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  • Exclusif
  • Le long chemin de croix de la mère du tueur de Polytechnique

    Monique Lépine est la mère de Marc, l’auteur des meurtres de l’école Polytechnique en 1989. Photo: Radio-Canada
    Radio-Canada

    « Je voudrais clore ce chapitre-là, et maintenant vivre ma vie à moi ». Vingt-cinq ans après, on sent tout le poids du drame sur les épaules de la mère du tueur de l'École polytechnique. Aujourd'hui âgée de 77 ans, elle témoigne de son long cheminement pour retrouver la paix, dans ce qui pourrait être l'une de ses dernières entrevues.

    Le 6 décembre 1989

    Monique Lépine apprend comme tout le monde la tuerie à l'École polytechnique. En soirée, elle se rend dans une église baptiste de l'est de Montréal pour se recueillir avec d'autres fidèles. Elle prend la parole. « Je vous demande de prier pour la mère du tueur. » « Pauvre femme, pauvre mère de famille », pense-t-elle alors.

    Elle ne sait pas encore que son fils est le « monstre » dont les médias parlent. 

    Le lendemain, elle donne une formation à des responsables de soins infirmiers. Elle est infirmière de profession, mais occupe un poste de gestion. Lorsqu'elle passe au bureau en fin de journée, son patron et des policiers l'attendent.

    Quand j'ai su qu'il s'agissait de mon fils, je me suis carrément effondrée en larmes. Les policiers sont venus me chercher comme si j'étais une criminelle. Parce que c'est comme ça que je l'ai vécu. Mon fils s'est enlevé la vie, il m'a laissé à moi l'odieux de ses gestes.

    Monique Lépine

    « Tu te demandes: "Qu'est-ce que j'ai fait ou je n'ai pas fait pour que mon fils puisse en arriver à poser de tels gestes?", se souvient-elle. Donc ça remet en question toute ton éducation, tout ce que tu as fait avec tes enfants depuis leur naissance. Parce que moi, ça m'a amené à une rétrospective aussi de ma vie entière. »

    L'entrevue intégrale de Monique Lépine a été diffusée le 7 décembre à Second regard, sur ICI Radio-Canada Télé.

    Père absent

    Monique Lépine s'est séparée en 1971. Elle a obtenu la garde légale des enfants. Son ex-conjoint, lui, a abandonné sa famille.

    Dans le sillage des événements de Polytechnique, Monique Lépine s'interroge sur les effets qu'a pu avoir cette séparation sur son aîné, Marc. « Mes enfants n'avaient que trois ans et cinq ans, et j'ai laissé mon mari. C'est moi qui ai demandé le divorce, parce qu'il était violent. Il avait frappé mon fils en plein visage alors qu'il n'avait que cinq ans. »

    « Ça a été très dur, poursuit-elle, parce que là, je me suis dit : "qu'est-ce qu'un enfant de trois ou cinq ans peut comprendre au niveau émotionnel quand, du coup, son père n'est plus là, la maison qu'il avait n'est plus là non plus, la maman doit aller travailler et il est confié à une gardienne qu'il ne connaît pas?" Ça m'a amenée à réfléchir longuement à toutes les blessures que j'appelle émotionnelles : l'abandon, le rejet, la trahison, le sentiment de ne pas être aimé. Ça laisse des marques. »

    Polytechnique, je me souviens

    Un crime contre 14 femmes, et sa mère aussi?

    Marc Lépine s'en est clairement pris aux femmes en 1989. Inévitablement, sa mère se demande s'il la visait, elle, avec son geste. Une question pour laquelle elle n'aura jamais de réponse.

    Est-ce que c'est à moi qu'il en voulait? Parce que, finalement, j'aurais pu répondre à ce profil-là.

    Monique Lépine

    Dans les années qui suivent la tragédie de l'école Polytechnique, Monique Lépine sombre dans la dépression. Elle est la mère d'un tueur. La honte et la culpabilité l'incitent à taire son identité.

    Les 14 femmes abattues par Marc Lépine le 6 décembre 1989, à l'école Polytechnique de Montréal.Les 14 femmes abattues par Marc Lépine le 6 décembre 1989, à l'école Polytechnique de Montréal. Photo : Radio-Canada

    La tuerie de Dawson, un déclencheur

    Dix-sept ans plus tard, la fusillade du collège Dawson la décide finalement à révéler publiquement son identité. Pour elle, c'est l'occasion d'aider d'autres mères qui souffrent en silence après que leurs enfants ont commis l'irréparable.

    « J'ai revécu toutes les mêmes émotions. Et évidemment, Mme Gill [la mère du tueur], je la portais dans mon coeur aussi. Je pouvais comprendre ce qu'elle vivait au même moment, parce que je revivais moi aussi, en même temps que Dawson, toutes les émotions que j'avais vécues en 1989 quand j'ai su que c'était mon fils. Et c'est là, finalement, où j'ai compris que je devais aider des gens »

    Monique Lépine accepte alors de donner des entrevues aux médias et participe à la rédaction d'un livre sur sa vie. Elle donne un sens à sa vie en aidant les autres, et accorde des entrevues et des conférences partout dans le monde.

    Pour avancer, Monique Lépine a voulu faire la paix. « Je l'ai fait avec les gens, avec les familles des victimes [...]. Mais la pire paix que tu dois chercher, c'est la tienne. »

    C'est la paix avec toi-même qui est la plus difficile à cause de ces sentiments de culpabilité, à cause de ces sentiments de honte, à cause du regard des autres sur toi.

    Monique Lépine

    Aujourd'hui, Monique Lépine n'attend plus les réponses qui ne viendront jamais. Inspirée par sa foi, elle aimerait vivre ses dernières années en sérénité et retourner dans un relatif anonymat.

    Polytechnique, je me souviens

    Société