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Le Canada mènera des frappes aériennes en Irak contre l'EI

Le reportage de Marc Godbout
Radio-Canada

Le Canada se joindra à la coalition internationale, menée par les États-Unis, pour lutter contre le groupe armé État islamique (EI). Six chasseurs et trois avions ravitailleurs seront déployés à cet effet.

Le premier ministre Stephen Harper a déposé vendredi aux Communes une motion par laquelle le Canada s'engage dans des frappes aériennes qui pourront durer jusqu'à six mois. Elle précise qu'il n'est pas question de participer à des opérations terrestres.

Le premier ministre conservateur a précisé que les Forces canadiennes limiteraient leur intervention aux territoires où les gouvernements en font la demande. Il ouvre ainsi la porte à des frappes en Syrie, si une telle demande venait du régime de Bachar Al-Assad. Une éventualité que le gouvernement canadien excluait pourtant jusqu'au 3 septembre dernier, lors du sommet de l'OTAN.

Nous allons attaquer l'EI uniquement là où le Canada a l'appui du gouvernement du pays en question.

Stephen Harper

Les moyens déployés par le Canada :

  • Trois avions ravitailleurs (un CC150 Polaris et deux CP140 Aurora) et un avion de transport, y compris environ 280 membres d'équipage et autres membres du personnel;
  • Six chasseurs de combat CF188 Hornet avec environ 320 membres d'équipage et autres membres du personnel.

« Le gouvernement du Canada ne cache pas le dégoût que lui inspirent les actions du régime Al-Assad, mais ce que nous faisons c'est participer à une opération antiterroriste contre l'EI et ses alliés. Nous ne voulons faire la guerre à aucun gouvernement dans la région. »

En plus d'effectuer des frappes aériennes, les Forces canadiennes livreront des armes et du matériel fournis par leurs alliés aux forces qui combattent l'EI dans le nord de l'Irak.

Elles continueront de soutenir la coalition contre l'EI dans « un rôle de non-combat antiterroriste » au sol de même qu'en fournissant des avions de ravitaillement et de surveillance ainsi que les équipes nécessaires à leur entretien.

Tous les aspects de la mission canadienne sont limités à une durée de six mois dans la motion présentée par le gouvernement.

Le premier ministre a précisé qu'il voulait éviter d'enliser les Forces canadiennes dans un conflit qui pourrait se prolonger. « Les actions que nous avons annoncées sont des actions auxquelles il serait relativement facile de mettre fin », a avancé M. Harper.

Mission canadienne contre l'EI : l'analyse d'Emmanuelle Latraverse

Une intervention « nécessaire »

Le premier ministre a expliqué que l'EI ne menaçait pas seulement la sécurité des populations de la région de l'Irak et de la Syrie, mais celles de l'ensemble de la planète en ciblant spécifiquement les citoyens canadiens.

M. Harper a rappelé plusieurs atrocités commises par le groupe armé, dont « la torture et la décapitation d'enfants, la vente et le viol de femmes de même que le meurtre de prisonniers et d'innocents », pour justifier l'intervention canadienne contre l'EI. Le premier ministre a également ajouté que l'EI était sur le point de commettre un génocide à la fin de l'été.

La motion se lit comme suit :

  • a) appuie la décision du gouvernement de fournir des ressources militaires canadiennes dans le cadre de la lutte contre l'EIIL et contre les terroristes associés à l'EIIL, y compris une capacité de frappes aériennes, pour une période pouvant atteindre six mois;
  • b) note que le gouvernement du Canada ne déploiera pas de militaires dans le cadre d'opérations de combat terrestre;
  • c) continue à offrir son soutien ferme et sans réserve aux courageux hommes et femmes des Forces canadiennes qui se tiennent prêts à nous défendre tous.
Entrevue avec le spécialiste du Moyen-Orient et professeur à l'Université d'Ottawa, Thomas Juneau, et le major-général retraité des Forces canadiennes, Terry Liston.

Que pensez-vous de la contribution canadienne à la lutte contre l'État islamique? Exprimez-vous sur cette page.

En matière de politique intérieure, le premier ministre a rappelé que le gouvernement avait renforcé les lois pour lutter contre les combattants étrangers en sol canadien. Le gouvernement entend également doter les services de sécurité de moyens de suivre les « aspirants terroristes » dans leurs déplacements à l'étranger afin de leur interdire un retour au Canada ou de les traduire en justice.

M. Harper a demandé l'appui des partis d'opposition pour cette mission, mais autant les néo-démocrates que les libéraux ont refusé. Cependant, comme les conservateurs sont majoritaires à la Chambre, la motion devrait être adoptée sans problème.

Un débat et un vote sur la motion conservatrice auront lieu lundi prochain. Le premier ministre Harper sera toutefois remplacé par John Baird, ministre des Affaires étrangères, et Rob Nicholson, ministre de la Défense nationale.

Notre dossier

Le chef de l'opposition officielle, Thomas Mulcair, réclamait depuis des semaines un débat sur la forme que doit prendre la participation canadienne. Il ne cesse de reprocher au gouvernement d'agir dans le secret et de faire fi de l'opinion du Parlement sur cette question importante.

Opposé à une intervention militaire canadienne en Irak, le chef du NPD préconise davantage l'envoi d'aide humanitaire aux réfugiés et aux populations éprouvées par la guerre.

Quel le coût de la mission contre l'EI?

Le ministre de la Sécurité publique, Steven Blaney, a toutefois déclaré vendredi matin que l'envoi de 63 militaires en Irak a fait l'objet de consultations. « Il y a eu un débat d'un comité parlementaire, souligne M. Blaney. [...] Il y a eu des consultations pour un engagement non militaire de 30 jours qui se termine demain. Et là on est prêts à passer à l'autre niveau. C'est la raison pour laquelle il est important d'avoir un débat. »

« C'est la première fois qu'un premier ministre, Stephen Harper, consulte le Parlement en engageant une mission de combat », a avancé M. Blaney sur les ondes de RDI. « On l'a fait deux fois en Afghanistan, une fois en Libye. Vous savez, quand Jean Chrétien nous a engagés en Afghanistan, il n'a pas consulté le Parlement. »

Les Kurdes saluent l'implication du Canada

En Irak, la décision d'Ottawa a été immédiatement saluée par le gouvernement régional du Kurdistan (GRK), qui affirme apprécier l'aide militaire et humanitaire du Canada. « Nous sommes reconnaissants. Ça témoigne de la solidarité du Canada envers les forces kurdes qui luttent contre un ennemi barbare et sauvage », a déclaré à Radio-Canada le chef du département des relations étrangères du GRK.

« Les frappes aériennes se sont montrées efficaces, mais elles doivent être soutenues pour permettre aux peshmerga, un partenaire fiable et dévoué, d'avancer contre l'EI. La combinaison des frappes et des troupes au sol va mener à la victoire », poursuit le GRK.

Toutefois, le gouvernement régional kurde déplore la longueur des délais de livraison des armes promises par la coalition. « Cela dit, les promesses d'armes légères et lourdes mettent trop de temps à être remplies. Il faut que les pays de la coalition en fournissent davantage et plus vite, surtout des armes lourdes », explique le représentant du GRK, qui rappelle que les Kurdes doivent tenir une ligne de front de plus de 1000 kilomètres.

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