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Les visages derrière la disparition d'étudiants au Mexique

Radio-Canada

La sanglante répression d'Iguala dans l'État du Guerrero, fin septembre, qui a mené à la mort de six étudiants et à la disparition de 43 jeunes, a choqué le Mexique et le reste du monde. Les manifestations se poursuivent pour que la lumière soit faite dans cette affaire sordide et pour dénoncer la collusion entre les élus, la police et les narcotrafiquants. Explications.

Un texte d'Éric LaroucheTwitterCourriel avec Jean-Michel LeprinceTwitterCourriel
  • Les disparus

Ils étaient une centaine de futurs enseignants, de 17 à 21 ans, de l'école normale d'Ayotzinapa à se rendre en autobus à Iguala le 26 septembre dernier pour manifester contre la réforme de l'enseignement du gouvernement fédéral. Des confrontations avec les policiers locaux ont fait six morts, dont trois étudiants, et une vingtaine de blessés. Le lendemain, 43 jeunes hommes manquaient à l'appel.

Des illustrateurs mexicains ont dessiné les 43 étudiants disparus, voici des images regroupées sur une page Tumblr : (Nouvelle fenêtre)

Début octobre, six fosses contenant des corps calcinés ont été trouvées dans les environs d'Iguala. Mais les tests d'ADN n'ont pas permis d'identifier les disparus.

Deux membres des Guerreros Unidos qui, après avoir été arrêtés, ont admis avoir tué et brûlé 17 jeunes. C'est le chef de la sécurité publique de la Ville qui leur aurait ordonné de se rendre sur les lieux, et le chef de leur groupe aurait ordonné d'emmener les étudiants et les tuer, selon leur témoignage. 

  • L'ex-maire d'Iguala et sa femme

Qualifié par la presse mexicaine de « couple le plus détesté » du pays, José Luis Abarca et sa femme, Maria de los Angeles Pineda, sont accusés d'avoir commandité l'enlèvement et la disparition de plusieurs dizaines d'étudiants. Liés au crime organisé, ils ont été arrêtés le 4 novembre en banlieue de Mexico après une cavale d'environ un mois.

Selon l'enquête, le maire craignait que les étudiants de passage dans la ville sabotent le discours de son épouse le soir du 26 septembre. Il aurait ordonné au chef de police de leur « donner une leçon » - ce qu'il nie - lors d'une opération à laquelle auraient aussi participé des membres du cartel des Guerreros Unidos.

Le maire d'Iguala Jose Luis Abarca et sa femme (photo) sont liés au cartel des Guerreros Unidos, que les autorités accusent d'avoir fait disparaître les étudiants. (archives)Le maire d'Iguala Jose Luis Abarca et sa femme (photo) sont liés au cartel des Guerreros Unidos, que les autorités accusent d'avoir fait disparaître les étudiants. (archives) Photo : AP/Alejandrino Gonzalez

Soeur de trois narcotrafiquants notoires, Mme Pineda dirigeait, selon certains, les activités des Guerreros Unidos dans la ville de son mari. Elle espérait succéder à son époux l'an prochain et elle venait d'être élue conseillère régionale du Parti de la révolution démocratique (PRD).

Depuis son élection en 2012, M. Abarca a été la cible de plusieurs enquêtes pour ses liens présumés avec le crime organisé. L'an dernier, une plainte avait été déposée contre lui alléguant qu'il avait tué Arturo Hernandez Cardona, un leader paysan qui était membre du même parti.

M. Abarca a été révoqué de ses fonctions peu de temps après sa fuite.

Jean-Michel Leprince est dans la région du Guerrero. À suivre sur ICI.Radio-Canada.ca.

Pourquoi je tiens à couvrir la disparition de 43 étudiants mexicains - le blogue de Jean-Michel Leprince

Les Guerreros Unidos

Au moins 10 groupes criminels seraient engagés dans une guerre de territoire dans l'État du Guerrero, surtout depuis la mort d'Arturo Beltran-Leyva, abattu lors d'une opération des Marines mexicains en décembre de 2009. Son clan, les Beltran-Leyva, contrôlait la région. D'ailleurs, les Guerreros Unidos sont nés de la scission du cartel des frères Beltran-Leyva.

Spécialisés dans l'extorsion et les enlèvements, les Guerreros Unidos sont actifs dans le nord de l'État du Guerrero, au sud de celui du Morelos et dans une partie des environs de la capitale, Mexico. Ils sont aussi impliqués dans la production et le trafic de drogues. Les Guerreros seraient le principal fournisseur d'opium et de marijuana à Chicago.

Leur chef, Sidronio Casarrubias, a été arrêté à la mi-octobre. Ce dernier a révélé que le maire d'Iguala recevait chaque mois de 150 000 $ à 200 000 $, entre autres pour corrompre des policiers. Il a aussi avancé que c'était la femme du maire qui était « la principale dirigeante des activités criminelles » à Iguala.

D'ailleurs, 22 policiers locaux d'Iguala ont été arrêtés pour complicité avec les Guerreros Unidos. L'armée mexicaine a désarmé la police d'Iguala lors d'un déploiement ordonné par le président Enrique Pena Nieto.

  • Les gouverneurs

Un peu moins d'un mois après l'affrontement meurtrier entre les policiers et les étudiants, le gouverneur de l'État du Guerreros, Angel Aguirre, a quitté ses fonctions à la suite de pressions populaires et de manifestations qui se sont succédé. Il lui était reproché son incapacité à freiner la violence des narcotrafiquants, mais surtout d'avoir été incapable de faire avancer la recherche des 43 disparus.

M. Aguirre a été remplacé par Rogelio Ortega Martinez, qui était auparavant secrétaire général de l'université autonome du Guerrero.

Pour situer les événements entourant la disparition d'étudiants du Guerrero avec votre appareil mobile, cliquez ici (Nouvelle fenêtre).

  • Les familles des disparus

Des parents qui sont toujours sans nouvelles de leur fils viennent d'entamer une tournée du Mexique.

L'objectif est de dire aux gens que nous continuerons d'exiger du gouvernement qu'il les trouve, que pour nous ils sont tous vivants et qu'il faut poursuivre les recherches.

Epifanio Alvarez, l'un des parents

En voiture, ils ont quitté l'école normale d'Ayotzinapa jeudi, arrêteront à différents endroits dans sept États du pays pour terminer leur parcours à Mexico, le 20 septembre.

En colère, les parents se sont tournés vers des experts légistes argentins pour tenter d'identifier les restes carbonisés trouvés dans des fosses. Aucun étudiant disparu n'a pu être identifié pour l'instant.

Cette semaine, le Mexique a accédé à la requête des parents pour recourir à des experts de la Commission interaméricaine des droits de l'homme, dont le siège est à Washington, afin de le soutenir dans son enquête et ses recherches pour trouver les jeunes disparus.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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