvernement Lévesque, en 1977, lors de l’abolition des clubs privés de chasse et pêche qui consentaient à l’époque à leurs membres des droits exclusifs. Les ZEC sont ouvertes à tous.

    - Les pourvoiries : des entreprises qui fournissent des services (location de territoire exclusif, équipements, chalets, etc.) à leurs clients. Les pourvoyeurs bénéficient d’un permis (exclusif ou non) d’exploitation d’un territoire donné, mais l’État, dans la plupart des cas, reste propriétaire des terres.

    - Les territoires libres : c’est l’ensemble du territoire public (les terres de la Couronne) qui ne fait pas l’objet d’une gestion structurée (ZEC, Réserve faunique, parc ou pourvoirie). En territoire libre, chacun peut chasser sans frais, où il le veut… ou le peut.

    Avec Dany Croussette et Pierre Mainville.

    Chasse et pêche

    Société