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La réforme Barrette sous le feu de la critique

Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec
Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec
Radio-Canada

De vives réactions ont accompagné l'annonce du ministre de la Santé de son projet de loi 20 prévoyant notamment l'imposition de quotas aux médecins affiliés à la RAMQ et la restriction de l'accès au programme de procréation assistée.

La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) se dit « stupéfaite » du refus du gouvernement de discuter avec elle sur la question de l'accessibilité aux soins de première ligne. Elle est également « choquée » en raison des mesures « autocratiques et indignes d'une démocratie moderne prévues dans le projet de loi ».

Malheureusement, les autorités gouvernementales, trop préoccupées par les échéances électorales puis par les compressions budgétaires à tout crin, n'ont jamais pris le temps de venir s'asseoir avec nous pour discuter véritablement de la question de l'accessibilité. Nos demandes répétées en ce sens sont restées lettre morte jusqu'à tout récemment. 

Louis Godin, président de la FMOQ

Avec le projet de loi 20, la FMOQ estime que le gouvernement soumet les médecins de famille à des « conditions de pratique dignes des belles années de l'empire soviétique ». Il s'attaque aussi, selon elle, à la qualité même de la médecine familiale en « la déshumanisant », et ce, en voulant imposer des quotas de patients.

La fédération croit aussi que Québec « met en péril l'offre de soins de santé dans le réseau hospitalier en raison du rôle unique qu'y jouent au Québec les médecins de famille, qui vient de l'obligation qu'ils ont depuis 1993 d'y travailler un minimum d'heures par semaine ». Elle estime que les décideurs au ministère de la Santé « n'ont aucune idée de ce qu'est la pratique de la médecine familiale au Québec en 2014 ».

La FMOQ invite le gouvernement à faire preuve de bonne foi et de collaboration, l'avertissant que « jamais les médecins de famille ne se feront les complices de l'échec annoncé de la nouvelle coercition gouvernementale ».

Les médecins spécialistes mécontents

Diane Francœur, présidente de la Fédération des médecins spécialistes du QuébecDiane Francœur, présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec

La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) dénonce elle aussi l'attitude du ministère de la Santé qui « impose ses vues » plutôt que de travailler « en concertation avec tous les intervenants impliqués, dont les médecins ».

Pour la FMSQ, il est faux de prétendre, comme le fait le ministre, que les problèmes d'accès aux soins de santé incombent aux médecins. Les quotas et des pénalités ne sont pas les bons remèdes, selon elle.

Le ministre exige des médecins une garantie de résultats, mais quelle garantie offre-t-il au personnel soignant? Le ministre va devoir régler rapidement des situations bien connues comme les blocs opératoires fermés, les équipements défectueux, le manque de lits d'hospitalisations, l'insuffisance de personnel et j'en passe. 

Diane Francœur, présidente de la FMSQ

Pour ce qui est du programme de procréation médicalement assistée, la FMSQ a rappelé que sa position a été de le recentrer et non pas de l'abolir.

« D'emblée, le gouvernement décide de priver les personnes infertiles de ce service public. C'est un non-sens. Le ministre joue sur les mots, et le recours aux crédits d'impôt sera certainement un frein financier pour bon nombre de ces personnes qui devront d'abord débourser les coûts de toute cette procédure médicale », dit Diane Francœur.

Par ailleurs, elle ne comprend pas comment « le projet de loi propose que les personnes assurées, fertiles avant un traitement oncologique, aient droit aux services de préservation de la fertilité, mais pas à la procréation médicalement assistée ». 

Un triste jour pour Julie Snyder

Julie Snyder, qui s'est beaucoup impliquée dans le débat public sur le financement public des traitements de procréation assistée, a évoqué « un triste jour pour les couples infertiles ».

« Je déplore que des couples de la classe moyenne se voient limiter l'accès à un programme qui fait l'envie de tous au sein de la communauté médicale internationale et qui a donné des résultats au-delà de toutes les attentes », note-t-elle, ajoutant qu'« une société ne se trompe pas lorsqu'elle investit pour augmenter le nombre de ses enfants ».

La grande déception des couples infertiles

Viginie Kieffer, présidente de l’Association québécoise des couples infertilesViginie Kieffer, présidente de l’Association québécoise des couples infertiles

C'est avec beaucoup d'émotions que Viginie Kieffer, présidente de l'Association québécoise des couples infertiles, a commenté les annonces du ministre Barrette, évoquant une « journée vraiment triste ».

Déplorant l'intention du gouvernement d'abolir le programme de procréation assistée, même si elle est consciente de ses coûts élevés, Viginie Kieffer trouve que « le gouvernement ne considère pas notre condition suffisamment importante pour des soins de dernier recours, telle que la fécondation in vitro, pour qu'elle soit couverte par l'assurance maladie ».

« Alors que le Québec commence à ressentir les effets du vieillissement de la population, chaque naissance est importante aujourd'hui et permet d'atténuer la transition démographique que nous traverserons au cours des prochaines décennies », observe Mme Kieffer.

Nous sommes atterrés de voir que les couples infertiles qui ont longtemps milité pour faire reconnaître l'infertilité comme une maladie ne sont pas considérés comme ils devaient l'être. 

Viginie Kieffer, présidente de l'Association québécoise des couples infertiles

Elle conclut que son association demeure ouverte à une « contribution financière modeste pour préserver la couverture de la RAMQ pour la fécondation in vitro », car elle croit que « le financement public permet d'assurer le respect des bonnes pratiques et permet de protéger les patients parfois en position de vulnérabilité ».

Pas de juste milieu, selon le PQ

Diane Lamarre Diane Lamarre, porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé

La porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé et d'accessibilité aux soins, Diane Lamarre, craint que ces mesures projetées ne poussent les médecins à faire du « volume », plutôt que de travailler à améliorer la qualité des soins de santé prodigués aux patients.

Le PQ déplore que le patient ne soit pas au cœur du système de santé et constate que le ministre de la Santé « veut qu'on lui accorde les pleins pouvoirs sur le réseau ».

L'opposition officielle juge que « la réforme proposée n'apporte aucune solution pour répondre aux vrais problèmes du réseau ni pour améliorer l'accès et la qualité des soins pour les usagers et les patients ».

Mme Lamarre est aussi d'accord avec les balises prévues par Québec et les nouveaux paramètres introduits dans le programme de procréation assistée. Cependant, elle pense qu'« on ne peut pas priver les gens de la fécondation in vitro ».

Pour une personne qui gagne 50 000 $ par année et qui veut bénéficier de cette technique qui coûte environ 10 000 $, elle chiffre son apport personnel à 2000 $ (20 %), ce qui est énorme à ses yeux. Le coût pourrait être plus élevé pour les gens qui habitent en région et qui doivent, en plus de ces frais, prévoir de l'argent pour leur déplacement et leur hébergement dans les villes où est offerte la fécondation in vitro.

En somme, Diane Lamarre, trouve que les libéraux sont passés du « laxisme » à la « coercition », sans parvenir à trouver le « juste milieu ».

« Un canon pour tuer une mouche »

Éric CaireÉric Caire, porte-parole de la CAQ en matière de santé

Pour sa part, le porte-parole de la CAQ en matière de santé croit que le gouvernement utilise « un canon pour tuer une mouche », sans consultation des médecins.

Éric Caire, porte-parole du parti en matière de santé, parle d'une volonté de « mise en tutelle » des médecins par Québec. Selon lui, le ministre Barrette aurait dû évoquer ces aspects de sa réforme lors de ses récentes négociations avec les fédérations de médecins sur l'étalement des hausses salariales.

Tout en convenant que les balises au programme de procréation étaient « intéressantes et nécessaires », M. Caire regrette « qu'on sorte d'un panier de service un traitement qui, pourtant, est reconnaît pour son efficacité (la fécondation in vitro). Il est d'avis que le gouvernement doit permettre aux couples infertiles de bénéficier de cette technique une ou deux fois.

Le député caquiste s'interroge par ailleurs pour savoir sur quelle base le gouvernement conclura qu'un couple a eu des relations sexuelles adéquates et suffisantes avant de lui accorder l'accès au programme.

Plus de questions que de réponses, dit QS

Françoise DavidLa porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, le 27 mars 2014 Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes / PC

Le projet de loi 20 soulève plus de questions qu'il n'apporte de réponses, commente de son côté la co-porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, qui reproche au ministre Barrette de ne pas avoir provoqué un débat public sur des questions aussi sensibles.

La députée de Québec solidaire s'oppose à l'annulation de la couverture par la RAMQ du programme de procréation assistée et se montre sceptique quant aux évaluations psychosociales obligatoires dans certains cas où des ovules ou spermatozoïdes d'une troisième personne sont nécessaires à la procédure.

« L'obligation force les conjointes de même sexe à subir une évaluation psychosociale. J'aimerais que le ministre nous explique pourquoi ces couples doivent automatiquement se soumettre à cette étape supplémentaire du processus. Est-ce qu'on est en train de créer de la discrimination entre les différents types de couples? » s'interroge Mme David.

Société