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Martin Couture-Rouleau

Martin Couture-Rouleau

Photo : Facebook

Radio-Canada

Martin Couture-Rouleau et Michael Zehaf-Bibeau sont-ils des terroristes ou des individus qui ont perdu la carte? Où tracer la ligne entre terrorisme et maladie mentale? Analyse.

Un texte de Danielle BeaudoinTwitterCourriel

L'un n'exclut pas l'autre, selon Aurélie Campana, professeure agrégée de science politique et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les conflits identitaires et le terrorisme à l'Université Laval. « On n'est pas capable de dresser un profil du parfait terroriste, tout simplement parce qu'il n'existe pas, de parfait terroriste », explique l'experte.

Premièrement, on ne naît pas terroriste, on le devient. Donc, on suit une trajectoire. Deuxièmement, certains individus qui ont commis des attentats terroristes ont fait preuve d'une vulnérabilité psychologique, voire étaient atteints de psychopathologie. L'un n'exclut pas l'autre. Mais ce que l'on constate, c'est que l'écrasante majorité de terroristes ou qui font partie d'organisations terroristes sont d'une étonnante normalité.

Aurélie Campana, professeure de science politique

Selon elle, plusieurs facteurs permettent de faire la différence entre terrorisme et maladie mentale. « Ça dépend de la perception qu'on a de l'acte, du moment où il a lieu et de la définition qu'on lui donne. » Elle souligne que désigner un acte comme terroriste est aussi un geste politique. Elle rappelle que le premier ministre Harper s'est positionné très rapidement sur la question lundi, alors qu'il a été beaucoup plus prudent lors de la fusillade de mercredi.

Il y a aussi, dit-elle, la dimension juridique. Le Canada, comme la plupart des États occidentaux, a une législation qui fournit une définition du terrorisme.

Elle souligne qu'il manque encore des informations cruciales pour déterminer si les actes commis cette semaine relèvent du terrorisme. Quelle est la trajectoire de ces deux individus? Peut-on les relier à une idéologie et prouver hors de tout doute raisonnable que leurs gestes étaient politiquement motivés?

Et quelles motivations?

« Ce qui est clair, c'est que ces gens ont commis ces gestes-là en sachant ce qu'ils faisaient », déclare Gilles Chamberland, psychiatre et directeur des services professionnels à l'Institut Philippe-Pinel, en entrevue à Medium large.

« C'est clair que c'était un symbole. Ils ont visé l'armée, donc, c'est clair qu'il y a une motivation derrière ça », ajoute-t-il.

Cela dit, la maladie mentale peut faire partie de l'équation, selon le psychiatre. Il donne l'exemple de Martin Couture-Rouleau, qui change radicalement de personnalité en quelques années, sans raison apparente. Ce comportement s'apparente aux patients atteints de schizophrénie. « C'est exactement ce qui leur arrive. Ce sont des gens qui fonctionnent bien en société. Tout d'un coup, leur vie se met à dégringoler. ».

La question à se poser, c'est justement qu'est-ce qui fait que quelqu'un est prêt à sacrifier sa vie dans un geste totalement absurde pour des revendications qui, quelques années auparavant, ne le concernaient même pas?

Gilles Chamberland, psychiatre

Le djihadisme à la mode

Pour Aurélie Campana, la radicalisation est une tendance bien présente en Europe, surtout en Europe de l'Ouest, où de nombreux jeunes se laissent embrigader à une vitesse phénoménale, en raison, entre autres, du rôle joué par Internet et les médias sociaux.

On trouve vraiment un prêt-à-penser djihadiste aujourd'hui sur les médias sociaux, dans à peu près toutes les langues, très facilement accessible. Il suffit de taper "djihad" sur Google et puis on a toutes les informations dont on a besoin pour commettre le parfait attentat.

Aurélie Campana

Aurélie Campana explique que le djihadisme est à la mode comme d'autres idéologies l'étaient dans les années 60 et 70, et même avant. Elle rappelle que dans les années 30, ceux qui brûlaient de défendre une cause allaient combattre en Espagne. Elle explique qu'aujourd'hui cette tendance prend encore plus d'ampleur en raison des moyens de communication et de libre circulation.

Les multiples visages du terrorisme

Aurélie Campana explique que lorsqu'on pense au terrorisme, on voit tout de suite un « groupe organisé qui veut par ses actes de violence faire passer un message politique ».

Mais la réalité est tout autre. « On se retrouve de plus en plus face à des individus qu'on ne sait pas trop où mettre, dans quelle case les ranger. »

 Ils sont vulnérables psychologiquement, ils ont soi-disant adhéré à une idéologie, mais on ne sait pas du tout si cette idéologie, ils l'ont intégrée, s'ils comprennent même ce qu'ils racontent quand ils écrivent sur Internet, entre autres. 

Aurélie Campana

Elle ajoute que les motivations de ces individus ne sont pas connues. « On ne peut que faire des hypothèses. Ruptures sur le plan personnel, professionnel, recherche d'autres référents identitaires, séduction, attraction. On n'en sait rien. »

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