•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Enquête publique sur L’Isle-Verte : le chef des pompiers défend son travail

Le reportage de Catherine St-Vincent Villeneuve

Après que son travail a été remis en question la semaine dernière lors des audiences du coroner sur le drame de L'Isle-Verte, le chef pompier Yvan Charron a défendu mardi ses décisions et le travail de son équipe.

Il s'agit de la deuxième semaine des audiences du coroner Cyrille Delâge sur l'incendie tragique du 23 janvier dans une résidence pour personnes âgées, lors duquel 32 personnes ont péri.

D'abord, la formation du chef pompier, qui est aussi directeur des services incendies pour L'Isle-Verte depuis 18 ans, a fait l'objet de nombreuses questions. Celui-ci n'a jamais fait sa formation d'officier et plusieurs de ses pompiers n'ont pas suivi de cours de mise à jour de leurs qualifications, puisqu'ils n'étaient pas obligés en vertu de la loi. Une clause d'antériorité dans la nouvelle loi les en exemptait.

Le coroner a semblé fortement irrité en entendant ces divergences dans la formation des pompiers volontaires de l'équipe, certains étant capables d'accomplir certaines tâches, mais pas d'autres.

Le chef pompier a aussi témoigné qu'il a attendu d'être sur les lieux de l'incendie avant d'appeler en renfort d'autres casernes, parce qu'il s'agit de leur façon de faire à L'Isle-Verte. Or, il est arrivé sur les lieux environ 20 minutes après le premier appel de détresse.

M. Charron a témoigné qu'il s'attendait à ce que tous les résidents soient à l'extérieur du bâtiment lorsqu'il allait arriver sur les lieux. Pourtant, lors d'une conversation avec la préposée du 911, celle-ci lui avait dit que les résidents étaient coincés à l'intérieur de la Résidence du Havre et que la fumée les empêchait de voir quoi que ce soit.

Problème de téléavertisseur

Yvan Charron a d'abord indiqué au coroner Cyrille Delâge qu'il n'a pas reçu la première alerte incendie, à 0 h 25, le soir du drame, en raison d'un problème de téléavertisseur.

À 0 h 31, soit neuf minutes après le déclenchement de l'alarme, le chef des pompiers appelle au 911. La préposée lui annonce qu'il « y aurait vraiment un feu » à la Résidence du Havre.

Pour écouter cet extrait sur votre appareil mobile, cliquez ici.  (Nouvelle fenêtre)

Quelques mois avant la tragédie, M. Charron a douté de l'efficacité des pagettes des pompiers de L'Isle-Verte. Après l'incendie, tous les pompiers ont changé de téléavertisseurs.

Le chef des pompiers a mentionné devant la Commission qu'il ne savait pas combien de pompiers de L'Isle-Verte étaient sur place le soir de la tragédie, estimant qu'ils étaient 10 ou 12.

Il a soutenu devant le coroner qu'il n'avait pas les ressources nécessaires dans sa municipalité pour intervenir à un incendie à la Résidence du Havre.

Des témoignages précédents ont révélé certaines lacunes dans la formation des pompiers, l'absence d'un poste de commandement sur les lieux et le délai avant l'appel de renforts.

Au terme du témoignage d'Yvan Charron, la procureure de la Commission, Marie Cossette, a nié que l'interrogatoire serré sur ses choix et ses agissements puisse le désigner comme responsable de la tragédie. 

« Il est normal [...] qu'il y ait une théorie qui se dégage tranquillement, mais elle n'aboutira jamais à être la désignation d'un coupable au sens traditionnel du terme, soit en responsabilité civile, pénale ou criminelle », a-t-elle précisé.

L'objectif de l'enquête n'est pas de trouver des coupables, mais plutôt d'établir les causes et les circonstances du drame.

Témoignages de pompiers et de survivants

Des pompiers volontaires ont également raconté comment ils ont vécu le drame. Le chef des pompiers de Saint-Éloi, Normand Morin, a mentionné au coroner que les pompiers de L'Isle-Verte n'avaient pas leur masque respiratoire pendant l'évacuation. 

Par ailleurs, l'un des survivants du drame, Arnaud Côté, doit également témoigner aujourd'hui ou mercredi devant le coroner Delâge.

« Quand je suis allé pour voir ce que c'était, M. Bélanger [le gardien de nuit] frappait à la porte pour réveiller Mme Irène [la copropriétaire de la Résidence du Havre)], se souvient-il. J'ai frappé avec lui pour tâcher de la réveiller et on l'a réveillée. Je suis retourné tout de suite chez nous pour m'habiller chaudement [...] J'ai été réveillé deux autres qui dormaient, le signal d'alarme ne les a pas réveillés. »

Le coroner Cyrille Delâge tentera aussi d'en apprendre davantage au sujet d'une personne qui a quitté la résidence pour personnes âgées trois minutes après le déclenchement de l'alarme incendie.

Des révélations troublantes

Lundi, près de 120 personnes ont assisté aux audiences. Vital Caron, maire de L'Isle-Verte de 1991 à 2001, était du nombre.

« Ce que je trouve malheureux, c'est que L'Isle-Verte sert de cobaye pour la nouvelle réglementation incendie, dit-il. C'est sûr qu'il faut que ça arrive. Il faut savoir ce qui s'est passé et si le temps de réponse a été trop long. C'est un paquet de questions que je me pose et beaucoup de personnes se posent. »

Des appels d'urgence qui ont été dévoilés évoquent des portes verrouillées dans la Résidence du Havre.

La tragédie aurait fait encore plus de victimes sans l'intervention des policiers de la Sûreté du Québec dans la partie neuve de la résidence.

Des policiers qui ont témoigné lundi ont indiqué qu'ils sont entrés à trois reprises dans le bâtiment, sans masque, et ont réussi à sauver une douzaine de résidents.

En fin de journée, un pompier volontaire a témoigné. Il a reconnu qu'il n'avait pas reçu beaucoup de formation et qu'il n'y avait pas de poste de commandement lors du drame. Mais il dit avoir concentré ses efforts pour sauver le plus grand nombre de résidents.

L'incendie de la Résidence du Havre a fait 32 victimes et a donné lieu à une longue et éprouvante opération de recherches.

Avec les informations de La Presse canadienne

Est du Québec

Société