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Magnotta était « ultra-organisé » après le meurtre de Lin Jun

Le Dr Gilles Chamberland

Le Dr Gilles Chamberland

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Luka Rocco Magnotta a agi de façon « ultra-organisée » après le meurtre de Lin Jun, un comportement inhabituel pour une personne souffrant de schizophrénie, estime le Dr Gilles Chamberland. Le psychiatre, qui témoigne pour le compte de la Couronne, a aussi critiqué les conclusions du psychiatre allemand Thomas Barth, qui a vu l'accusé après son arrestation à Berlin. 

Un texte de François MessierTwitterCourriel

Le Dr Chamberland a déclaré au jury qu'il fallait être très organisé pour agir comme Magnotta l'a fait après le meurtre de l'étudiant chinois, le 25 mai 2012. En moins de 48 heures, il a démembré son cadavre et expédié des parties de son corps à Ottawa et à Vancouver, a vidé son appartement, s'est acheté un billet d'avion pour Paris, et s'est préparé à travailler comme escorte en sol européen.

Le psychiatre est ensuite revenu sur la rapport du Dr Barth, qui a rencontré l'accusé entre le 11 et le 18 juin 2012, et qui a conclu que ce dernier avait vécu un « épisode psychotique sévère relié à sa schizophrénie paranoïde soupçonnée ». Or selon le Dr Chamberland, le psychiatre allemand s'est appuyé sur le fait que l'accusé avait une pensée désorganisée, une conclusion avec laquelle il est en désaccord. « Moi, je vois quelqu'un qui a une pensée très organisée », a-t-il déclaré devant le jury jeudi matin.

Cette conclusion s'appuie sur le constat suivant : lorsque le Dr Barth a demandé à Magnotta s'il entendait des sons, lors de leur première rencontre, l'Ontarien lui a livré d'emblée toute une série d'informations bien choisies. « Non seulement Magnotta ne parle que de lui, mais il parle de sa maladie », a-t-il souligné. Qui plus est, il « se place en victime », en accusant d'autres personnes, dont le mystérieux Manny et des membres de sa propre famille, d'être responsables de ses malheurs.

« M. Magnotta amène une série d'évènements qui vont tous dans la même direction : il a toutes les raisons du monde d'être perturbé. »

— Une citation de  Dr Gilles Chamberland

Selon le Dr Chamberland, Luka Rocco Magnotta a notamment minimisé d'entrée de jeu sa consommation de drogues, en disant avoir été forcé d'en prendre par Manny, un homme qui l'aurait tourmenté pendant un bon moment, mais dont l'existence réelle n'a jamais été prouvée. En agissant de la sorte, il augmentait les chances qu'on attribue tous ses symptômes à sa maladie. Dans les faits, a noté le psychiatre, la preuve a montré qu'il consommait du cannabis dans les semaines précédant le meurtre.

Selon le Dr Barth, Luka Rocco Magnotta s'est rapidement refermé au terme de cette première consultation, et a cessé de lui livrer des informations valables. « Avec ça et uniquement ça, n'importe quel médecin va retenir un diagnostic de schizophrénie », a commenté le Dr Chamberland. « Pour moi, c'est tout sauf de la pensée désorganisée. »

Le psychiatre est aussi revenu sur un épisode relaté par le Dr Barth, selon lequel Magnotta avait eu peur d'être tué après qu'il eut sorti son téléphone cellulaire de sa poche. « Pour moi, c'est très théâtral », a-t-il commenté, en arguant que cette réaction s'explique plus facilement par un trouble de personnalité dont souffre Magnotta que par sa schizophrénie. 

Le Dr Chamberland est d'avis que ce trouble de la personnalité, ajouté à des éléments de simulation, explique beaucoup mieux les gestes et les comportements de Luka Rocco Magnotta que la schizophrénie. Mercredi, il avait d'ailleurs mis en doute ce diagnostic « peu concluant » rendu une première fois en Ontario en 2001.

Un procès qui s'étire

En début de journée, le juge Guy Cournoyer a prévenu les 14 jurés que la preuve devrait être close la semaine prochaine. Les délibérations ne devraient cependant pas commencer avant la fin de la semaine du 8 décembre.

Magnotta et ses traits de personnalité histrioniques

En après-midi, le Dr Chamberland est longuement revenu sur ce qui constitue un trouble de la personnalité. Pour poser un tel diagnostic, a-t-il expliqué, il faut d'abord s'assurer que les comportements en cause se démarquent significativement de la norme attendue, et qu'ils ne soient pas attribuables à une maladie mentale ou des drogues. Être méfiant est normal, mais être méfiant à l'excès ne l'est pas, a-t-il illustré.

Plusieurs psychiatres entendus depuis le début du procès ont jugé que Luka Rocco Magnotta avait un ou des troubles de la personnalité du groupe B, ou en présentait du moins certains traits. Il s'agit de gens qui sont généralement théâtraux, expansifs, portés à blâmer les autres et à croire que tout leur est dû, a expliqué le psychiatre. Cela est souvent dû à des carences dans leur enfance. Magnotta a effectivement eu une enfance difficile au sein d'une famille dysfonctionnelle.

Les troubles du groupe B sont nombreux, mais le psychiatre s'est particulièrement à celui de type histrionique, souvent identifié chez Magnotta. Les individus qui ont ce trouble sont ceux qui, de manière générale, ont des émotions excessives ou qui cherchent de l'attention de façon quasi maladive. Cela ne se traduit cependant pas par une perte de contact avec la réalité; l'individu fait bel et bien ce qu'il souhaite.

Luka Rocco Magnotta, par exemple, est allé jusqu'à s'inventer une relation amoureuse avec Karla Homolka pour attirer l'attention, a noté le Dr Chamberland. L'affaire lui a causé des problèmes, mais cet aspect négatif lui importait moins que l'attention qu'il obtenait en retour. Dans le même ordre d'idée, Magnotta a aussi tenté de devenir une vedette du cinéma porno avant de se lancer dans la production de vidéos d'animaux tués.

Un comportement sexuel inapproprié est un autre indice permettant de suspecter un trouble de personnalité histrionique. Dans le cas de Magnotta, cela se vérifie par exemple par le fait qu'il s'est tombé amoureux d'un infirmier du centre de détention de Rivière-des-Prairies.

Le psychiatre a également noté qu'à l'instar des gens qui présentent des troubles de la personnalité du groupe B, Magnotta avait tendance à blâmer les autres, comme il l'a souvent fait en attribuant ses comportements au mystérieux Manny.

Luka Rocco Magnotta est accusé du meurtre au premier degré de Lin Jun, d'outrage à son cadavre, de production de matériel obscène, d'utilisation de la poste pour le diffuser et de harcèlement à l'endroit du premier ministre Stephen Harper et d'autres membres du Parlement.

Il a reconnu les faits dès le début du procès, mais il a plaidé non coupable. Son avocat soutient qu'il souffre de schizophrénie paranoïde et qu'il doit par conséquent être déclaré non criminellement responsable de ses gestes. Deux psychiatres, Marie-Frédérique Allard et Joel Watts, ont défendu cette thèse.

Magnotta face à la justice

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