•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La fin du tarif unique dans les CPE?

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Certains services offerts par les CPE sont compromis par les restrictions budgétaires de Québec, selon l'Association québécoise des CPE.

Certains services offerts par les CPE sont compromis par les restrictions budgétaires de Québec, selon l'Association québécoise des CPE.

Photo : Francis Labbé

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La modulation des tarifs de garderie dans les centres de la petite enfance (CPE), en fonction du revenu des parents, est à l'étude par le gouvernement de Philippe Couillard. Ce scénario, dénoncé par l'Association québécoise des centres de la petite enfance, est qualifié de « pure spéculation » par la ministre de la Famille, Francine Charbonneau.

Questionné en Chambre par les péquistes mercredi, le premier ministre Philippe Couillard a répondu que sous son gouvernement, une modulation des tarifs de garderies en fonction du revenu familial serait une mesure plus progressiste que la hausse générale prévue par le Parti québécois avant la dernière élection.

On veut que le régime soit préservé, on veut qu'il soit équitable et qu'il reflète la structure de revenus du Québec.

Philippe Couillard

Plus tôt mercredi, Le Devoir citait le contenu d'un document préparé pour le Conseil des ministres où il est question du tarif universel actuel des centres de la petite enfance (CPE) qui passerait de 7,30 $ par jour à 8 $ à partir du 1er avril 2015. Une « contribution additionnelle » serait aussi déterminée en fonction du revenu familial des parents, pouvant atteindre jusqu'à 12 $ supplémentaires pour les ménages le plus fortunés, selon ce document.

Cela porterait à 20 $ par jour le tarif maximal qui pourra être exigé aux parents dont les enfants sont en garderie subventionnée.

En répondant à ses adversaires péquistes, M. Couillard a présenté cette modulation des tarifs comme une mesure plus équitable que la hausse de 2 $ par jour sur deux ans qui était prévue par le précédent gouvernement de Pauline Marois.

« Même les familles à bas revenus, les familles de classe moyenne à revenus plus modestes, tout le monde était frappé par ça, a dit M. Couillard. Aucune préoccupation pour l'équité, aucune préoccupation pour l'équité de la part de ces soi-disant progressistes, qui font en sorte que les plus fortunés soient traités de la même façon que les moins fortunés. »

Une « taxe déguisée »

Selon le directeur général de l'Association québécoise des centres de la petite enfance, Louis Sénécal, ce projet d'augmentation modulée sonne le glas de l'universalité des tarifs dans les CPE du Québec. Et pour un grand nombre de familles, les frais de garde vont doubler ou presque tripler dans le cas des ménages dont le revenu familial excède 150 000 $ net par an.

Ça pousse vraiment très très loin cette modulation-là. On parle de presque tripler la contribution actuelle.

Louis Sénécal, directeur général de l'Association québécoise des centres de la petite enfance

Qui plus est, il y a fort à parier, souligne M. Sénécal, que les sommes que généreront ces augmentations ne seront pas réinvesties dans le financement du réseau des CPE, mais plutôt dans la lutte contre le déficit budgétaire.

Cette augmentation est une taxe déguisée pour des centaines de milliers de parents du Québec, déplore-t-il.

Je mets en garde la population : cette hausse ne sera certainement pas réinvestie dans les centres de la petite enfance, mais bien dans la lutte contre le déficit. Alors, c'est une taxe déguisée pour les parents du Québec.

Louis Sénécal, directeur général de l'Association québécoise des centres de la petite enfance

Des spéculations, selon la ministre de la Famille

La ministre de la Famille, Francine CharbonneauAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La ministre de la Famille, Francine Charbonneau

Questionnée par les journalistes à son arrivée au caucus libéral, la ministre de la Famille, Francine Charbonneau, a déclaré d'entrée de jeu que le scénario d'augmentation révélé dans Le Devoir n'était que « spéculation », à savoir une hypothèse parmi d'autres qui sont actuellement à l'étude par son gouvernement.

« Ce sont des spéculations. On l'a toujours dit, on ne commente pas les spéculations. On a des modèles qui se dessinent un peu partout », a expliqué la ministre. 

Il y a plein de choses qui se passent en ce moment, ça bouge de partout. Pourquoi? Parce qu'on veut un système qui va être fort, qui va se garder et qui va donner des services aux familles du Québec.

Francine Charbonneau, ministre québécoise de la Famille  

Le concept de modulation semble acquis

Bien que le gouvernement Couillard assure qu'aucune décision n'a encore été prise sur l'ampleur des augmentations qui seront exigées aux parents et selon quel modèle elles seront appliquées, d'après nos sources, le principe de modulation des tarifs serait la formule que privilégie actuellement le gouvernement.

Qui plus est, à partir du moment où un projet d'augmentation de tarifs est présenté dans un document destiné au Conseil des ministres, il est permis de penser qu'il s'agit d'une hypothèse sérieusement envisagée par le gouvernement.

L'opposition crie à la trahison

Stéphane Bédard, chef intérimaire du Parti québécoisAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Stéphane Bédard, chef intérimaire du Parti québécois

Dans les rangs de l'opposition, on reçoit la nouvelle comme une trahison des libéraux, qui s'étaient engagés formellement pendant la campagne électorale à éviter tout choc tarifaire dans les CPE.  

« On parle de milliers de dollars de plus qui vont être demandés aux familles québécoises pour utiliser les services de garde. C'est une véritable trahison par rapport à ce qui avait été promis en campagne électorale. Un dollar, souvenez-vous, c'était trop pour le premier ministre, mais 5 $ c'est ben correct », a lancé le chef intérimaire du Parti québécois, Stéphane Bédard, lors de la période de questions à l'Assemblée nationale.

Être progressiste, c'est l'impôt sur le revenu. Ça, on croit à ça effectivement. Quand tu es plus riche, tu paies plus. Mais, les services de garde, la politique familiale, elle s'adresse à tout le monde.

Le chef intérimaire péquiste Stéphane Bédard

L'opposition rappelle qu'une augmentation de 5 $ par jour du tarif en garderie signifie 2400 $ de plus à débourser par année pour une famille de deux enfants.

Rappelons qu'en février 2014, le ministre péquiste des Finances, Nicolas Marceau, annonçait une augmentation progressive des frais de garde à 9 $ par jour par enfant en septembre 2015. Une décision qui n'a jamais été appliquée en raison de la défaite des péquistes aux élections du printemps.

Une autre manière de piger dans les poches des contribuables.

Lise Lavallée, porte-parole en matière de familles CAQ

À la Coalition avenir Québec (CAQ), la porte-parole en matière de familles, Lise Lavallée, a déploré elle aussi que le gouvernement Couillard soit revenu sur sa promesse d'annuler la hausse des tarifs de garderie annoncée par le gouvernement péquiste de Pauline Marois.

La députée déplore également les augmentations de taxes scolaires, du prix de l'électricité et bientôt des tarifs de garderie alors que les libéraux s'étaient engagés en campagne à ne pas alourdir le fardeau fiscal des Québécois.

La facture encore refilée à la classe moyenne, déplore Françoise David

Pour la co-porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, il ne fait aucun doute que « la classe moyenne finit toujours par écoper ».

« Si le gouvernement veut que les plus riches paient davantage pour les services de garde, qu'il le fasse par l'impôt et non par des tarifs dédiés », déclare Françoise David.

« Une fois de plus, avec la fin du tarif unique, on voit le vrai visage de l'austérité : 224 000 familles devront payer plus pour des services de garde qui ont permis à des milliers de femmes d'accéder à l'autonomie économique », écrit la porte-parole de Québec solidaire dans un communiqué.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !