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Quel avenir pour la forêt néo-brunswickoise?

Gaétan Moreau, professeur d'écologie à l'Université de Moncton, explique que la stratégie forestière du N.-B. aura un impact sur la biodiversité

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La nouvelle stratégie forestière du Nouveau-Brunswick prévoit une hausse de 20 % dans l'octroi de bois des terres de la Couronne aux grandes forestières. Cependant, il est difficile de savoir à quoi ressemblera la forêt dans 25 ans, au moment où elle viendra à échéance.

Le plan définit les objectifs, soit une hausse 660 000 mètres cubes de résineux par année, du pin blanc, de l'épinette, mais pas sur les moyens d' y arriver, ni si cette coupe est soutenable pour le prochain quart de siècle.

Le gouvernement entend faire passer la superficie des terres consacrées à la conservation de 28 % à 23 % du total des forêts de la Couronne.

Des scientifiques affirment que la prochaine forêt qui sera plantée - une monoculture de résineux - ne résistera pas aux changements climatiques et qu'elle ne représenterait pas une bonne décision d'affaires.

« Nous subissons pour l'instant une infestation de scolytes du bois (bark beatle) qui tue les vieilles épinettes. Nous ne savons pas comment ça va s'étendre. Mais, plus le climat se réchauffe, plus nous pouvons nous attendre à ce que les insectes ravagent davantage et que de nouvelles espèces pourraient survenir avec de nouvelles maladies », affirme le professeur au département de sciences et géographie à l'Université Mount Allison, Ben Phillips.

Celui qui est également le scientifique de la Réserve de biosphère de Fundy fait des recherches sur l'impact des changements climatiques sur la forêt boréale. Ses résultats démontrent que la stratégie forestière n'est tout simplement pas durable.

« Ce n'est certainement pas une bonne décision d'affaires. »

— Une citation de  Ben Phillips, professeur au département de sciences et géographie de l'Université Mount Allison.

Même son de cloche chez d'anciens politiciens. L'ex-ministre des Ressources naturelles et des Finances dans le gouvernement de Bernard Lord, Jeannot Volpé, estime que le gouvernement fait fausse route en concentrant l'avenir de l'industrie forestière sur le bois résineux.

« On devrait favoriser des espèces qui sont plus résistantes aux changements climatiques. Les espèces que la nature veut nous donner et qui seront là dans 50 ans comme le bois franc qui peut produire des érablières, des meubles, des espèces de bois mou aussi », explique M. Volpé, qui est aussi propriétaire de lots boisés privés dans le nord-ouest du Nouveau-Brunswick.

« On est en train d'adapter la forêt aux industriels, puis c'est nous autres comme [contribuables] qui faut qu'on subventionne cette production-là. Puis, ça ne nous donne rien. »

— Une citation de  Jeannot Volpé, ancien ministre des Ressources naturelles, de l'Énergie, des Finances et du Développement économique du Nouveau-Brunswick.

Les résultats préliminaires semblent donner raison à l'ancien ministre des Ressources naturelles. Le professeur d'écologie des insectes à l'Université de Moncton, Gaétan Moreau, estime qu'en augmentant les plantations d'une seule sorte d'arbre, les résineux, et en diminuant les zones de conservation, la forêt deviendra sans doute plus vulnérable.

Usine en constructionAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des travaux de modernisation sont apportés à cette usine de J.D.Irving.

Photo : Nicolas Steinbach

« Pour résister aux changements climatiques, il faut y avoir une diversité d'espèces. Là il n'y en a pas. Il y a une espèce, une essence uniquement. Donc, le système est beaucoup moins résilient aux transformations et aux perturbations », affirme M. Moreau.

« La pire des transformations c'est les plantations, on projette d'augmenter la quantité de plantation. »

— Une citation de  Gaétan Moreau, professeur d'écologie des insectes à l'Université de Moncton.

Par exemple, l'épinette est un arbre qui pousse rapidement et qui répond à une logique de rentabilité des grandes papetières. Or, c'est pourtant dans une autre espèce que se trouve l'avenir de la forêt.

Selon Ben Phillips, les feuillus sont les grands gagnants du réchauffement climatique étant donné qu'ils ont plus d'affinités avec les régions du sud. L'érable rouge en est un bon exemple, lui qui pousse jusqu'en Floride.

Le président du Groupe Savoie, Jean-Claude Savoie.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le président du Groupe Savoie, Jean-Claude Savoie.

Photo : Nicolas Steinbach

On sait que la stratégie ne prévoit pas diminuer les allocations de feuillus ce qui est une bonne nouvelle pour plusieurs acteurs de l'industrie forestière. Par exemple, le Groupe Savoie de Saint-Quentin transforme majoritairement ce bois. Le seul problème, c'est que la stratégie lancée par Fredericton reste vague sur la bonification de cette espèce.

« Nous, on demande qu'on ajoute de la sylviculture de feuillus dans le nouveau plan, ce n'est pas clair actuellement. Pour augmenter la quantité puis la qualité. Depuis 1982, 400 millions de dollars ont été investis en forêt et la majorité pour l'aménagement du bois mou » affirme le président du Groupe Savoie, Jean-Claude Savoie.

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