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West Don Lands, un exemple inspirant pour Griffintown

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Deux projets immobiliers d'envergure se développent près des centres-villes de Toronto et de Montréal. Mais alors que West Don Lands paraît être un exemple à suivre, Griffintown semble éprouver plus de difficultés, notamment du côté des services publics.

Deux projets immobiliers d'envergure se développent près des centres-villes de Toronto et de Montréal. Mais alors que West Don Lands paraît être un exemple à suivre, Griffintown semble éprouver plus de difficultés, notamment du côté des services publics.

Un texte de Jean-Sébastien CloutierTwitterCourriel

Responsable de l'aménagement à la Ville de Montréal depuis un an, Russell Copeman admet qu'une des leçons à retenir de l'expérience de Griffintown est l'importance de faire une bonne planification en amont d'un développement, comme prévoir des terrains pour une école. À ce chapitre, un nouveau quartier de Toronto se veut un modèle.

Comme Griffintown, le West Don Lands est un ancien territoire industriel assez près du centre-ville. Après un premier échec au début des années 90, la Ville en a refait une priorité de développement au milieu des années 2000.

Avantage no 1 : le gouvernement avait pensé à l'avenir et acheté la majorité des terrains.

Avantage no 2 : un organisme sans but lucratif, Waterfront Toronto, a été créé pour développer les rives de la ville,dont le secteur du West Don Lands. Waterfront Toronto a planifié le quartier en détails et il prévoit y dépenser 150 millions de dollars.

On a commencé avec le plan, on a aussi fait beaucoup de consultations publiques. On a posé des questions comme : quelle sorte de parc voulez-vous? Quelle utilisation voulez-vous faire du quartier? Ça a pris beaucoup de temps, mais après, ça a été facile d'attirer les promoteurs et les commerçants et à nos conditions.

Une citation de :Andrew Hilton, directeur des communications, Waterfront Toronto

Aujourd'hui, le West Don Lands est à mi-chemin dans son développement. Sur les 32 hectares, presque le tiers seront des espaces verts. Un immense parc, le Corktown Common, est déjà prêt. Il sera le coeur et les poumons du quartier qui comprendra 6000 nouvelles unités.

Des logements subventionnés, une résidence pour personnes âgées, un YMCA, des résidences étudiantes et une école sont tous planifiés. La Ville a aussi prolongé une ligne de tramway déjà existante pour mieux servir les résidents.

Le succès de West Don Lands : reportage de Jean-Sébastien Cloutier

Chroniqueur municipal au National Post, Peter Kuitenbrower a l'habitude de critiquer la ville, mais il a peu de mal à dire du West Don Lands.

À Toronto, on a des tours de 50, 60, 80 étages qui se construisent là où elles ne devraient pas être. On n'a pas de parcs pour ces gens-là, les trottoirs et les rues ne sont pas assez larges. Alors [il y a] beaucoup de cas ici où il y a des erreurs de planification urbaine extrême, mais au moins pas dans les West Don Lands.

Une citation de :Peter Kuitenbrower

Toronto a d'ailleurs choisi le quartier pour accueillir le village des athlètes des jeux panaméricains de 2015, qui auront lieu dans la Ville Reine. Les appartements, déjà construits, seront ensuite transformés en condos. Le promoteur David Wex a été un des premiers à avoir le feu vert pour construire dans le secteur. Il vante les règles sur le design imposées dans le West Don lands. Son projet en quatre phases, qui a été baptisé River City, a dû être approuvé plusieurs fois.

Pour avoir l'occasion de faire ce projet, c'était un concours international qui était vraiment guidé par Waterfront Toronto. Et en faisant notre soumission, on a décidé d'aller chercher quelqu'un de complètement différent de ce qui se fait ici à Toronto.

Une citation de :David Wex

Ce « quelqu'un » dont il parle a été la firme montréalaise d'architectes Saucier et Perrotte. L'édifice de la phase 3 du projet sera assez osé et devrait laisser sa marque dans le paysage torontois. Jusqu'ici, aucun immeuble de Griffintown n'a cette originalité.

Un des premiers résidents à habiter le quartier, Peter Choish, ne regrette pas son choix. « Les changements qui arrivent m'excitent. La planification a été très bien faite, c'est pourquoi je suis ici. Dans cinq ans, ce sera une banlieue très attrayante ici à Toronto », affirme-t-il.

Pour voir la comparaison des deux quartiers sur votre appareil mobile, cliquez ici.

Les services tardent à Griffintown

Ancien quartier industriel niché au creux de l'autoroute Bonaventure à côté du canal Lachine, Griffintown occupe aussi un endroit privilégié, à deux pas du centre-ville. Depuis longtemps, le quartier est vu par beaucoup comme LE secteur d'avenir à Montréal, un endroit qui deviendra familial et attrayant.

Aujourd'hui, les immeubles à condominiums y poussent comme des champignons. Quelque 3500 unités sont déjà construites ou en construction, et la Ville envisage d'en avoir jusqu'à 15 000 en 2020. Le quartier se développe... sauf que les services publics tardent.

Que devient Griffintown? Reportage de Jean-Sébastien Cloutier

Annick Desormeaux, une jeune mère de famille, habite un condominium de 880 pieds carré dans une des phases du projet Lowney, au nord du quartier. Il y a deux ans, elle a choisi d'élever sa fille dans Griffintown parce qu'elle adore le mode de vie urbain et qu'elle et son conjoint travaillent au centre-ville. Elle a accepté de vivre dans plus petit pour profiter de ces avantages, mais aujourd'hui, elle commence à déchanter.

« Il n'y a pas grand chose pour ma famille actuellement. Le parc est à 10 ou 12 minutes de marche et pour le futur, je n'ai pas d'école primaire, je n'ai pas de CPE non plus. Dans chacun des blocs ici, il doit y avoir 4-5 nouveaux bébés. Entre parents, on se parle, on se demande qu'est-ce qu'on va faire. »

C'est un échec à mon sens, c'est un gros massif résidentiel avec un minimum de services et ce n'est rien de plus que ça.

Une citation de :Gérard Beaudet, professeur à l'Institut d'urbanisme à l'Université de Montréal

Selon l'urbaniste, ce résultat était anticipé par tous les spécialistes. Il se souvient de l'intérêt tardif de la Ville pour planifier le quartier à la fin des années 2000. À l'époque, le promoteur Devimco avait proposé un mégaprojet et pour y répondre, l'arrondissement du Sud-Ouest avait haussé de 20 à 70 mètres les hauteurs maximales des édifices, ce qui a entraîné de la spéculation dans Griffintown.

Les promoteurs ont acheté plusieurs terrains et ce n'est que quelques années plus tard, en 2012, que l'Office de consultation publique a finalement tenu des audiences sur un plan d'urbanisme élargi et amélioré.

À la consultation publique, ce qui s'est révélé, c'est que la Ville était totalement au service des promoteurs. Il y avait tellement de terrains qui avaient déjà été accaparés, il y avait tellement de projets en cours dont les permis avaient été donnés, qu'il n'y avait plus de marge de manoeuvre.

Une citation de :Gérard Beaudet, professeur à l'Institut d'urbanisme à l'Université de Montréal

L'urbaniste critique aussi le « transport collectif pitoyable » dans Griffintown, où seules quelques lignes d'autobus circulent. Le plan de transport 2008 de la Ville prévoyait une ligne de tramway dans le quartier, mais l'idée a été complètement abandonnée depuis.

Le maire de l'arrondissement du Sud-Ouest, Benoît Dorais, assure que le service d'autobus sera amélioré. Il ne répond pas des erreurs de l'administration précédente.

« Quand je me suis présenté en 2009 avec mon équipe, c'était une des raisons majeures pour lesquelles je me présentais : revoir Griffintown de fond en comble parce que c'était mal parti. Et on est fiers parce qu'on a repris le quartier à temps », dit-il.

À temps parce que la Ville est en voie de réaliser le plan d'urbanisme issu de la consultation publique de 2012. Le plan prévoyait 93 millions de dollars pour Griffintown.

On est en train de livrer des projets, des réserves foncières ont été mises sur six sites pour les places publiques, la Ville investit. Moi je pense qu'on respecte l'échéance. Je comprends très bien que ça demande de la patience pour les résidents, mais ça va venir.

Une citation de :Russell Copeman, responsable de l'aménagement, ville de Montréal

Une partie de l'argent servira aussi à refaire des trottoirs et à rendre des rues comme Peel plus conviviales et plus sécuritaires. « Trop peu trop tard », dit Gérard Beaudet. « Avec tous les projets déjà existants éparpillés sur le territoire, Griffintown ne sera jamais ce qu'on aurait rêvé qu'il soit. »

C'est un bel exemple de ce qu'on appelle dans notre milieu de l'urbanisme corporatif, c'est-à-dire que ce sont des promoteurs qui donnent un quartier. De ce point de vue là, je vous dirais que ça ressemble beaucoup à ce qui est en train d'être fait à Laval autour du métro Montmorency ou au DIX30 à Brossard.

Une citation de :Gérard Beaudet

Annick Desormeaux, elle, dit « jouer au ping-pong dans sa tête », mais elle a de gros doutes sur son avenir dans Griffintown. « Dans la prochaine année, on va commencer à regarder pour des quartiers plus familiaux, des quartiers avec des CPE et des écoles, des parcs... »

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