•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le père de Magnotta souffre de schizophrénie paranoïde

Luka Rocco Magnotta

Photo : La Presse canadienne / Mike McLaughlin

Radio-Canada

Le père de Luka Rocco Magnotta a témoigné vendredi au procès de son fils, accusé du meurtre au premier degré de Lin Jun. Il s'agit du premier témoin appelé à la barre par la défense, qui entend démontrer que l'accusé souffre de schizophrénie paranoïde, que cette maladie est directement liée aux gestes qu'il a commis et qu'il ne peut donc être tenu criminellement responsable d'avoir tué et démembré Lin Jun, le 25 mai 2012.

Un texte de François MessierTwitterCourriel

Le père de l'accusé, qui ne peut être identifié en raison d'une ordonnance de non-publication, a expliqué au jury qu'il souffre de schizophrénie paranoïde, en plus d'être maniaco-dépressif. Cette condition médicale fait en sorte qu'il se sent suivi par des gens et qu'il entend des voix - deux ou trois, a-t-il précisé - lui disant par exemple de ne pas se laisser toucher, de faire du mal à des gens, voire qu'il serait mieux de mourir. « Elles vous disent quoi faire », a-t-il expliqué au jury.

Bien qu'il soit aujourd'hui suivi de près par une équipe médicale en Ontario, et qu'il consomme une multitude de médicaments, dont des antipsychotiques et des antidépresseurs, l'homme de 50 ans affirme qu'il lui arrive encore aujourd'hui d'entendre des voix. Grâce à la médication, elles sont cependant devenues moins fortes avec le temps, et il a appris à ne pas les écouter.

Le père de Luke Rocco Magnotta a aussi révélé qu'il avait lui-même recommandé à son fils de consulter son psychiatre, mais sans pouvoir expliquer les raisons qui l'ont poussé à agir ainsi. Son fils, alors âgé de 20 ans, a bel et bien consulté ce psychiatre et a d'ailleurs été hospitalisé en 2003 dans la région torontoise. Son psychiatre a d'ailleurs noté dans un rapport médical déposé en preuve que son père est au courant « qu'il a entendu des voix ».

Le témoin soutient que ses problèmes de santé mentale ont commencé vers le milieu des années 90, après qu'il a eu eu des problèmes conjugaux et des problèmes d'alcool. Il a expliqué au jury qu'il avait commencé à entendre des voix, qu'il était fâché et dépressif, et qu'il avait même des pensées suicidaires. Il a expliqué qu'un certain temps s'était écoulé avant qu'il ne soit diagnostiqué schizophrène, son médecin croyant au départ qu'il était bipolaire.

Le père de Magnotta, qui vit toujours en Ontario, est un homme fragile. Le tribunal l'a d'ailleurs exceptionnellement autorisé à témoigner avec un prêtre à ses côtés. Son témoignage était truffé de trous de mémoire. Il a eu beaucoup de mal à donner diverses dates permettant d'établir la séquence des évènements sur lesquels il était interrogé. 

Convaincu de son innocence

Contre-interrogé par le procureur de la Couronne, Louis Bouthillier, le témoin a dit qu'il avait perdu la trace de son fils pendant une période de 5 à 10 ans. Il a expliqué au jury que ce dernier était demeuré plus près de sa mère et de sa grand-mère maternelle. Il a reconnu que cette longue période sans le voir pourrait aussi s'expliquer par une rumeur qui lui était parvenue, selon laquelle son fils avait eu une aventure avec sa nouvelle femme. Il dit ne pas croire cette information, sans pouvoir en être certain.

Le témoin s'est aussi souvenu que lors des dernières conversations qu'il a eues avec son fils, avant qu'il soit arrêté, ce dernier lui disait qu'il aimait voyager. Il soutenait être allé en Floride, en Californie, en Italie et même en Russie, où il affirmait avoir enseigné l'anglais pendant un temps avec sa femme. Il a cependant admis qu'il ne recevait jamais de carte postale de sa part, et qu'il n'avait jamais vu cette femme, dont son fils lui a dit être séparé par la suite. 

Le père de l'accusé a aussi raconté être allé le voir quatre ou cinq fois en prison. Les deux hommes parlaient alors de généralités, comme leur état de santé par exemple. Jamais, dit-il, ils n'ont discuté des accusations portées contre lui « Je sais qu'il ne l'a pas fait. C'est mon sentiment », a-t-il d'ailleurs lancé, oubliant vraisemblablement que son fils a déjà admis les faits de la cause.

Sa dernière visite en prison est cependant survenue il y a déjà quatre mois, a-t-il dit. Selon lui, Luka Rocco Magnottta n'est plus autorisé à recevoir des visites de membres de sa famille. 

Le témoin a aussi dit à Me Bouthillier qu'il n'aimait pas voyager, et que cela s'expliquait en partie par sa condition médicale. 

L'enfance difficile de Magnotta

L'homme qui a aujourd'hui 50 ans a raconté l'enfance difficile de son fils en Ontario. Il a expliqué que sa conjointe, Anna, n'avait que 16 ans lorsqu'elle est tombée enceinte. Lui-même n'avait que 17 ans. L'affaire n'a jamais plu à la famille de sa mère, furieuse dès le départ de la situation. Le couple finira néanmoins par s'installer dans le sous-sol des parents du père au départ.

Les années suivantes seront marquées par une série de déménagements sur le territoire ontarien. Luka Rocco Magnotta, son frère Conrad et sa soeur Melissa ont longtemps été éduqués à la maison, par leur mère, qui « n'a pas fait un très bon travail ». L'accusé n'a pas fréquenté l'école avant la sixième ou la septième année, de sorte qu'il était un enfant isolé, n'ayant aucun ami. Il a d'ailleurs été maltraité par des camarades de classe à l'époque. 

Pendant une période de son adolescence, le jeune Magnotta vivait uniquement avec sa mère et sa grand-mère maternelle qui, dit-il, le maltraitaient. Sa mère avait également un problème d'alcool important. Il a aussi indiqué que la relation entre sa mère et sa grand-mère avait été orageuse par moments, cette dernière ayant été jusqu'à tenter d'obtenir la garde de son fils. 

Le témoin a aussi révélé que Magnotta avait notamment reçu le prénom de Kirk à sa naissance, en l'honneur de l'acteur Kirk Douglas. Son premier nom était Eric, nom qu'il a d'ailleurs utilisé pour faire référence à son fils pendant toute la durée du témoignage. Il a d'ailleurs souligné qu'il avait été offusqué qu'il ait changé de nom il y a une dizaine d'années. 

L'objectif de la défense

S'adressant au jury à l'ouverture du procès, Me Leclair avait déclaré que l'Ontarien de 32 ans a un long passé psychiatrique, que cela faisait partie de son bagage génétique, puisque son père en souffre aussi, mais que cette maladie avait été mal diagnostiquée. Son client, a-t-il aussi dit, entendait parfois la voix d'un dénommé « Manny ». Il doit maintenant convaincre le jury de ses arguments.

Au Canada, seuls 1 % des procès pour meurtre et 3 % des procès pour tentative de meurtre se soldent par un verdict de non-responsabilité criminelle. Les accusés qui sont concernés souffrent d'une psychose et présentent une série de symptômes qui y sont associés : idées délirantes, hallucinations, pensées désorganisées, rappelait cette semaine la psychiatre France Proulx, de l'Institut psychiatrique Philippe-Pinel.

Une personne qui souffre d'une psychose n'est cependant pas automatiquement dédouanée de ses gestes, soulignait Mme Proulx dans le cadre de l'émission Le 15-18. « Il faut faire la démonstration que les symptômes de psychose ont un lien avec les gestes qu'on reproche à l'accusé, que les symptômes étaient suffisamment sévères pour faire en sorte que son jugement était altéré, et  que la personne était incapable de faire la différence entre ce qui était bien et ce qui était mal, entre ce qui est légal et non légal ». 

La schizophrénie paranoïde, en bref

C'est la plus fréquente des formes de la schizophrénie. Elle se caractérise par une méfiance envahissante et des convictions délirantes d'être la cible de persécutions, souvent bizarres (par exemple, être contrôlé à distance par des ondes électromagnétiques), de même que par des hallucinations auditives (entendre des voix) qui donnent des ordres à l'individu ou commentent sans répit ses actions. La perception d'être persécuté et la méfiance que cela engendre entraîne souvent de l'anxiété, de l'irritabilité ou, plus rarement, de la violence dans le but de se défendre ou de se défaire de son ou de ses persécuteurs.

Source : ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec

Depuis le début du procès, le 29 septembre, la Couronne a appelé à la barre 48 témoins afin de prouver que Luka Rocco Magnotta a planifié et prémédité le meurtre de Lin Jun, six mois à l'avance. Elle a notamment démontré qu'un somnifère avait été mis dans une bouteille de vin qui se trouvait chez lui le soir du meurtre, et qu'un homme qui n'a jamais été identifié s'est retrouvé dans la même position que Lin Jun une semaine avant le meurtre. Magnotta s'était approché de lui avec une scie, en filmant la scène.

La Couronne a également présenté un courriel qui a été envoyé au tabloïd Sun de Londres en décembre 2011, deux jours après qu'un de ses journalistes eut confronté Magnotta à des allégations selon lesquelles il aurait filmé des meurtres d'animaux avant de les mettre en ligne. Le journaliste en question, Alex West, a dit être convaincu que l'auteur de ce courriel était Luka Rocco Magnotta, bien que cela n'est pas prouvé.

« Je dois vous dire au revoir pour maintenant, mais ne vous inquiétez pas, dans un avenir proche, vous entendrez encore parler de moi », pouvait-on y lire. « Cette fois, cependant, les victimes ne seront pas de petits animaux. Je vais cependant vous envoyer une copie de la nouvelle vidéo que je vais faire. Vous voyez, tuer est différent de fumer... Vous pouvez arrêter de fumer. Une fois que vous avez tué, et goûté au sang, c'est impossible d'arrêter. L'envie de continuer est trop forte pour arrêter. »

Luka Rocco Magnotta est accusé du meurtre au premier degré de Lin Jun, d'outrage à son cadavre, de production de matériel obscène, d'utilisation de la poste pour le diffuser et de harcèlement envers le premier ministre Stephen Harper et d'autres membres du Parlement. Il a reconnu les faits de la cause dès le début du procès, mais a plaidé non coupable, étant donné la défense que va présenter son avocat. 

Magnotta face à la justice

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.

Grand Montréal

Société