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Ottawa resserre la sécurité du transport ferroviaire

Ottawa resserre la sécurité du transport ferroviaire : reportage d’Anne Corriveau

Photo : SRC/ David Parrott / Reuters

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Pendant que la ministre des Transports, Lisa Raitt, annonce la mise en place d'une série de mesures pour renforcer la sécurité dans l'industrie du transport ferroviaire, les communautés traversées par les chemins de fer et les experts de l'industrie s'interrogent sur l'application de la réglementation.

En théorie, le gouvernement fédéral se plie aux recommandations émises par le Bureau de la sécurité des Transports (BST) dans son rapport sur la tragédie de Lac-Mégantic qui a coûté la vie à 47 personnes, en plus de défigurer la petite municipalité de l'Estrie. Mais dans les faits, les maires des petites municipalités - comme la mairesse de Lac-Mégantic, Colette Roy-Laroche - s'interrogent sur le respect de ces nouvelles mesures de sécurité.

« Notre gouvernement demeure déterminé à renforcer la sécurité des chemins de fer et du transport des marchandises dangereuses au Canada, a déclaré la ministre Raitt. Les mesures que nous annonçons aujourd'hui s'ajoutent à celles que nous avons déjà prises et elles donnent suite aux recommandations et aux avis précis formulés par le Bureau de la sécurité des transports. »

Le ministère des Transports :

  • Précise le nombre de freins à main nécessaires à appliquer sur les trains laissés sans surveillance et exige des moyens de défense physiques supplémentaires pour immobiliser les trains;
  • Améliore la classification des marchandises dangereuses;
  • Exige des plans de formations des sociétés ferroviaires;
  • Augmente la surveillance.

La nouvelle réglementation de Transports Canada précise le nombre de freins à main qui doivent être actionnés avant de laisser un train de marchandises sans surveillance. Elle précise également les tests des freins que le conducteur doit effectuer avant d'abandonner un train et elle exige des moyens physiques supplémentaires, notamment des dérailleurs, pour s'assurer de l'immobilité du train.

Le ministère des Transports entend également, selon son communiqué, mener des inspections ciblées et prendre rapidement des mesures en cas d'infraction à la réglementation.

L'ancien régulateur de la Société nationale des chemins de fer belge et chargé de cours à l'Université du Québec à Rimouski, Jacques Vandersleyen, estime qu'il est temps que le ministère des Transports intervienne en matière de sécurité ferroviaire. « On ne peut pas laisser à l'arbitraire d'une compagnie d'édicter son propre système – et de dire ça va ou ça va pas. Il faut que ce [système de gestion de la sécurité] SGS soit imposé par Transports Canada et d'application formelle lorsqu'il y a transport de matières dangereuses.

« Est-ce que ce sera des gens [les nouvelles embauches] dans des bureaux ou sur le terrain? »

— Une citation de  Jacques Vandersleyen

L'expert de l'industrie ferroviaire s'interroge également sur l'annonce de nouvelles embauches dans le milieu - afin de procéder à toutes les inspections requises - à un moment où les sociétés suivent la tendance inverse, soit « de supprimer le plus de monde possible et cela, évidemment, au détriment de la sécurité ».

https://www.radio-canada.ca/sujet/lac-megantic Consultez notre section spéciale

Le ministère mise également sur l'amélioration de la formation de la main-d'œuvre pour renforcer la sécurité de l'industrie. Il entend, à la lumière des plans de formation qui lui seront soumis par les entreprises, élaborer de nouvelles exigences en cette matière. La compétence des formateurs et la fréquence des séances de formation seront notamment balisées.

Ottawa renforcera la sécurité du transport ferroviaire. L'analyse de Jacques Vandersleyen spécialiste du domaine ferroviaire

La lente mise au rancart des DOT 111

Ces mesures s’ajoutent à celles déjà prises par Ottawa dans la foulée de la tragédie de Lac-Mégantic. Le ministère des Transports a ordonné, en avril 2014, le remplacement ou la mise à niveau d'ici trois ans de plusieurs wagons-citernes DOT-111 transportant du pétrole brut ou de l'éthanol, dont la vulnérabilité a été mise en lumière lors de la tragédie de Lac-Mégantic.

Le gouvernement Harper donnait suite aux recommandations du Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) visant à améliorer la sécurité du transport du pétrole brut par train. Sans donner de chiffres, la ministre Raitt avait affirmé que c'est l'industrie qui assumera le coût du remplacement de la flotte qu'elle estime à environ 30 000 wagons.

M. Vandersleyen estime que la mise au rancart des DOT 111 sera plus longue que les trois à cinq ans prévus par le gouvernement canadien. M. Vandersleyen souligne toutefois « qu'il n'y a pas une citerne dans le monde qui aurait résisté au choc » encaissé par les wagons de Lac-Mégantic en juillet 2013.

Une question d'application

La mairesse de Magog, Vicki May Hamm, se réjouit de la rapidité avec laquelle la ministre des Transports Lisa Raitt répond aux recommandations du BST, mais elle souhaite qu'on fasse le suivi. « Une fois que les règles sont en place, j'admets que la prochaine étape sera de s'assurer qu'elles sont appliquées et qu'il y a une surveillance accrue. »

M. Vandersleyen abonde dans ce sens. Il estime que le renforcement de la réglementation aidera assurément à améliorer la sécurité ferroviaire - « il y a toujours place pour l'amélioration », soutient-il – mais il croit que la clé réside dans l'application de la réglementation déjà en place.

« Il y a beaucoup de laisser-aller en ce qui a trait à l'immobilisation des trains puisqu'il y a toujours des trains en échappement. »

— Une citation de  Jacques Vandesleyen

Le spécialiste de l'industrie ferroviaire estime que l'industrie ferroviaire canadienne est en retard sur le plan de la formation de sa main-d'œuvre. Il souligne qu'en Europe, les entreprises paient, tous les deux ou trois mois, leurs employés pour suivre des cours et des mises à jour sur la sécurité ferroviaire.

Le rôle des municipalités

« Le pétrole brut du Dakota du Nord est beaucoup plus dangereux que d'autres pétroles bruts », précise Mme Hamm. « Les gens réclamaient qu'il soit identifié de façon différente. Je pense qu'on franchit une étape de plus. Il reste encore beaucoup de travail à faire pour les prochaines années, mais je pense qu'on peut se réjouir de franchir une autre étape. »

La mairesse de Magog a assisté à une rencontre avec des maires du Maine aux prises avec les mêmes problématiques. Mme Hamm confirme que ses homologues américains ont les mêmes préoccupations. La proximité des élections au Congrès paralyse toutefois l'appareil étatique, mais Mme Hamm croit que le premier pas franchi par le gouvernement canadien entraînera le gouvernement américain à sa suite.

M. Vandersleyen convient que les municipalités doivent être informées du contenu des wagons qui passent sur leur territoire, mais il estime que leur capacité d'intervention demeure limitée. Il croit que c'est à la Sécurité civile de prendre les choses en main en imposant un plan uniformisé d'intervention. « C'est à la Sécurité civile de coordonner les policiers, les pompiers, les ambulanciers et tous les intervenants requis dans le trafic de matières dangereuses », ajoute-t-il. 

La ville de Lac-Mégantic, en Estrie, a été ébranlée par un grave accident dans la nuit du 5 au 6 juillet 2013. Un train sans conducteur transportant du pétrole brut a déraillé, provoquant une série de violentes explosions. La boule de feu a dévasté une partie du centre-ville, faisant 47 morts.

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