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Bistro à Champlain : la fin d'une époque

Le Bistro à Champlain, situé dans l'ancien magasin général de la municipalité.

Photo : Francis Labbé

Radio-Canada

Le Bistro à Champlain, situé à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson, dans les Laurentides, fermera ses portes le 2 novembre prochain, après 40 ans d'activité. Avec sa cave à vin renommée et ses oeuvres de Jean-Paul Riopelle, c'est un véritable monument qui disparaît.

Un texte de Francis LabbéTwitterCourriel

Champlain Charest, propriétaire, a 83 ans. Depuis quelques années, on lui a diagnostiqué une dégénérescence maculaire. « Avec ça, je ne peux pratiquement plus lire, écrire et conduire », confie-t-il.

Champlain Charest

Champlain Charest, 83 ans, propriétaire du Bistro à Champlain.

Photo : Francis Labbé

En outre, les exigences de plus en plus grandes de la restauration commencent à se faire sentir pour l'octogénaire et sa conjointe. « Ça coûte de plus en plus cher. Faire venir un plombier, un électricien ou un frigoriste, ça ne nous coûte pas moins de 1000 $ chaque fois. Nous faisons des profits l'été et nous les dépensons l'hiver. »

« Avec ça, puis les taxes et les factures, en plus de mon âge, je me suis dit que le temps était idéal pour arrêter et profiter de ma liberté », raconte le radiologue devenu restaurateur.

Une page d'histoire qui se tourne

En 1974, rien ne prédisposait Champlain Charest à devenir restaurateur. « Ce n'est pas de ma faute, c'est la faute à Riopelle! » lance-t-il, en référence au célèbre peintre québécois.

Lorsque le vieux magasin général de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson est à vendre, en 1974, c'est le peintre Jean-Paul Riopelle, un ami de Champlain Charest, qui le sauve de la démolition. « Il y avait des acheteurs de Sainte-Adèle qui voulaient l'acquérir pour le démolir », relate le propriétaire.

Une gravure de Jean-Paul Riopelle

Une gravure de Jean-Paul Riopelle.

Photo : Francis Labbé

« Il me dit : le vieux magasin général est à vendre, il faut que tu l'achètes. Il ne faut pas laisser aller ça! » Les deux amis vont l'acheter et en faire un bistrot, le Va-nu-pieds, qui deviendra le Bistro à Champlain au milieu des années 80.

Au fil des ans, plusieurs clients y viendront pour les nombreuses oeuvres d'art que l'on trouve dans le bistro, dont quelques-unes de Jean-Paul Riopelle. « J'en possède beaucoup plus, mais la Sûreté du Québec m'a fortement recommandé de les entreposer ailleurs », explique Champlain Charest.

Une cave à vin célèbre

À une certaine époque, la cave à vin du Bistro à Champlain comptait jusqu'à 30 000 bouteilles. « Certains grands formats qu'on y trouve, des jéroboams [qui contiennent chacun l'équivalent de quatre bouteilles] et des mathusalems [huit bouteilles] valent entre 10 000 et 30 000 $, souligne le propriétaire. J'en ai même une qui vaut environ 40 000 $, parce que c'est une année exceptionnelle et qu'elle est très rare. »

La Société des alcools du Québec a acheté 20 000 bouteilles de Champlain Charest il y a trois ans. « Nous avons trouvé un acheteur intéressé par les 7000 bouteilles qui restent », mentionne M. Charest.

La cave à vin du Bistro à Champlain a déjà compté 30 000 bouteilles.

La cave à vin du Bistro à Champlain a déjà compté 30 000 bouteilles.

Photo : Francis Labbé

Pas de relève

Ces dernières années, Champlain Charest a considéré la vente de son commerce. Mais il s'est aperçu que personne, dans son entourage, n'en avait les moyens. « Avec un lot de vin comme celui-là, ce n'est pas vendable », dit-il.

Il songe donc à conserver le bâtiment, qui a 150 ans et dont il pourrait se servir comme galerie d'art. « J'y pense, admet-il. Mais je veux profiter de ma liberté et un projet comme celui-là m'en priverait presque autant que le restaurant. »

Une lourde perte

Ironiquement, cette fermeture survient pendant le 40e anniversaire de l'établissement, et aussi pendant le 150e anniversaire de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson. « C'est un coup dur », avoue le maire Gilles Boucher.

« C'est vraiment une perte pour la ville, dans le sens que cette institution-là nous a permis de nous faire connaître même à l'international. Ça, c'est grâce à Champlain et M. Riopelle à l'époque. Et aussi grâce à Monique, la conjointe de M. Charest, qui lui donne un grand coup de main depuis plusieurs années. »

Gilles Boucher

Gilles Boucher, maire, Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson.

Photo : Francis Labbé

Le maire se dit toutefois convaincu que les autres établissements de la municipalité sauront prendre la relève. Quant aux clients du bistro, plusieurs ont du mal à se résigner. « Je suis très triste. C'est tellement un bel endroit », affirme Hélène Marchand.

Carl Gauthier, qui est presque voisin du bistro, partage cet avis. « Je comprends ça, j'accepte la décision même si je trouve ça triste. Toute bonne chose a une fin. »

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