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Vente d'Énergie NB : Graham rompt le silence

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

C'était il y a cinq ans. Le Nouveau-Brunswick s'entendait avec le Québec sur les termes d'une entente pour la vente d'actifs d'Énergie Nouveau-Brunswick à Hydro-Québec. Cinq ans plus tard, l'ex-premier ministre du Nouveau-Brunswick Shawn Graham rompt son silence. La vente était la seule option.

C'était il y a cinq ans. Le Nouveau-Brunswick s'entendait avec le Québec sur les termes d'une entente pour la vente d'actifs d'Énergie Nouveau-Brunswick à Hydro-Québec. Cinq ans plus tard, l'ex-premier ministre du Nouveau-Brunswick Shawn Graham rompt son silence. La vente était la seule option.

L'ex-premier ministre du Nouveau-Brunswick, Shawn Graham.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'ex-premier ministre du Nouveau-Brunswick, Shawn Graham.

Photo : Julie-Anne Lapointe

« Je sais que le risque est énorme et il y a une grande possibilité que ça peut poser la défaite de notre gouvernement, mais pour moi, personnellement, je sais que les bénéfices sont énormes pour le long terme », affirme Shawn Graham.

Cinq ans après l'annonce qui a soulevé un tollé en province, Shawn Graham n'a pas changé d'avis. L'ex-premier ministre revient sur un élément clé de son mandat et surtout, sur cet échec qui a mené à sa défaite électorale en 2010.

Dans une entrevue qu'il a accordée à Radio-Canada à son domicile de Fredericton, M. Graham affirme qu'en dépit d'un mouvement d'opposition historique au moment de l'annonce de la vente, il ne changerait pas pour autant le cours de l'histoire.

Je n'ai pas le regret qu'on ait fait le sacrifice. J'ai le regret aujourd'hui que le problème existe encore pour le long terme.

Shawn Graham, ex-premier ministre du Nouveau-Brunswick.

L'ex-premier ministre admet que le dossier est fermé pour de bon. Selon lui, aucun politicien n'osera déterrer la possibilité de vendre Énergie NB, surtout pas après ce virulent mouvement d'opposition.

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L'ancien premier ministre libéral, Shawn Graham, concède qu'il y a eu un problème de communication à l'époque

Une entente...

En 2009, la dette d'Énergie Nouveau-Brunswick dépasse les 4 milliards de dollars. Les tarifs d'électricité se situent parmi les plus élevés au pays et les libéraux de Shawn Graham veulent que le Nouveau-Brunswick évite une catastrophe économique.

Le premier ministre Shawn Graham lance les dés et décide de faire preuve d'audace en vendant les actifs de la société de la Couronne aux voisins de l'ouest. Le Québec.

Dans une réunion du Conseil de la fédération qui a lieu à Ottawa en janvier 2009, Shawn Graham approche son homologue québécois Jean Charest. Il lui lance l'idée d'une vente des actifs de la société néo-brunswickoise à Hydro-Québec.

Ce dernier est ouvert à l'idée et les discussions vont bon train. En juin 2009, le gouvernement du Nouveau-Brunswick annonce qu'il mène une révision d'Énergie NB et que « toutes les options sont sur la table ».

Jean Charest et Shawn Graham.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Shawn Graham et Jean Charest sont entourés, notamment, de leur ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles.

Photo : La Presse canadienne / ANDREW VAUGHAN

Le 29 octobre, deux premiers ministres rayonnants se présentent devant les médias accompagnés du ministre néo-brunswickois de l'Énergie Jack Keir, le président d'Énergie NB David Hay, le président d'Hydro-Québec Thierry Vandal et de la ministre des Ressources naturelles du Québec Nathalie Normandeau.

La première entente stipule une vente des bureaux, des lignes de transmissions et des centrales d'Énergie Nouveau-Brunswick à Hydro-Québec pour 4,75 milliards $.

L'accord prévoit à l'époque une baisse de 30 % des tarifs d'électricité pour les grandes entreprises et un gel des tarifs pendant 5 ans pour les clients résidentiels du Nouveau-Brunswick.

Mais trois mois plus tard, une deuxième entente voit le jour. Celle-ci apporte certaines modifications comme la diminution du rabais aux industries à 23 %.

Les centrales de Belledune et de Coleson Cove ainsi que les lignes de transmission sont retirées de l'offre, et demeurent ainsi la propriété d'Énergie Nouveau-Brunswick. La valeur de l'entente était désormais de 3,2 milliards $.

...qui ne passe pas!

Mais, aucune de ces ententes ne convient au grand public, ni à certains experts.

Sur le plan énergétique, il n'y avait aucun intérêt pour le Nouveau-Brunswick de faire cette entente et sur le plan financier, c'était très, très risqué!

Yves Gagnon, professeur à l'Université de Moncton

Yves Gagnon est du lot d'experts qui ne croyaient pas à la viabilité d'une telle transaction. Le professeur à l'Université de Moncton s'est opposé ouvertement au projet qui enlevait aux Néo-Brunswickois leur souveraineté énergétique, selon lui.

« Dans mille ans, on ne sait pas comment le secteur va se comporter et on serait encore pris avec Hydro-Québec qui nous fournit de l'énergie. Moi c'est ce qui m'a perturbé le plus dans cette entente », affirme M. Gagnon.

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Selon Yves Gagnon, professeur à l'Université de Moncton, le Nouveau-Brunswick assumait presque tous les risques de la vente d'Énergie NB à Hydro-Québec

L'opposition est si vive qu'une organisation se forme. La Coalition Énergie NB pas à vendre est crée et organise des manifestations qui ont rassemblé des milliers d'opposants, frustrés de ne pas avoir été consultés.

« Tout ce qu'on voulait avoir, c'est un mot à dire, pouvoir dire à un moment donné : on ne pense pas que cette entente-ci est bonne parce que voici qu'est-ce qu'on pense qu'il devrait y avoir dedans », explique Auguste Gallant, qui agissait comme coprésident de la Coalition Énergie NB pas à vendre.

La population a vivement critiqué un manque de transparence de la part du gouvernement provincial. Selon le chef de cabinet de Shawn Graham durant ces années troubles, les Néo-Brunswickois auraient mieux digéré l'entente si le gouvernement avait fait affaire avec une autre province.

Si ça avait été l'Ontario, on aurait une seule compagnie hydroélectrique aujourd'hui. Si ça n'avait pas été le Québec, ce projet-là aurait été accepté.

Bernard Thériault, ex-chef de cabinet de Shawn Graham.

Le 24 mars, les gouvernements annoncent que la vente est annulée. La raison officielle est que le Québec estime qu'il paie trop cher pour les actifs d'Énergie Nouveau-Brunswick. En contrepoids, le Nouveau-Brunswick n'était pas prêt à concéder davantage.

La province aurait pu éviter ce mouvement d'opposition si elle avait mieux vendu le projet, croit Yves Gagnon.

La plus grande erreur, ç'a été de ne pas préparer la population et de faire une entente comme si on voulait réaliser quelque chose de gros, rapidement et marquer l'histoire.

Yves Gagnon, 

Mais Shawn Graham rétorque qu'il aurait été difficile de sensibiliser la population durant une longue période de temps tout en essayant de trouver un partenaire qui paierait le meilleur prix pour la société. Mais, l'ancien premier ministre admet qu'il aurait pu mieux gérer la situation.

« Je sais aujourd'hui que c'est probablement la meilleure entente possible à ce moment-là, mais c'est probablement la pire communication qui était en place à ce moment », lâche M. Graham en riant.

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Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie à HEC Montréal, est de l'avis que l'électricité coûtera plus cher aux Néo-Brunswickois en raison de l'échec de la transaction

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