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Michael Zehaf-Bibeau montrait des vidéos djihadistes à ses collègues britanno-colombiens

Michael Zehaf-Bibeau
Michael Zehaf-Bibeau Photo: CBC

Le tireur de la colline du Parlement à Ottawa menait en Colombie-Britannique une vie bien différente de celle d'un itinérant souffrant de dépendance à la drogue, selon des informations obtenues par CBC. Michael Zehaf-Bibeau parlait ouvertement de son appui aux groupes djihadistes, rapporte un ami, ancien superviseur dans une compagnie de forage de Squamish, une communauté située à mi-chemin entre Vancouver et Whistler.

CBC a accepté de ne pas divulguer son identité. L'homme dit avoir rencontré celui qui se faisait appeler Mike Zehaf en 2007, à son arrivée à Squamish, où il était venu pour faire du travail de forage et d'injection de béton dans des tunnels. Il a travaillé en étroite collaboration avec Michael Zehaf-Bibeau, car il a été contremaître de la petite équipe pendant deux ans. Les deux hommes ont été mis à pied le même jour à la fin du projet.

Ils travaillaient ensemble 13 heures par jour, 6 jours par semaine et se rendaient au travail ensemble. Le contremaître raconte que Michael Zehaf-Bibeau l'accompagnait parfois quand il allait promener son chien et qu'il a dîné chez lui à quelques reprises.

À l'époque, celui qui est devenu le tireur du parlement louait une maison avec deux jeunes hommes qui avaient grandi à Squamish. Il avait un salaire annuel de plus de 90 000 $, mais il économisait le plus possible, selon le contremaître. Il dépensait peu et conduisait une Nissan Pathfinder 1994 qui lui aurait été donnée, disait-il, par un membre d'un centre islamique de Vancouver.

Le Mike Zehaf que j'ai connu était un homme bien, gentil, amical, poli et reconnaissant. Il avait toujours de bonnes manières, comme un homme qui veut impressionner les parents de sa superbe blonde.

Le contremaître de Michael-Zehaf Bibeau, vers la fin des années 2000

Le contremaître ajoute qu'il était également très religieux et qu'il priait cinq fois par jour. « Parfois, quelqu'un demandait "où est Mike?", après qu'il eut simplement déposé ses outils pour aller prier dans un coin. »

Michael Zehaf-Bibeau n'approuvait pas le style de vie fêtard de ses colocataires, mais il est tout de même sorti une fois avec eux et s'est saoulé au cours de la soirée. Il a par la suite dit qu'il regrettait ce comportement et qu'il en avait honte.

Certains épisodes laissaient toutefois entrevoir le côté plus sombre de l'homme.

Des vidéos sur les talibans

Le contremaître déclare que Michael Zehaf-Bibeau ne cachait pas ses croyances politiques. Il disait à ses collègues de travail que les talibans avaient raison de résister à l'occupation des étrangers. À plus d'une reprise, il a montré des vidéos d'embuscades des talibans ou d'attaques avec des engins explosifs improvisés, contre des forces de la coalition. Ces collègues ne prenaient pas ces vidéos trop au sérieux, selon le contremaître, en partie parce qu'il était tellement ouvert sur le sujet. « Nous lui disions qu'il était un idiot. »

Au moins une fois, lorsqu'il blaguait au sujet des attentats-suicides, Michael Zehaf-Bibeau courait vers un collègue en tenant son manteau serré autour de lui, puis l'ouvrait subitement en criant « Boum! ».

Il a été violent une seule fois. C'est arrivé quand un collègue des Philippines, qui l'agaçait souvent en lui disant qu'il était idiot, « est allé trop loin ». Michael Zehaf-Bibeau l'a presque poignardé avec un tournevis, a déclaré le contremaître.

Le comportement de l'homme a changé au fil des deux années où le contremaître l'a côtoyé. Au début, il portait ce que son collègue qualifie de « vêtement de gros bras » et se vantait des chaînes en or qu'il portait au cou. Dans une photo partagée avec CBC par le contremaître, on voit Michael Zehaf-Bibeau qui se détend dans un parc de Vancouver dans un survêtement de sport du designer hip-hop arabo-américain, El Wissam.

Michael Zehaf-Bibeau (à droite) dans une photo obtenue par CBC News le montrant au travail pendant la construction d'un tunnel à Squamish en C.-B., vers la fin des années 2000.Michael Zehaf-Bibeau (à droite) sur une photo obtenue par CBC News le montrant au travail pendant la construction d'un tunnel à Squamish en C.-B., vers la fin des années 2000. Un ex-collègue dit que celui qui s'appelait alors Mike Zehaf exprimait son appui aux talibans. Photo : (photo fournie)

Vers la fin de son séjour à Squamish, Michael Zehaf-Bibeau venait travailler en portant la longue robe et le keffieh traditionnel des Arabes. « Mais il avait plutôt l'air d'être costumé », note le contremaître.

Les dossiers de l'entreprise de forage confirment qu'elle avait un projet en cours à Squamish à l'époque où Michael Zehaf-Bibeau y travaillait et les métadonnées des photos confirment qu'elles ont été prises à la même époque.

Le contremaître ajoute que son collègue parlait souvent de l'époque où il avait vécu en Libye avec son père après la séparation de ses parents. « Il semblait plus proche de son père. » Un jour, il a dit à un collègue juif qu'il était détenteur d'un passeport libyen où il était inscrit : « non valide pour des déplacements dans l'état occupé de Palestine ». Le collègue a dit qu'il ne le croyait pas et le lendemain, Michael Zehaf-Bibeau a apporté le passeport au travail pour le lui prouver.

Le contremaître souligne que Michael Zehaf-Bibeau n'avait jamais montré d'hostilité envers son collègue juif pour ses croyances religieuses.

 Michael Zehaf-Bibeau disait souvent vouloir s'installer en Libye et s'y marier, rapporte celui qui l'a côtoyé pendant ces deux années.

Un passé de dépendance à la drogue

Michael Zehaf-Bibeau disait également avoir été testé par Dieu, se rappelle le contremaître.

Il disait des trucs du genre, "je n'ai pas beaucoup de temps parce que Dieu a des plans pour moi".

le contremaître de Michael-Zehaf Bibeau vers la fin des années 2000

Il ajoute que son collègue parlait ouvertement de ses difficultés passées avec la drogue. « Mais je suis sûr à 100 % qu'il ne prenait pas de crack quand il travaillait avec nous, ça c'est certain. »

Il ne croit pas non plus que son ancien collègue était propriétaire d'un fusil ou qu'il chassait. « ll ne savait même pas comment se servir d'une clé à molette. Mike était le genre de gars à qui vous demandiez d'aller chercher un marteau à l'extérieur du tunnel et il revenait une demi-heure plus tard avec une énorme clé à molette en disant qu'il n'avait pas pu trouver le marteau et en ajoutant "mais ça c'est gros, pourquoi pas frapper dessus avec ça ?" »

Le contremaître dit que lorsqu'il a appris que Michael Zehaf-Bibeau était l'auteur de l'attaque sur la colline du Parlement, il s'est dit qu'il devrait parler à la police, surtout en raison des idées exprimées dans les vidéos qu'il leur avait montrées. Il n'a pas donné suite à cette idée, pensant que cela ne serait pas juste.

Michael Zehaf-BibeauMichael Zehaf-Bibeau

« J'ai eu l'impression que ce serait comme faire du profilage racial », dit-il. « Quand je l'ai vu aux nouvelles, ma réaction a été : "Wow! Il a vraiment fait quelque chose, je ne l'aurais jamais cru. »

Le contremaître ajoute que lorsque le travail de forage de Squamish a pris fin, un nouveau contrat leur a été offert à tous deux pour un projet de tunnel entre le réservoir Capilano et North Vancouver. Le contremaître a refusé, mais se rappelle que Michael Zehaf-Bibeau a accepté. CBC n'a pas pu confirmer combien de temps le tireur a travaillé à ce projet qui est toujours en cours.

La vie de Micheal Zehaf-Bibeau a toutefois pris un virage peu après. Son retour à Vancouver a été accompagné d'un retour à l'usage de la drogue. À la fin de 2011, il vivait dans un refuge pour itinérants de Vancouver et demandait à un juge de le condamner à la prison. « Je souffre de dépendance au crack et je suis une personne religieuse », avait-il alors dit au juge. « Alors je veux sacrifier ma liberté et la vie facile pour peut-être un an, afin qu'à ma libération je puisse apprécier les choses de la vie et ne plus consommer de drogue. »

Malgré tout l'argent qu'il avait gagné à Squamish, Michael Zehaf-Bibeau, après avoir fait un vol à la tire dans un restaurant McDonald's pour obliger les policiers à l'arrêter, avait dit au juge qu'il n'avait pas de revenus et ne pouvait acquitter le paiement de 100 $ aux victimes qu'il avait alors menacées. 

Le tireur n'a peut-être pas été tout à fait honnête devant la Cour au sujet de sa situation financière. La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a révélé, après l'attaque au parlement, que Michael Zehaf-Bibeau avait accès « à des sommes considérables ».

Colombie-Britannique et Yukon

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