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Un journaliste anglais relate sa rencontre avec Magnotta, six mois avant le meurtre

procès de Luka Rocco Magnotta

Radio-Canada

Le jury au procès de Luka Rocco Magnotta a entendu mardi le témoignage du journaliste britannique Alex West, qui a rencontré l'accusé le 8 décembre 2011, à Londres, dans le cadre d'un reportage sur des vidéos de chatons tués mises en ligne. Il s'agit d'un témoin clé pour la Couronne, qui entend prouver que l'Ontarien de 32 ans a méticuleusement planifié et prémédité le meurtre de l'étudiant chinois six mois à l'avance.

Un texte de François MessierTwitterCourriel

Alex West, qui témoignait par vidéoconférence depuis le Haut-Commissariat du Canada, à Londres, a expliqué qu'il a rencontré Magnotta à l'hôtel Fusilier, situé dans l'ouest de Londres, près du stade Wembley, à la demande de son employeur, le tabloïd Sun. Il possédait différentes informations sur lui, non seulement au sujet des vidéos, mais aussi d'une présumée relation avec Karla Homolka, condamnée des années plus tôt pour des crimes commis avec Paul Bernardo.

Le jury a écouté toute cette entrevue, enregistrée à l'insu de l'accusé, grâce à un micro que le journaliste avait dissimulé dans la poche de son veston.

Pendant les quelque 20 minutes de l'entretien, Luka Rocco Magnotta ne cesse de nier les allégations du journaliste, qui le confronte sans gêne. Il se présente plutôt comme une victime de « harcèlement criminel » et soutient qu'il s'est déjà plaint à la police au Canada. Il dément tout lien avec Karla Homolka et se défend d'entretenir un culte de sa propre personnalité, comme le suggère Alex West. Il dira même qu'il « aime les animaux » et que les vidéos de chatons tués sont « horribles » et « choquantes ».

Le journaliste a admis qu'il n'avait pas cru son interlocuteur; il est resté convaincu qu'il était bien l'auteur de ces vidéos.

Selon Alex West, Luka Rocco Magnotta était sur la défensive lors de cet entretien, qui ne s'est pas traduit par un article dans le tabloïd. Il était nerveux, mais aussi arrogant par moment. Relancé par l'avocat de l'accusé lors du contre-interrogatoire, il a ajouté qu'il le « fixait intensément », mais que son regard était « légèrement absent ».

La thèse de la préméditation de la Couronne repose cependant davantage sur un courriel que le Sun a reçu deux jours après cette entrevue. Alex West a dit être convaincu que son auteur était bel et bien Luka Rocco Magnotta, bien que le nom de son expéditeur était en fait John Kilbride. Le journaliste a expliqué au jury que John Kilbride était en fait le nom d'une victime d'un des tueurs en série les plus connus en Angleterre.

Le Sun a d'ailleurs prévenu la police après avoir reçu ce courriel.

Extrait du courriel envoyé au Sun le 10 décembre 2011

« Eh bien, je dois vous dire au revoir pour maintenant, mais ne vous inquiétez pas, dans un avenir proche, vous entendrez encore parler de moi. Cette fois, cependant, les victimes ne seront pas de petits animaux. Je vais cependant vous envoyer une copie de la nouvelle vidéo que je vais faire. Vous voyez, tuer est différent de fumer... Vous pouvez arrêter de fumer. Une fois que vous avez tué, et goûté au sang, c'est impossible d'arrêter. L'envie de continuer est trop forte pour arrêter. »

« Vous avez des journalistes très sexy :) [...] »

« Vous savez, la partie amusante dans tout ça est de voir des millions de gens devenir furieux et frustrés parce qu'ils ne peuvent pas m'attraper. C'est pourquoi j'aime ça. J'ai le goût du risque. C'est si amusant de regarder des gens travailler si fort pour amasser toutes les preuves, puis ne pas être capable de me nommer ou de m'attraper. Vous voyez, je gagne toujours, j'ai toujours un as dans mon jeu [trump card], et je vais continuer de faire d'autres films. » [...]

« Alors, je dois disparaître pour un moment, vous savez... jusqu'à ce les gens cessent de me déranger... mais la prochaine fois que vous entendrez parler de moi, ce sera dans un film que je produis, dans lequel il y aura des humains, pas seulement de petits chatons :). Les choses que j'ai vues et les choses que j'ai faites, vous ne pouvez que les imaginer. »

« S'en sortir avec tout ça, c'est vraiment du génie. »

L'avocat de Magnotta critique le travail du journaliste

Me Leclair a tenté d'en apprendre davantage sur les informations obtenues par Alex West avant sa rencontre avec son client. Le journaliste a eu du mal à répondre. Il a expliqué que certaines informations avaient été vérifiées par d'autres collègues. Me Leclair a aussi posé différentes questions suggestives mettant en doute le professionnalisme du journaliste, qui a enregistré Magnotta à son insu, après être monté à sa chambre d'hôtel par un escalier de secours.

Le juge Cournoyer n'a cependant pas permis que Me Leclair pose des questions au témoin concernant le scandale des écoutes électroniques au journal britannique News of the World, dans lequel a été impliquée la rédactrice en chef Rebekah Brooks. Cette dernière était la patronne de West lorsqu'il travaillait au Sun.

Me Leclair a également fait lire au témoin différents extraits du courriel reçu par le Sun. Il a argué que les passages faisant un lien entre fumer et tuer provenaient du film Basic Instinct. Le jury a déjà entendu que Magnotta avait utilisé le nom de Kirk Trammel lors de sa cavale à Berlin, où il a finalement été arrêté le 4 juin 2012. Le personnage principal de Basic Instinct, une écrivaine soupçonnée de plusieurs meurtres, porte le nom de Catherine Trammel.

L'avocat de Luka Rocco Magnotta a aussi attribué une autre phrase du courriel - celle où l'auteur dit qu'il doit disparaître - à un film mettant en vedette Greta Garbo.

Me Leclair a profité de son contre-interrogatoire pour présenter de nombreux extraits du documentaire Sex, Fame and Murder, portant sur son client. Il s'agit du documentaire qui a été retiré de la programmation du Festival des films du monde de Montréal en août dernier, parce qu'il aurait violé une ordonnance de non-publication.

Le documentaire permet d'entendre des extraits de l'entrevue qu'Alex West a enregistrée le 8 décembre. Le journaliste a admis qu'il était probablement celui qui avait remis une copie aux réalisateurs.

Luka Rocco Magnotta est notamment accusé du meurtre au premier degré de Lin Jun, d'outrage à son cadavre, de production de matériel obscène et d'utilisation de la poste pour le diffuser. Il a déjà reconnu tous les faits de la cause, mais a tout de même plaidé non coupable. Son avocat, Me Luc Leclair, entend le faire déclarer non criminellement responsable de ses gestes, en raison de troubles mentaux.

Le jury en congé mercredi

En fin de journée, le juge Guy Cournoyer a appris au jury que le procès allait ajourner jusqu'à jeudi matin. Il a dit avoir pris cette décision de concert avec les avocats, afin que ces derniers puissent profiter de cette journée de congé pour se préparer. Il a cependant indiqué que le jury pourrait être appelé à siéger vendredi matin. Selon lui, le dévoilement de la preuve se déroule tel que prévu, et devrait se terminer la semaine prochaine.

Magnotta face à la justice

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