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Captage de carbone : première mondiale de SaskPower

Le reportage de William Burr
Radio-Canada

La mise en ligne d'un système de captage de carbone dans la centrale au charbon d'Estevan pousse plus d'une centaine de délégués de 20 pays à se rendre dans le sud-est de la Saskatchewan aujourd'hui, curieux d'en apprendre un peu plus sur le premier projet de technologie verte du genre au monde.

La mise en ligne d'un système de captage de carbone dans la centrale au charbon d'Estevan pousse plus d'une centaine de délégués de 20 pays à se rendre dans le sud-est de la Saskatchewan aujourd'hui, curieux d'en apprendre un peu plus sur le premier projet de technologie verte du genre au monde.

« C'est vraiment unique. C'est vraiment le premier [projet] dans le monde qui peut démontrer pas seulement au Canada, mais aussi en Europe, en Chine, qu'on peut le faire [réduire les émissions de gaz à effet de serre] d'une façon économique », affirme David Reiner, un conférencier de l'école de commerce de l'Université Cambridge en Angleterre.

Les émissions de la centrale au charbon Boundary Dam sont sur le point de devenir beaucoup moins nocives, selon SaskPower, car le nouvel appareil capturera 90 % du dioxyde de carbone d'une des quatre unités de la centrale qui sont encore ouvertes. Au lieu de finir dans l'atmosphère, le CO2 sera stocké dans le sol ou vendu à une entreprise pétrolière qui l'utilisera pour déloger du pétrole sous terre.

C'est la première fois dans le monde que la technologie de captage de carbone est utilisée dans une usine de cette taille.

Résultats attendus avec intérêt

Des entreprises et observateurs de plusieurs pays ont hâte de savoir si le projet permettra une réduction des émissions de gaz à effet de serre et s'il pourra être exporté à l'échelle mondiale.

La technologie [utilisée à l'usine de captage de SaskPower] va coûter cher, selon Warren Mabee, professeur à l'Université Queen's.La technologie [utilisée à l'usine de captage de SaskPower] va coûter cher, selon Warren Mabee, professeur à l'Université Queen's. Photo : ICI Radio-Canada

« La technologie semble fonctionner, mais personne ne l'a utilisée quotidiennement, de façon régulière. Il est très important de voir que cela fonctionne », explique Warren Mabee, professeur de géographie à l'Université Queen's.

Les observateurs veulent voir si la technologie fonctionne bien, mais ce qu'ils attendent surtout, avec impatience, ce sont les résultats financiers. La technologie de captage de carbone existe depuis des années, mais les coûts importants qui y sont rattachés ont longtemps ralenti son adoption.

La rentabilité d'un tel projet n'a jamais été prouvée et la société d'État qui le lance, SaskPower, offre peu de détails sur ses frais d'exploitation.

Longue liste d'échecs

De nombreux projets de captage de carbone en Europe, aux États-Unis et au Canada ont été abandonnés ou suspendus en raison des coûts élevés, comme le démontre une liste dressée par le Massachusetts Institute of Technology (Nouvelle fenêtre).

La liste comprend 31 projets, dont 11 projets aux États-Unis, autant dans l'Union européenne, 3 au Canada, 3 en Norvège et 3 ailleurs dans le monde.

Le sous-secrétaire adjoint du Département américain de l'énergie Julio Friedmann prévoit que l'électricité provenant des centrales au charbon équipées de captage de carbone coûtera de 70 % à 80 % plus cher.

Amr Henni, professeur en chimie industrielle à l'Université de ReginaAmr Henni, professeur en chimie industrielle à l'Université de Regina Photo : ICI Radio-Canada

Certains experts doutent également de la viabilité commerciale du projet, surtout en l'absence de taxe sur le carbone.

« Tout le monde sait que s'il n'y a pas de taxe sur le carbone, cette technologie n'est pas rentable pour l'instant », lance Amr Henni, un professeur en chimie industrielle à l'Université de Regina.

Les coûts engendrés pour créer le système de captage de carbone à la centrale de Boundary Dam s'élèvent à 1,4 milliard de dollars, dont 200 millions ont été versés par le gouvernement fédéral.

Les coûts d'exploitation du système demeurent quant à eux un mystère. SaskPower affirme qu'ils ne seront connus qu'après deux ou trois ans d'utilisation.

« La technologie n'est pas viable d'un point de vue commercial, comme le serait une technologie disponible sur le marché. Elle va coûter cher », indique le professeur Warren Mabee.

SaskPower voit grand

« Nous avons voulu construire une centrale qui générera des revenus et qui sera aussi économique qu'une centrale au gaz naturel. C'est ce que nous allons prouver », déclare le pdg de SaskPower Robert Watson.

Robert Watson, président de SaskPowerRobert Watson, président de la société d'État SaskPower

La vente du CO2 à l'entreprise pétrolière garantira la santé économique du projet, selon lui.

Robert Watson affirme cependant vouloir garder secrète la majeure partie des informations techniques et financières reliées au projet, afin de pouvoir les vendre plus tard.

« Nous partagerons cette information lorsque les gens seront prêts à l'acheter. Nous ne l'offrirons pas gratuitement. SaskPower a en main des informations précieuses, et nous en ferons la démonstration, mais nous nous assurerons un retour sur notre investissement », explique M. Watson.

« Il y a énormément de compagnies qui sont intéressées juste par le fait que si une technologie réussit, les compagnies vont faire énormément d'argent », soutient Amr Henni, professeur en chimie industrielle à l'Université de Regina.

Au moins deux ans avant l'évaluation

SaskPower évaluera la performance du système de captage de carbone à Boundary Dam pendant deux ou trois ans, avant de décider si elle ira de l'avant avec d'autres projets semblables.

Si le projet essuie d'importantes pertes financières à ses débuts, la patience du public pourrait être courte, selon Warren Mabee.

S'ils disent "nous allons perdre tant d'argent la première, la deuxième, et la troisième année", la population risque de perdre rapidement l'intérêt pour le projet.

Warren Mabee, professeur de géographie à l'Université Queens
Un camion de charbon se dirige vers la centrale Boundary Dam à EstevanUn camion de charbon se dirige vers la centrale Boundary Dam à Estevan Photo : ICI Radio-Canada

Pour le gouvernement saskatchewanais, beaucoup dépend du succès du système de captage de carbone.

Les gisements de charbon de la Saskatchewan sont assez importants pour être exploités pendant les 300 prochaines années, mais avec les nouvelles réglementations d'Ottawa, cet or noir restera dans le sol, à moins de trouver une façon moins polluante de l'exploiter.

Pour l'instant, l'exploitation passera par le système de captage de carbone.

Même si l'usine de captage à Boundary Dam ne s'avère pas rentable, plusieurs experts croient que des projets du genre doivent aller de l'avant pour améliorer la technologie.

D'après un reportage de William Burr à ne pas manquer jeudi au Téléjournal Saskatchewan

Économie