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Le psychiatre qui a vu Magnotta en Allemagne témoigne

Le psychiatre allemand Thomas Barth a témoigné mardi au procès Magnotta

Le psychiatre allemand Thomas Barth a témoigné mardi au procès Magnotta

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le psychiatre allemand qui a examiné Luka Rocco Magnotta dans les jours qui ont suivi son arrestation, le Dr Thomas Barth, dit avoir conclu à l'époque qu'il souffrait d'un « épisode psychotique sévère relié à sa schizophrénie paranoïde soupçonnée ». Ce diagnostic a cependant été établi en une semaine plutôt qu'en quatre semaines, comme cela aurait dû être le cas. 

Un texte de François MessierTwitterCourriel

Le Dr Barth, qui témoigne à titre d'expert en psychiatrie légale, à la demande de la défense, a expliqué au jury qu'il a rencontré Magnotta une première fois le 11 juin 2012, dans la bibliothèque d'une prison de Berlin. Il avait été envoyé à l'hôpital de cette prison par un médecin généraliste qui l'avait vu dans les heures suivant son arrestation dans un café Internet de la capitale allemande, une semaine plus tôt.

Le psychiatre dit lui avoir rapidement posé des questions visant à déterminer s'il était schizophrène, puisque le mandat d'arrestation publié à son sujet faisait état de cette maladie. Selon lui, les réponses qu'il a obtenues et le comportement général de l'accusé tendaient à prouver qu'il était bel et bien schizophrène.

Le psychiatre dit par exemple avoir demandé à Magnotta s'il entendait des voix, ce qui constitue le principal symptôme de la maladie. L'Ontarien lui a alors répondu qu'il avait une radio dans la tête, avant de changer de sujet. Les schizophrènes, a-t-il observé, cherchent souvent à cacher leur état et tentent de changer de sujet lorsqu'on leur en parle. 

Le prévenu, qui s'exprimait d'un ton monocorde, évitait aussi de regarder le psychiatre, ce qui constitue un autre symptôme typique de schizophrénie.

Le Dr Barth a ensuite vu Luka Rocco Magnotta presque tous les jours, dans son bureau à l'hôpital, afin de poursuivre son traitement. Il dit l'avoir toujours rencontré seul, ce qui n'est pas le cas avec tous les patients, parce qu'il ne se sentait aucunement en danger. Ces rencontres se sont poursuivies jusqu'au 18 juin, date à laquelle son patient a été extradé vers le Canada.

Pendant tout ce temps, il a reçu des antipsychotiques, parce que le Dr Barth et les autres membres du personnel avaient bel et bien l'impression qu'il souffrait d'un problème psychotique. 

Le mystérieux Manny

Luka Rocco Magnotta a ainsi souvent parlé d'un dénommé Manny, qu'il a décrit comme un proxénète américain de 30 ans qui l'avait tourmenté. Il soutenait que cet homme l'avait battu et l'avait forcé à consommer son urine ou ses selles, à se prostituer, à faire des vidéos pornographiques. Il l'avait aussi empêché de prendre ses médicaments, l'avait incité à fumer du cannabis et avait mis de la cocaïne dans son verre.

L'avocat de l'accusé, Luc Leclair, a déclaré au début du procès que son client entendait la voix d'un Manny, qui lui commandait de poser certains gestes. 

L'accusé a aussi beaucoup parlé de sa sexualité. Selon le Dr Barth, il disait avoir eu de nombreuses relations sexuelles avec des hommes, mais était incapable de préciser s'il était homosexuel ou bisexuel. Il a notamment déclaré avoir eu des relations sexuelles avec sa belle-mère à l'âge de 16 ans, ce qui l'avait amusé un certain temps avant qu'il ne veuille plus continuer. Magnotta, a-t-il dit, parlait de sa sexualité comme s'il était question de quelqu'un d'autre, sans qu'il ne se sente impliqué. 

Selon le psychiatre, Magnotta a également déclaré qu'il haïssait sa mère, qu'il disait alcoolique, et son beau-père, qui aurait été violent avec lui. L'accusé disait cependant s'ennuyer de sa grand-mère maternelle, qu'il n'avait pas vue depuis deux ans. À une occasion, a dit le Dr Barth, une travailleuse sociale de la prison a tenté d'appeler cette femme, mais elle a aussitôt raccroché. Son petit-fils en a été très déçu, a-t-il dit.

Magnotta a aussi parlé du premier ministre Harper, d'une « sorcière » nommée Debbie qui l'espionnait et lui aurait jeté un sort, et d'un ex-amant, Robin, qui aurait tenté de l'empoisonner.

Thomas Barth a par ailleurs évoqué des comportements paranoïaques de son patient d'une semaine. Il a relaté un épisode où Magnotta a eu peur d'être tué lorsqu'il a soudainement sorti son téléphone cellulaire devant lui. 

Le psychiatre allemand a aussi affirmé que Magnotta lui a dit avoir été admis en psychiatrie à l'hôpital général de North York et à l'hôpital Mount Sinaï de Miami en 2011. Il dit avoir tenté d'obtenir les dossiers médicaux de ces deux hôpitaux, mais en vain. Son patient a finalement été extradé beaucoup plus vite qu'il ne l'aurait cru, et il n'a pas relancé les établissements, puisque son travail avec Magnotta était terminé.

Magnotta ne simulait rien, selon le Dr Barth

Le Dr Barth a reconnu que de nombreux patients suivis à l'hôpital de la prison simulent leur maladie, pour fuir leurs conditions de détention difficiles. Il a cependant dit ne pas croire que Magnotta jouait la comédie, à l'instar des infirmières de l'établissement. Selon lui, quelqu'un qui simule la schizophrénie peut peut-être s'en tirer lors d'une première rencontre, mais ne peut le faire longtemps.

Thomas Barth a aussi affirmé que Luka Rocco Magnotta avait reçu beaucoup de lettres et de cartes postales d'admirateurs pendant son séjour à l'hôpital de la prison de Berlin. Il a même reçu des bas d'un inconnu, qui souhaitait qu'il les porte avant de les lui renvoyer. Selon le psychiatre, toute cette attention a surtout eu pour effet de faire peur à son patient. 

Le témoignage du Dr Barth se poursuivra mercredi.

Le témoignage de la psychiatre qui traite actuellement Magnotta au centre de détention de Rivière-des-Prairies, la Dre Renée Roy, se poursuivra pour sa part ultérieurement. Il devait reprendre mardi matin, mais a finalement été suspendu pour permettre celui du Dr Barth, qui doit repartir en Allemagne mercredi soir. 

Luka Rocco Magnotta est accusé du meurtre au premier degré de Lin Jun, d'outrage à son cadavre, de production de matériel obscène, d'utilisation de la poste pour le diffuser et de harcèlement envers le premier ministre Stephen Harper et d'autres membres du Parlement.

Il a reconnu les faits dès le début du procès, mais a plaidé non coupable. Son avocat, Me Luc Leclair, veut qu'il soit déclaré non criminellement responsable de ses gestes, en raison de ses troubles mentaux. Selon lui, il souffre de schizophrénie paranoïde.

Magnotta face à la justice

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