•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Une chaîne YouTube menace les caméras de la police

Vidéo d'une arrestation, diffusée sur la chaîne

Vidéo d'une arrestation, diffusée sur la chaîne

Photo : youtube.com/policevideorequests

Radio-Canada

Aux États-Unis, l'utilisation de caméras intégrées à l'équipement des policiers est de plus en plus répandue. Elles sont notamment présentées comme un outil qui permet une plus grande transparence.

Un texte de Vincent GrouTwitterCourriel

En 2013, le New York Times rapportait (Nouvelle fenêtre) qu'en un an, l'utilisation de caméras corporelles avait fait chuter de 88 % les plaintes contre la police dans la municipalité de Rialto, à l'est de Los Angeles. L'usage de la force par les policiers de Rialto a de son côté baissé de près de 60 % pendant cette même période.

Une chaîne YouTube pourrait toutefois compromettre l'utilisation de ces caméras. La chaîne Police Video Requests (Nouvelle fenêtre), qui est en ligne depuis la mi-octobre, diffuse des vidéos d'interventions filmées avec des caméras portées par des policiers.

On y retrouve également des vidéos filmées par des caméras installées dans les voitures de patrouille, ainsi que des enregistrements audio d'appels faits au 911.
Les vidéos (on en compte plus de 70) ont été obtenues en vertu des lois américaines sur l'accès à l'information. Le responsable anonyme de la chaîne a fait une demande générale d'accès auprès de corps policiers de l'État de Washington, afin d'obtenir chaque seconde des vidéos filmées par les policiers.

Projets pilotes en péril

Caméra portée à l'épaule par un policier de Las Vegas

Caméra portée par un policier de Las Vegas

Photo : La Presse canadienne / John Locher

Or, le grand volume de ces demandes pourrait mettre un frein à l'utilisation de caméras par les policiers. Au moins deux services de police de l'État de Washington, qui utilisaient des caméras dans le cadre de projets pilotes, ont décidé de mettre ceux-ci en veilleuse.

Ils justifient leur décision en soulignant la lourdeur administrative qu'entraînerait la réponse à une demande générale d'accès à l'information. La tâche d'archiver, de retrouver les extraits, de brouiller les visages et les sons, au besoin, représente plusieurs centaines d'heures de travail. Ils disent ne pas avoir les ressources suffisantes pour répondre à la demande.

Tous les corps policiers ne jettent toutefois pas l'éponge. En dépit de ces potentielles embûches, le service de police de la Ville de Seattle compte de son côté aller de l'avant avec son projet d'équiper certains policiers de caméras.

Transparence ou vie privée?

La publication en masse de ces vidéos en ligne soulève également des questions de respect de la vie privée. Est-il pertinent, par exemple, de publier la vidéo d'un policier qui interroge une victime de violence conjugale? Comment trouver l'équilibre entre la transparence et la vie privée?

L'ACLU, union américaine des libertés civiles, est pour l'utilisation de caméras par les policiers, mais croit que les images ne devraient être utilisées que pour des questions de responsabilité.

Seules les vidéos d'interventions dans lesquelles on retrouve l'usage de la force, de possibles scènes de brutalité policière, ou qui font l'objet de plaintes à l'endroit de policiers devraient être retenues, selon l'ACLU. Les autres ne devraient jamais pouvoir être diffusées.

Le SPVM conscient de l'enjeu

Au Canada, l'utilisation de caméras intégrées à l'équipement des policiers est pratiquement inexistante.

Certains policiers du Service de police de la Ville de Montréal portent une caméra sur leur casque lors d'événements précis, comme des manifestations, mais cet usage n'est pas généralisé.

Le SPVM envisage la possibilité de munir certains policiers de caméras, dans le cadre d'un projet pilote.

Le chef du service de police, Marc Parent, dit être en contact avec ses homologues dont les services ont recours aux caméras, aux États-Unis. Il soutient être très conscient de la potentielle lourdeur administrative que pourraient entraîner des demandes générales d'accès à l'information.

M. Parent affirme que cet élément sera pris en compte quand viendra le temps de décider si des policiers du SPVM porteront, ou non, des caméras.

Le chef du SPVM ne pouvait par ailleurs pas confirmer, dans l'immédiat, si des demandes d'accès à l'information avaient été faites au service pour obtenir des images filmées pendant des manifestations.

Techno