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Vivre avec 45 000 $, mieux au Québec ou au Vermont?

Radio-Canada

À revenu égal, une famille au seuil inférieur de la classe moyenne au Québec s'en tire beaucoup mieux qu'une famille similaire aux États-Unis. La raison? La répartition fiscale et les programmes sociaux.

À revenu égal, une famille au seuil inférieur de la classe moyenne au Québec s'en tire beaucoup mieux qu'une famille similaire aux États-Unis. La raison? La répartition fiscale et les programmes sociaux.

Un texte de Jean-Michel LeprinceTwitterCourriel

Au Vermont, Amanda Sheppard est aide-soignante à domicile à temps partiel. Elle gagne 11 $ l'heure, soit environ 20 000 $ par année. Elle possède un cheval et aimerait bien, pour gagner plus, l'utiliser en thérapie pour personnes handicapées.

Greg Sands est homme à tout faire dans une ONG. Après deux promotions, il gagne 16 $ de l'heure, soit 28 000 $ par année.


Revenu familial : environ 45 000 $. La famille a du mal à joindre les deux bouts.


À Sherbrooke, Hector Torres est technicien dans une usine de pigments de couleur pour béton. Salaire : 16 $ l'heure - le salaire industriel moyen -, soit 36 000 $ par année.

Catalina Castilla est intervenante sociale dans un organisme sans but lucratif. Sa formation lui sert bien, mais son salaire n'est pas celui d'une psychologue : 11,75 $ l'heure pour un contrat de six mois seulement.


Revenu familial : environ 45 000 $ par an. On y arrive, mais c'est juste.


Un choix de société

Les familles ont chacune un enfant à la garderie : à Sherbrooke, la garderie de Juan Alejandro coûte 10 $ par jour, ce qui représente 200 $ par mois. Au Vermont, il en coûte 1200 $ par mois pour le petit Rafael.

Les deux familles possèdent des voitures, mais elles ont fait des choix différents. À Sherbrooke, où tout est proche, une seule auto, mais neuve. Question de sécurité l'hiver.

Au Vermont, Greg et Amanda ont deux véhicules, car tout est loin. Leurs Subaru ont respectivement 340 000 et 240 000 milles au compteur. Greg échange avec des amis des leçons contre des réparations.

Le reportage de Jean-Michel Leprince

Les deux familles sont locataires, mais leurs loyers sont très différents. Hector et Catalina payent 745 $ par mois. Ils tentent de mettre de l'argent de côté pour acheter.

Au Vermont, le loyer est de 1300 $; eux aussi espèrent devenir propriétaires. Il n'est donc pas surprenant de retrouver Amanda et Greg à la soupe populaire le vendredi soir dans le sous-sol d'église de Middlebury. Ils n'ont pas le choix. Et ils ne sont pas les seuls.

Les deux familles paient très peu d'impôt. Mais le facteur décisif en faveur de la famille de Sherbrooke, c'est les programmes de soutien de Québec et d'Ottawa : 700 $ par mois pour Mariana et Juan Alejandro. C'est 10 fois plus qu'au Vermont.

Autre avantage pour le Québec : l'assurance maladie universelle. Le Vermont a la sienne, mais Amanda évite d'aller chez le médecin, car cela coûte encore trop cher.

C'est un choix de société : le Québec a choisi, par la répartition de l'impôt et les programmes sociaux, de soutenir sa classe moyenne. Sinon, elle serait soumise au même déclin qu'aux États-Unis et dans beaucoup d'autres pays occidentaux.

L'inégalité commence d'ailleurs à préoccuper les dirigeants américains au plus haut niveau, car elle menace à moyen terme l'économie entière du pays.

« En 1980, le 1 % le plus riche possédait 6 % des revenus. Sa part n'a fait que croître avant la récession de 2008 jusqu'à atteindre 20 % de tous les revenus. Elle a diminué, mais maintenant, elle recommence à augmenter. C'est valable au Vermont et dans tous les États-Unis », affirme Jack Hoffman, du Public Access Institute, Montpelier, Vt.

« Les politiques fiscales, d'emploi et de travail ne sont pas favorables à la classe moyenne et aux familles à faible revenu. Nos politiques semblent pencher en faveur des gens au sommet », conclut-il.

Économie