•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L'Allemand qui a dénoncé Magnotta à la police témoigne

Frank Rubert au procès de Luka Magnotta à Montréal

Frank Rubert au procès de Luka Magnotta à Montréal

Photo : Sylvie Gendron

Radio-Canada

Le 4 juin 2012, Frank Rubert a pris le métro de Berlin pour aller rencontrer un collègue de travail. Il venait de déposer Luka Rocco Magnotta à une station de métro, en lui indiquant l'emplacement d'un café Internet situé tout près. C'est à ce moment qu'il a appris en lisant le journal que cet homme, avec qui il partageait son sofa-lit depuis trois jours, était un Canadien qui était recherché pour le meurtre et le démembrement de Lin Jun.

Un texte de François MessierTwitterCourriel

Frank Rubert a raconté cette séquence des événements mercredi matin, au palais de justice de Montréal, alors qu'il était interrogé par le procureur de la Couronne, Louis Bouthillier. L'homme de 53 ans a expliqué avoir prévenu la police vers 11 h ce jour-là, après avoir réalisé que le suspect, qui faisait l'objet du mandat d'arrêt international dont il était question dans le journal, était vraisemblablement son nouveau locataire.

Luka Rocco Magnotta a été arrêté environ trois heures plus tard dans le café Internet qu'avait désigné M. Rubert un peu plus tôt.

La police allemande, a-t-il ajouté, est ensuite venue perquisitionner son appartement, pour récupérer tous les effets personnels de Magnotta. Un policier allemand qui était présent lui a alors souhaité « Bonne fête » de but en blanc. Interloqué, Frank Rubert a mentionné à l'agent que ce n'était pas son anniversaire. Le policier lui a répondu : « Vous auriez pu être le prochain ».

Magnotta utilisait un pseudonyme en Allemagne

Selon le témoin, Luka Rocco Magnotta ne lui a jamais révélé sa véritable identité. Il a expliqué avoir fait sa connaissance lors d'un clavardage impromptu sur un site de rencontres pour homosexuels, GayRomeo, à la fin du mois de mai 2012. Magnotta utilisait le pseudonyme william2323 sur le site, mais se faisait aussi appeler Kirk.

Le Couronne a d'ailleurs montré au jury que Magnotta avait réservé son billet d'autocar pour Berlin sous le nom de Kirk Trammel. L'avocat de Magnotta, Luc Leclair, avait souligné mardi que son client avait utilisé son vrai nom pour réserver son billet d'avion Montréal-Paris, ainsi qu'à l'hôtel Novotel de Paris, où il a séjourné une nuit après son arrivée.

Le 31 mai 2012, les deux hommes ont longtemps clavardé sur le site. Magnotta disait qu'il se trouvait à Paris et qu'il venait de s'acheter un billet de bus pour Berlin, où il devait arriver le lendemain. Les deux hommes se comprenaient par l'entremise du traducteur du moteur de recherche Google, puisque Frank Rubert ne parlait que l'allemand, alors que Magnotta utilisait l'anglais. Ce clavardage, dont il avait gardé une copie, a d'ailleurs été déposé en preuve.

Bien qu'il ne le connaissait aucunement, Frank Rubert a accepté d'héberger son interlocuteur. Il a expliqué au jury qu'il avait été séduit par l'image postée par Magnotta sur le site. Le lendemain, il s'est donc rendu au terminal d'autobus de Berlin pour l'attendre. Lorsque Magnotta est arrivé, vers 11 h, il dit avoir été déçu : Magnotta était mal habillé, et ses cheveux étaient longs et graisseux. « Ce n'était pas mon genre », a-t-il dit.

Ne voulant pas le laisser tomber, M. Rubert l'a néanmoins emmené chez lui, afin de l'aider à se trouver une autre solution pour se loger. Il affirme lui avoir dit d'entrée de jeu qu'il devrait changer de style s'il voulait demeurer à Berlin, comme il disait en avoir l'intention. Magnotta était d'accord avec l'idée et est d'ailleurs allé sur-le-champ à la salle de bain, d'où il est ressorti avec les cheveux courts. « J'étais impressionné », a admis M. Rubert.

Ce n'est que lors de la perquisition de la police qu'il a réalisé que Magnotta avait en fait une perruque dans ses bagages.

Magnotta trimballait beaucoup d'argent comptant

Malgré ses réticences initiales, Frank Rubert a finalement hébergé Magnotta jusqu'au 4 juin, jour où il a été arrêté. Les deux hommes ont partagé le même sofa-lit les trois jours suivants. M. Rubert assure néanmoins qu'ils n'ont jamais eu de relations sexuelles.

Au fil du temps, Luka Rocco Magnotta lui a dit qu'il venait de Paris, qu'il venait de se séparer de son amant et qu'il entendait maintenant refaire sa vie à Berlin. Il prétextait d'ailleurs qu'il avait laissé son passeport à cet homme, ce qui expliquait pourquoi il affirmait ne pas l'avoir avec lui.

Selon M. Rubert, Magnotta avait beaucoup d'argent comptant à son arrivée à Berlin, peut-être 4000 ou 5000 euros. Il assure que l'accusé lui a dit qu'il pouvait en prendre à sa convenance, que cet argent était à eux. Leur arrangement, dit-il, pouvait s'expliquer par la formule : « Ce qui est à toi est à moi, et ce qui est à moi est à toi ».

Cet argent sera rapidement dilapidé. Dès la première journée, les deux hommes sont sortis afin de trouver de nouveaux vêtements à Magnotta. Ils ont aussi fait la fête dans plusieurs bars. Magnotta y parlait avec beaucoup d'autres gens, y compris des escortes, et aurait même fait « certaines choses » avec d'autres hommes, selon ce que lui ont raconté des connaissances par la suite. Lui-même n'a pas été témoin de ces « choses », puisqu'il était trop saoûl.

Selon M. Rubert, Luka Rocco Magnotta entendait offrir ses services d'escorte sur Gay Romeo. Il a d'ailleurs expliqué qu'il avait pris des photos de lui pour lui créer un nouveau profil sur le site Internet.

Contre-interrogatoire serré

En contre-interrogatoire, Me Leclair s'est appliqué à miner la crédibilité de M. Rubert en évoquant longuement son passé criminel. Le témoin a été reconnu coupable d'une centaine de chefs d'accusation depuis 1976, a-t-il révélé. Parmi ceux-ci : vol, fraude, résistance aux forces de l'ordre, agression sexuelle sur des mineurs, distribution de pornographie juvénile, etc. Il a fait plusieurs séjours en prison au fil du temps.

M. Rubert a protesté contre les méthodes de Me Leclair, en soulignant qu'elles ne seraient pas permises en Allemagne. Mais le juge Guy Cournoyer lui a indiqué que le Canada permet ce procédé, ce qui a permis à l'avocat de la défense de continuer. Le témoin, visiblement agacé, a fini par dire que cette façon de faire ne l'empêcherait pas de dormir lorsqu'il sera de retour en Allemagne.

L'avocat de Luka Rocco Magnotta a également suggéré au témoin qu'il avait en fait accepté d'héberger son client pour pouvoir profiter de son argent. Frank Rubert a nié cette allégation, sans démentir qu'il était heureux de pouvoir en profiter. « Si Magnotta m'offrait d'utiliser son argent, pourquoi n'en aurais-je pas profité », a-t-il rétorqué.

M. Magnotta fait face à des accusations de meurtre au premier degré, d'outrage à un cadavre, de production de matériel obscène, d'utilisation de la poste pour le publier et d'avoir harcelé le premier ministre Stephen Harper et d'autres membres du Parlement.

La Couronne a deux options pour convaincre le jury de déclarer Magnotta coupable de meurtre au premier degré hors de tout doute raisonnable. Elle peut prouver qu'il a méticuleusement planifié et prémédité son geste, ou prouver qu'il a tué sa victime lors d'une agression sexuelle.

Me Leclair a déjà déclaré qu'il veut convaincre le jury de déclarer son client non criminellement responsable de la mort de Lin Jun, en raison de troubles mentaux.

Magnotta face à la justice

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.

Grand Montréal

Société