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Vert, à la vie à la mort

Funérailles vertes
Radio-Canada

Recycler, composter, conduire un véhicule hybride. On ne compte plus les gestes, petits ou grands, qui nous permettent de faire notre part pour la planète. Des gestes bien intégrés au quotidien. Mais comment faire preuve de cohérence et transposer ce souci de l'environnement jusqu'aux rituels funéraires?

Un texte de Catherine MercierCourriel de La semaine verte

Quel choix s'offre donc à ceux qui souhaitent partir en laissant le moins de traces possible?

En ce moment, les questions environnementales, écologiques, sont en train de devenir ce qui est sacré pour notre société.

Julia Duchastel-Légaré, vice-présidente de la maison funéraire Alfred Dallaire MEMORIA

Polluer à petit feu

Longtemps perçue comme une solution plus écologique, la crémation a connu un boom de popularité sans précédent au cours des 50 dernières années. Interdite par l'Église jusqu'en 1963, elle est désormais le premier choix d'une majorité de Canadiens.

Incinération

Mais s'il est vrai que la crémation permet une occupation de l'espace beaucoup moins grande que l'inhumation, elle n'est pas sans impact pour l'environnement. Selon une étude d'un professeur de l'Université de Melbourne en Australie, chauffer un four crématoire pour brûler un seul corps produirait 160 kg de gaz à effet de serre.

Et ce n'est pas tout : le cercueil incinéré avec la personne contient souvent du métal, tout comme... le corps lui-même! On peut penser aux amalgames dentaires, dans lesquels on retrouve du mercure. Une fois relâché dans l'atmosphère, ce métal hautement toxique se dépose au sol, dans l'eau et s'accumule dans la chaîne alimentaire.

En 2006, 16 % de la pollution au mercure du Royaume-Uni était liée à la crémation des amalgames dentaires. Le gouvernement a pris les grands moyens et forcé l'industrie à se doter de filtres ultraperformants. L'objectif de réduire cette pollution de moitié a été atteint en 2012.

Mais il a fallu y mettre le prix : ces filtres coûtaient 142 000 euros chacun.

En Suède et au Danemark, on est carrément remonté aux sources du problème. Depuis 2008, les amalgames dentaires contenant du mercure y sont interdits.

L'inhumation, pas si verte qu'on pourrait le croire

Un enterrement écologique

L'enterrement standard peut s'avérer, lui aussi, très polluant. Un cercueil en métal ou en bois exotique viendra tout de suite alourdir l'empreinte écologique du défunt. Sans compter que le cimetière, lieu du repos éternel, n'est pas toujours le parc naturel que l'on croirait. Dans un cimetière standard de 10 acres se trouveraient assez de bois de cercueil pour construire 40 maisons, près de 1000 tonnes de métal enfoui dans le sol et 20 000 tonnes de ciment dans les voûtes souterraines.

Que faire alors?

Se renseigner, poser des questions sur les produits écologiques. « Quand survient un décès, c'est brutal, c'est une décision qui se prend rapidement », explique Julia Duchastel-Légaré. Difficile parfois pour le personnel des maisons funéraires de savoir si le défunt avait la fibre écolo.

Quand les gens viennent faire des préarrangements chez nous, dans un contexte beaucoup moins émotif, où ils ont le temps de réfléchir à ce qu'ils veulent, alors là, c'est sûr qu'on voit ces questions-là poindre et les gens nous demandent ces produits.

Julia Duchastel-Légaré, vice-présidente de la maison funéraire Alfred Dallaire MEMORIA

Des urnes écologiques, faites de matériaux biodégradables et fabriquées ici, sont désormais disponibles. Diane Bisson, une designer industrielle qui travaille en collaboration avec la maison Alfred Dallaire MEMORIA a d'ailleurs développé une urne de glace. « L'urne de glace, c'est l'immatérialité. Je me disais : « Quel est le matériau qui me permet d'obtenir zéro impact? » De l'eau! ».

Une urne de glace

Des cercueils écologiques, exempts de métal et faits de bois issu de forêts bien gérées, sont également disponibles.

Leurs laques ne contiennent pas de produits toxiques, leurs tissus de rembourrage sont faits de fibres naturelles, non blanchies.

Certaines maisons offrent des funérailles vertes de A à Z : pas de vaisselle jetable au buffet, des signets en papier recyclé, le transport en voiture hybride.

Être ou ne pas être embaumé?

L'embaumement, popularisé d'abord aux États-Unis, est une pratique qui nécessite l'emploi de produits tels le formaldéhyde. Celui-ci permet de donner aux morts un visage de vivant. Or, le formaldéhyde est un cancérigène reconnu... pour les vivants! Des études ont démontré les impacts négatifs qu'il avait, notamment, sur la santé des travailleurs en thanatologie.

Les 8 à 10 litres de produits formolés nécessaires à l'embaumement d'une seule personne se retrouvent ensuite dans le sol et la nappe phréatique en cas d'inhumation, ou dans l'air, lors de la crémation. Joint au téléphone, Michel Kawnik, président de l'Association française d'information funéraire est formel : il s'agit d'un poison.

« Le formol devrait être interdit dans les cas de crémation, car celle-ci transforme les produits formolés en dioxine, des molécules cancérigènes, qui perturbent la fertilité. »

Une table d'autopsie

En France, les services d'embaumement, qu'on appelle là-bas thanatopraxie, sont relativement nouveaux. Les salons funéraires, tels qu'on les connaît en Amérique du Nord, y sont apparus il y a une vingtaine d'années. Ailleurs en Europe, hormis dans les pays anglo-saxons, l'embaumement est une pratique qui reste marginale, sinon carrément interdite.

Michel Kawnik reconnaît toutefois qu'elle s'avère nécessaire dans certains cas, comme le rapatriement d'un corps, ou lorsqu'une famille choisit de garder la dépouille à la maison pour les rites funéraires.

« Quand la température est élevée, qu'on est en présence d'enfants, l'embaumement, c'est très bien », dit-il. Mais en général, d'autres options existent. « On peut employer de la glace carbonique, qui va congeler le corps, ou encore utiliser une rampe réfrigérante ». Ces lits de métal, qui fonctionnent à l'électricité, sont utilisés en France tant à domicile que dans les centres de soins.

Au Québec, Julia Duchastel-Légaré note que la crémation sans embaumement préalable est en hausse. « De pouvoir venir faire un dernier adieu à la personne avant une crémation et d'assister à ça, sans embaumement, c'est une demande qui a triplé dans les dernières années chez nous. »

C'est sûr que ça coûte beaucoup moins cher quand il n'y a pas d'embaumement, mais c'est aussi plus écologique. Alors souvent, nous, ce qu'on essaie de faire, c'est de montrer aussi que les solutions écologiques ne sont pas nécessairement plus coûteuses.

Julia Duchastel-Légaré, vice-présidente de la maison funéraire Alfred Dallaire MEMORIA

Depuis quelques années, des produits plus écologiques pour l'embaumement sont apparus sur le marché, mais selon plusieurs thanatologues, ils n'offrent pas le même résultat que les produits formolés. Toujours apprécié, le formaldéhyde a aussi l'avantage d'être très peu coûteux.

Un enterrement écologique

Quand le gazon est plus vert chez le voisin

Au Canada, les lois entourant les services funéraires et les enterrements varient d'une province à l'autre. Ainsi, l'une des façons les plus vertes de reposer éternellement est interdite au Québec. Pour réduire au maximum son empreinte écologique, on peut choisir d'être inhumé sans cercueil, simplement dans un linceul. C'est possible dans toutes les provinces canadiennes, sauf au Québec, où un cercueil est absolument nécessaire.

En Colombie-Britannique et en Ontario, notamment, il existe des cimetières entièrement verts, où tout a été pensé pour que la mort soit la moins polluante possible. Chez nos voisins du sud, on compte une cinquantaine de cimetières de ce type.

Et s'il y avait une autre option?

On l'appelle hydrolyse alcaline, biocrémation, résomation... et plusieurs sont convaincus qu'il s'agit de la voie de l'avenir. Exactement comme lors de crémation par le feu, le processus final donne des fragments d'os, mais pour le même résultat, on utilise huit fois moins d'énergie.

Comment ça fonctionne? Le corps est déposé dans un grand récipient muni d'un couvercle scellé auquel on ajoute 300 litres d'eau ainsi qu'un mélange d'hydroxyde de sodium et de potassium. L'eau circulera autour du corps et la température du récipient sera maintenue à près de 98 degrés Celsius pendant 12 heures. Drew Gray, de Prince Albert en Saskatchewan, est le premier thanatologue à s'être doté de cette machine au Canada.

« Quand un animal meurt dans la forêt, l'alcalinité du sol, l'humidité, les précipitations feront en sorte qu'au bout d'un certain temps, il ne restera que le squelette. C'est exactement la même chose qui se passe avec l'hydrolyse alcaline. » À la fin du processus, il ne reste dans l'eau que les composants de base que l'on retrouve dans le corps humain, dont des acides aminés, des peptides, du sel.

Un corps au moment de l'autopsie Photo : iStocktphoto

M. Gray a installé ce nouvel équipement en 2012, car sa maison funéraire était située trop près d'un quartier résidentiel. Impossible pour lui d'obtenir le permis pour un crématoire.

À sa grande surprise, il n'a pas eu à se battre pour faire accepter ce nouveau procédé. « La province de la Saskatchewan était très en avance sur moi, les lois avaient déjà été adaptées. On ne parlait plus de crémation par les flammes, mais plutôt par la chaleur ».

La température étant beaucoup plus basse que lors d'une crémation par le feu, aucun danger que le mercure des amalgames dentaires ne se transforme en gaz. Il pourra être récupéré et traité en conséquence. Le procédé est également disponible en Ontario, et bientôt, au Québec.

Entre-temps, une autre façon de réduire son empreinte écologique dans la vie comme dans la mort serait peut-être de recycler la chaleur des crématoires, comme au Danemark, où elle sert à chauffer des maisons et des écoles.

Ce soir à 17 h, regardez la version télévisée du reportage de Catherine Mercier, à La semaine verte, sur ICI Radio-Canada Télé.

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