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Un ingénieur corrompu rabroué par son ordre après ses aveux à la commission Charbonneau

Luc Leclerc témoignait devant la commission Charbonneau en octobre dernier.

Luc Leclerc témoignait devant la commission Charbonneau en octobre dernier.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Radio-Canada

L'ingénieur retraité de la Ville de Montréal Luc Leclerc a plaidé coupable des sept chefs d'accusation déposés contre lui par le conseil de discipline de son ordre professionnel. L'homme de 66 ans avait révélé à la commission Charbonneau avoir accepté au moins 500 000 $ en pots-de-vin de la part d'entrepreneurs en construction.

M. Leclerc s'est présenté seul, sans avocat, devant les trois membres du conseil de discipline de l'Ordre des ingénieurs, mercredi. Les chefs d'accusation avaient été déposés contre lui en septembre 2013.

L'avocat du syndic de l'Ordre des ingénieurs, Me Sébastien Dyotte, a recommandé une radiation de 10 ans pour l'ingénieur, qui est aujourd'hui à la retraite. « Notre objectif premier, c'est la protection du public », a indiqué Me Dyotte.

Le conseil de discipline doit se prononcer d'ici Noël.

De son côté, l'ex-ingénieur de la Ville de Montréal a réclamé la clémence de son ordre professionnel, évoquant son témoignage devant la commission Charbonneau au cours duquel il a expliqué son rôle dans un système de corruption et de collusion à la Ville de Montréal.

L'ingénieur, qui s'est montré détendu avant l'audience, allant jusqu'à parler de son plus récent voyage avec la greffière, a refusé d'accorder des entrevues aux journalistes à sa sortie. Les yeux rougis, Luc Leclerc s'est contenté de dire qu'il souhaitait retrouver l'anonymat.

25 % des faux extras

Lors de son témoignage devant la commission Charbonneau à l'automne 2012, Luc Leclerc a expliqué qu'il exigeait « en théorie » 25 % des faux extras qu'il autorisait aux entrepreneurs lorsqu'il était chargé de projets au département de la voirie de la Ville de Montréal.

L'ancien ingénieur était responsable de certains contrats de la Ville de Montréal pour des travaux d'asphaltage, de trottoirs ou de canalisations. Les contrats d'égouts étaient ceux qui lui permettaient d'empocher le plus d'argent, avait admis M. Leclerc.

On va vous donner 500 000 $ et essayez de le dépenser sans vous faire remarquer. Vous allez voir que c'est plus dur qu'on peut penser. C'est un cadeau empoisonné.

Luc Leclerc devant la commission Charbonneau (31 octobre 2012)

M. Leclerc avait reconnu avoir fait des voyages dans le sud avec des entrepreneurs en construction et avoir joué au golf avec Vito Rizzuto, parrain de la mafia montréalaise.

On était de la pâte à modeler pour les entrepreneurs qui voulaient nous corrompre.

Luc Leclerc devant la commission Charbonneau (1er novembre 2012)

Un autre ex-ingénieur de la Ville de Montréal, Gilles Surprenant, est venu expliquer devant la commission que Luc Leclerc l'avait informé que les entrepreneurs en construction versaient 2,5 % de la valeur des contrats obtenus à la mafia et une autre tranche de 3 % au « comité exécutif de la Ville de Montréal ».

Certaines de ces informations avaient alors déjà été distillées par l'ex-entrepreneur en construction Lino Zambito. De son côté, M. Leclerc avait précisé qu'il avait seulement entendu parler d'une ristourne de 3 % versée « au politique ».

Après avoir travaillé pendant 38 ans comme ingénieur à la Ville de Montréal, dont 13 comme président du syndicat des ingénieurs, Luc Leclerc a pris sa retraite dans la foulée de la création de l'escouade Marteau et de l'adoption par la Ville d'un code d'éthique, vers la fin des années 2000. Il a reconnu devant la commission Charbonneau qu'il sentait la soupe chaude à cette époque.

Avec les informations d'Éric Plouffe

Société