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25 ans après la chute du mur de Berlin, les deux Allemagnes existent encore

L'usine Carl Zeiss à Jena, en Allemagne

Photo : Jean-François Bélanger

Radio-Canada

Il faut montrer patte blanche pour entrer à l'usine Carl Zeiss de Jena. Ce leader mondial dans la confection de lentilles et d'optiques de haute précision préserve jalousement ses secrets de fabrication. Et pour cause, il évolue dans un secteur hautement concurrentiel. L'entreprise fait la fierté de cette partie du pays qu'on appelait auparavant l'Allemagne de l'Est. Car c'est la plus belle success story de la réunification allemande. 

Un texte de Jean-François Bélanger, envoyé spécial à Berlin TwitterCourriel

D'autant plus que la restructuration de l'entreprise, au moment de la fin du régime communiste, a engendré une foule d'entreprises de haute technologie dans la région, une Silicon Valley dans le domaine de l'optique.

Mais Carl Zeiss et la région de Jena sont un peu l'arbre qui cache la forêt. Car même si l'Allemagne a investi entre 1500 et 2000 milliards d'euros (entre 2116 et 2822 milliards $CAN) à l'Est, au cours du quart de siècle qui vient de s'écouler, le bilan est en demi-teinte.

Le taux de chômage y aujourd'hui est de 10,9 % contre 6,6 % à l'ouest. Et, selon une étude de l'Institut allemand de recherche économique, le PNB à l'Est est d'un tiers plus bas que celui de l'Ouest, et les salaires qui y sont versés sont en moyenne 20 % inférieurs.

Chez Zeiss, on produit des lentilles et optiques de haute pre´cisionAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Chez Zeiss, on produit des lentilles et optiques de haute pre´cision

Photo : Jean-François Bélanger

D'après Karl Brenke, l'un des auteurs de l'étude, cela s'explique en grande partie par le fait que le processus de réunification a été un peu hâtif et bâclé.

« Il a été décidé d'accorder la parité entre les monnaies de l'Est et de l'Ouest. C'était une décision politique pour éviter un exode massif des populations de l'Est vers l'Ouest. Mais cela a eu pour effet de gonfler les salaires à l'Est et de plomber la productivité et la compétitivité des entreprises qui n'ont plus été en mesure de lutter et n'ont pas eu le temps de s'adapter », dit-il.

En fait, même le bon exemple qu'est la compagnie Carl Zeiss exige qu'on ajoute quelques bémols. Si l'entreprise employait, en 1989, 60 000 personnes à son usine de Jena en Allemagne de l'Est, il n'en reste aujourd'hui plus que 2000.

« Nous avons connu des années de crise et avons dû prendre des décisions très difficiles, avoue Justus Felix Whemer, le directeur financier de la compagnie. Mais, même si ces mesures ont été dures, elles étaient absolument nécessaires pour sauver l'entreprise et la relancer dans les meilleures conditions », assure-t-il.

Il rappelle que du temps de la République démocratique d'Allemagne (RDA), les entreprises n'avaient pas pour vocation de faire des profits, mais bien de faire travailler le plus de monde possible. Beaucoup de ces employés étaient inutiles, confie le cadre.

Usine désaffectée en AllemagneAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Usine désaffectée en Allemagne

Photo : Jean-François Bélanger

Lui aussi se fait critique au moment de jeter un regard sur les 25 dernières années, sur la façon dont a été gérée la réunification. Si la parité des Marks de l'Est et de l'Ouest a été une erreur selon lui aussi, c'est loin d'avoir été la seule.

« On aurait dû donner aux employés des parts dans les entreprises, pour les motiver progressivement à devenir plus productifs », dit-il. Et la politique gouvernementale qui incitait les entreprises de l'Ouest à racheter des entreprises à l'Est a été catastrophique, selon lui.

« La plupart des compagnies occidentales qui achetaient des entreprises en Allemagne de l'Est le faisaient simplement pour acheter un concurrent qu'ils s'empressaient de fermer », affirme-t-il.

Cela dit, ni l'économiste, ni le chef d'entreprise, ni même les chômeurs éméchés rencontrés dans un parc public de Jena ne sont nostalgiques, ni ne rêvent de revenir en arrière. Bien conscients, de toute façon, que ce n'est pas une option.

« Nous essaierons de faire mieux lors de la prochaine réunification », lance à la blague Karl Brenke.

Un chômeur dans la région de JenaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un chômeur dans la région de Jena

Photo : Jean-François Bélanger

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