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Exclusif

Pétrole bitumineux sur le fleuve : le PQ savait

Le premier navire chargé de pétrole des sables bitumineux a quitté Sorel-Tracy le 21 septembre

Le premier navire chargé de pétrole des sables bitumineux a quitté Sorel-Tracy le 21 septembre

Photo : Thomas Gerbet

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Un document obtenu par Radio-Canada confirme en partie ce que le premier ministre libéral Philippe Couillard affirme : le Parti québécois savait, quand il était au pouvoir, que le pétrole des sables bitumineux allait circuler par navire sur le fleuve Saint-Laurent. Mais rien n'indiquait clairement que c'était à des fins d'exportation.

Un texte de Thomas GerbetTwitterCourriel

« Nos collègues, à l'époque où ils étaient au gouvernement, ont accordé l'autorisation », a lancé Philippe Couillard à ses adversaires péquistes, suscitant de fortes réactions sur les bancs de l'Assemblée nationale.

Pour la quatrième fois, le PQ venait de talonner le gouvernement au sujet des débuts de l'exportation de pétrole de l'Ouest par navire sur le fleuve ce mois-ci. « Le premier ministre a donné son accord au nom des Québécois », a harangué le chef de l'opposition officielle, Stéphane Bédard. « [Le fleuve] devient ainsi le camion-citerne de l'Alberta », a-t-il lancé.

Un document du ministère de l'Environnement daté du 20 décembre 2013, obtenu par Radio-Canada en vertu de la loi sur l'accès aux documents des organismes publics, démontre que le gouvernement précédent ne pouvait ignorer que du pétrole des sables bitumineux allait circuler sur le fleuve à partir de Sorel-Tracy.

Le rapport d'analyse portant sur la demande de certificat d'autorisation indique que la compagnie Kildair stockera dans une partie de ses cuves du « Western Canadian Select », le nom officiel du pétrole issu des sables bitumineux. On peut aussi y lire que « le projet implique des risques environnementaux au niveau [...] du transport maritime ».

Si, à l'époque, c'était correct de donner l'autorisation pour l'entreposage et l'expédition, pourquoi le même parti politique, aujourd'hui, émet des doutes sur la pertinence de l'expédition qu'ils ont eux-mêmes autorisée, indirectement?

Une citation de :Philippe Couillard, premier ministre du Québec

L'adverbe « indirectement » utilisé par le premier ministre est important, car nulle part dans le rapport, il n'est question d'exportation. Le gouvernement péquiste aurait très bien pu croire que ce pétrole s'en irait par bateau à une raffinerie du Québec ou du Nouveau-Brunswick.

« En aucun temps, le gouvernement du Parti québécois n'a autorisé l'exportation de pétrole », a répondu Stéphane Bédard, en mettant au défi les libéraux de trouver une quelconque information qui le démontre. « C'était pour la transformation ici, pour nos installations, pas pour l'exportation de masse vers les pays européens ou ailleurs », a précisé le chef de l'opposition.

Un « souvenir incertain » pour l'ancien ministre de l'Environnement du PQ

Dans un message publié mercredi sur sa page Facebook, l'ancien ministre péquiste de l'Environnement, Yves-François Blanchet, a affirmé que sa connaissance des faits n'était qu'un « souvenir incertain », parce qu'il ne peut parler à personne au ministère à titre d'ex-ministre et qu'il n'a pas consulté le document obtenu par Radio-Canada.

« Je crois en effet que le sujet a brièvement été abordé en réunion statutaire entre le cabinet, le sous-ministre et les sous-ministres-adjoints, se rappelle M. Blanchet. Je crois avoir retenu la suggestion d'approuver la recommandation des hauts fonctionnaires quant au certificat d'autorisation de ce projet. »

Il n'y aurait eu, malgré notre manque de sympathie pour l'industrie, aucun motif réglementaire de le refuser.

Une citation de :Yves-François Blanchet, ex-ministre de l'Environnement

« Je n'ai aucun souvenir de l'origine du pétrole ni si elle a alors été mentionnée, mais on suppose bien sûr qu'il venait de l'Ouest. Je n'ai aucun souvenir qu'il y ait eu mention d'exportation, et encore moins de pétroliers sur le fleuve. J'aurais sûrement alors réagi avec beaucoup plus d'hostilité », affirme Yves-François Blanchet, qui estime que ce cas était différent de celui des forages à Cacouna, « où dès le départ le motif d'arrêt pour mise en place d'un BAPE [Bureau d'audiences publiques sur l'environnement] est indiscutable ».

Le fleuve est un milieu trop fragile par sa largeur, sa profondeur, sa température et sa vocation pour prendre de tels risques.

Une citation de :Yves-François Blanchet

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