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Procès Magnotta : un diagnostic de schizophrénie « peu concluant » selon le Dr Chamberland

Le Dr Gilles Chamberland

Le Dr Gilles Chamberland

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le psychiatre Gilles Chamberland, qui témoigne pour le compte de la Couronne, met en doute le diagnostic de schizophrénie qu'a reçu Luka Rocco Magnotta en Ontario au début des années 2000. Il soutient que plusieurs des symptômes qu'il déclarait à l'époque pouvaient tout aussi bien correspondre à des problèmes de cocaïne.

Un texte de François MessierTwitterCourriel

Reprenant des éléments évoqués dans le rapport de la psychiatre Marie-Frédérique Allard, qui a témoigné pour la défense, le Dr Chamberland a par exemple souligné que deux travailleuses sociales consultées par un psychiatre de l'Hôpital Ross Memorial de Lindsay, en mars 2001, avaient émis des doutes sur l'état de santé de Magnotta.

Les deux femmes, qui avaient vu Magnotta dans des centres de crise, disaient croire qu'il pouvait souffrir de schizophrénie, paranoïde ou non, mais elles admettaient qu'après avoir posé de plus amples questions, elles avaient aussi l'impression qu'il pouvait inventer tout cela. L'une d'elles se demandait s'il cherchait en fait à se procurer des tranquillisants.

Le psychiatre qui les avait consultées, le Dr M'Cwabeni, a finalement écrit dans son rapport : « Je ne suis pas certain de ce qu'il a. Je soupçonne qu'il cherche un gain secondaire, mais je ne sais pas ce qu'il cherche à obtenir. [...] Je suis certain qu'avant longtemps, un de mes collègues le verra et qu'il sera confronté au même mystérieux problème. »

Magnotta se déclare schizophrène avant d'obtenir un diagnostic

Même si le Dr M'Cwabeni n'avait posé aucun diagnostic de schizophrénie, Luka Rocco Magnotta n'a pas hésité, le 4 juin 2001, a écrire au Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées afin d'être déclaré inapte au travail. De l'aveu même du Dr Chamberland, il décrivait alors « très bien » tous les symptômes de la maladie. Sa demande sera d'ailleurs acceptée.

Pourtant, le diagnostic de schizophrénie paranoïde était encore « loin d'être campé », a indiqué le Dr Chamberland. Ce n'est que le 26 août 2001, après que Luka Rocco Magnotta eut été admis à l'urgence de l'Hôpital Ross Memorial pour une surdose, qu'un médecin conclura à une schizophrénie paranoïde avec surdose de drogue.

« Pour moi, il n'y a rien de concluant dans ce diagnostic », a affirmé le Dr Chamberland.

Une fois posé, ce diagnostic a pourtant été repris par plusieurs autres médecins. Dès mars 2002, par exemple, un psychiatre de l'Hôpital Toronto East, Ebenezer Okyere, écrira au terme d'un examen mental que Luka Rocco Magnotta souffrait de « schizophrénie chronique ».

Or, selon le Dr Chamberland, il faut attendre des années avant de conclure qu'une schizophrénie est « chronique ». Qui plus est, le Dr Okyere n'a décrit pratiquement aucun symptôme de la schizophrénie : il se bornait à souligner que Magnotta montrait peu d'émotions. Il le décrivait autrement comme bien vêtu, collaborateur, cohérent et présentant une bonne autocritique.

Une hospitalisation qui soulève des questions

En juillet 2002, Magnotta a consulté un autre psychiatre, cette fois à l'Hôpital de Scarborough. Le Dr Thuraisamy Sooriabalan lui diagnostique alors une schizophrénie paranoïde en rémission. Le même psychiatre le fera hospitalisé en mars 2003, en évoquant ses pensées accélérées et sa grande agitation.

Or, selon le Dr Chamberland, de tels symptômes sont bel et bien cohérents avec la schizophrénie, mais ils le sont tout autant avec la consommation de cocaïne. Magnotta sera d'ailleurs décrit comme étant isolé et ayant un moral bas après son admission, ce qui est « typique » dans les cas de sevrage, selon lui.

Après une douzaine de jours d'hospitalisation, Magnotta obtient son congé. Il est cependant réadmis au même hôpital quelques jours plus tard. Il dira alors à une infirmière qu'il craint qu'un cochambreur aille déclarer à son médecin qu'il prenait du crack, ce qui est mensonger selon lui.

Gilles Chamberland soutient qu'il faut se demander pourquoi Magnotta a dit une telle chose à l'infirmière. Il est tout à fait inhabituel, affirme-t-il, qu'un patient formule une plainte du genre. « Moi, j'ai tendance à penser que c'est plus la prise de cocaïne » qui explique ces hospitalisations, a-t-il indiqué au jury.

Le psychiatre a aussi souligné que l'omnipraticien qui suivait Luka Rocco Magnotta en Ontario, le Dr Tan, avait toujours reconduit le diagnostic de schizophrénie, bien qu'il n'en évoquait pratiquement jamais les symptômes et qu'il traitait son patient normalement, notamment pour des problèmes liés à son apparence physique.

Or, note-t-il, les schizophrènes ont plutôt tendance à se laisser aller sur le plan de l'hygiène. Selon lui, la grande préoccupation de Magnotta pour son apparence s'explique davantage par sa personnalité que par son travail.

Le Dr Chamberland avait expliqué ce matin que les psychoses consignées au dossier de Magnotta peuvent « s'expliquer par d'autres raisons que la schizophrénie ». Selon lui, elles peuvent s'expliquer par « une intoxication à des substances » ou par « la personnalité de M. Magnotta. »

Luka Rocco Magnotta est accusé du meurtre au premier degré de Lin Jun, d'outrage à son cadavre, de production de matériel obscène, d'utilisation de la poste pour le diffuser et de harcèlement à l'endroit du premier ministre Stephen Harper et d'autres membres du Parlement.

Il a reconnu les faits dès le début du procès, mais il a plaidé non coupable. Son avocat soutient qu'il souffre de schizophrénie paranoïde et qu'il doit par conséquent être déclaré non criminellement responsable de ses gestes. Deux psychiatres, Marie-Frédérique Allard et Joel Watts, ont défendu cette thèse.

Magnotta face à la justice

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