•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Avenir incertain pour le pensionnat de l’École secondaire Collège Mathieu

Le reportage de Rémi Authier
Mireille Lavoie

La fermeture du pensionnat du Collège Mathieu, une véritable institution fransaskoise à Gravelbourg qui a accueilli des centaines d'élèves au cours des dernières décennies, marque la fin d'une tradition pour certaines familles francophones.

La fermeture du pensionnat du Collège Mathieu, une véritable institution fransaskoise à Gravelbourg qui a accueilli des centaines d'élèves au cours des dernières décennies, marque la fin d'une tradition pour certaines familles francophones.

Robert Carignan et son fils André ont quitté leur famille et le village de Ponteix pour devenir pensionnaires au Collège Mathieu. L'expérience a été marquante pour les deux hommes.

« L'étude de cinq heures [17 h] au Collège, c'était sacré. Il n'y a personne qui s'esquivait de l'étude de cinq heures », lance Robert Carignan.

« C'est une des meilleures expériences de ma vie », renchérit André Carignan.

« J'allais rester aux résidences, mais [le pensionnat] a fermé juste avant que j'arrive ici », affirme Sophie Carignan. Elle aurait été la 3e génération de Carignan à être pensionnaire au Collège Mathieu.« J'allais rester aux résidences, mais [le pensionnat] a fermé juste avant que j'arrive ici », affirme Sophie Carignan. Elle aurait été la 3e génération de Carignan à être pensionnaire au Collège Mathieu. Photo : ICI Radio-Canada

Même si Robert Carignan comprend que le Conseil des écoles fransaskoises (CEF) se trouve dans une situation précaire, il est déçu que le pensionnat ferme ses portes.

« Sur le côté émotionnel, c'est certain que moi [...] je n'étais pas heureux de ce côté-là [de voir le pensionnat fermer] », affirme-t-il.

La petite fille de Robert, Sophie, devait elle aussi suivre la tradition familiale, mais le pensionnat n'étant plus une option, la famille Carignan a dû trouver une autre solution.

« J'allais rester aux résidences, mais ça a fermé juste avant que j'arrive ici », déplore Sophie. Elle aurait été la troisième génération de Carignan à être pensionnaire.

L'âge d'or du pensionnat

Dans les années 1960, vivre au pensionnat était un mode de vie.

Le Collège Mathieu, dans les années 1960Le Collège Mathieu, dans les années 1960 Photo : ICI Radio-Canada (archives)

L'établissement accueillait environ 200 pensionnaires de partout au Canada et même des États-Unis, et avait un impact économique important pour la communauté de Gravelbourg.

Le Collège Mathieu était reconnu à l'époque pour la diversité de ses activités sportives et culturelles.

« Les choses qui étaient remarquables c'était par exemple les pièces de théâtre, la fanfare, les chorales dont on faisait partie », explique Robert.

Tragique incendie

Le 14 mai 1988, un premier deuil a frappé la communauté lorsqu'un incendie a ravagé le Collège et les vieilles résidences.

André Carignan, qui y étudiait à l'époque, se souvient très bien de ce jour.

Pour nous autres, c'était notre maison, c'était chez nous. Et puis, de le voir partir en feu c'était un très gros choc.

André Carignan, pensionnaire au Collège en 1988
Un incendie a décimé le Collège Mathieu de Gravelbourg en 1988.Un incendie a décimé le Collège Mathieu de Gravelbourg en 1988. Photo : ICI Radio-Canada (archives)

Fin du monopole dans le marché de l'Ouest

Même si les résidences ont été reconstruites peu après, la fréquentation du pensionnat n'a cessé de diminuer en raison du développement des écoles francophones et des écoles d'immersion dans l'Ouest à partir de 1995.

Selon l'ancien directeur du Service fransaskois de formations aux adultes (SEFFA), Michel Vézina, la compétition qui s'est développée avec ces écoles s'est fait sentir.

Dans l'Ouest, il y a eu l'apparition des écoles secondaires francophones un peu partout.

Michel Vézina, ancien dir. du SEFFA

La clientèle des nouvelles écoles secondaires francophones était la même que celle du Collège, qui a perdu des élèves.

Des essais non concluants

Le Collège Mathieu a tenté de contrer l'exode des élèves potentiels en mettant sur pied différentes initiatives.

L'équipe de hockey du Collège MathieuL'équipe de hockey du Collège Mathieu Photo : ICI Radio-Canada (archives)

L'école de hockey a suscité un certain intérêt, mais des conflits avec la vocation du Collège ont entraîné la fin du programme.

« On recrutait à la fois des jeunes qui n'étaient pas nécessairement francophones, on espérait qu'ils apprendraient le français. Puis, il y avait un peu une antinomie avec la vocation francophone du Collège aussi », explique Michel Vézina.

L'année dernière, le Collège Mathieu n'avait plus que cinq pensionnaires, dont deux qui venaient d'Haïti. Ils participaient à un projet du Conseil des écoles fransaskoises. Avec si peu d'élèves, le CEF a décidé de fermer le pensionnat pour au moins un an.

Une pause forcée

Dans une lettre envoyée au conseil-école de l'École secondaire Collège Mathieu le 30 juin dernier, le CEF indique que les coûts d'exploitation de la résidence sont trop élevés.

« Il faut que ce soit financièrement viable aussi », souligne le président du Conseil scolaire fransaskois (CSF), André Denis, qui ajoute que la pause d'une année permettra d'étudier la situation.

Les chambres du pensionnat, autrefois animées, sont vides à l'automne 2014.Les chambres du pensionnat, autrefois animées, sont vides à l'automne 2014. Photo : ICI Saskatchewan

La décision du CEF choque la représentante communautaire du conseil-école, Maria Lepage.

« La réaction immédiate a été la frustration et la colère parce qu'on n'avait pas été consultés », lance Maria Lepage.

Elle ne perd toutefois pas espoir et affirme que le conseil-école a déjà soumis une proposition au CEF pour éviter la fermeture définitive du pensionnat.

La diminution des coûts associés à la surveillance des élèves est au cœur de la proposition.

« Nous étions sortis avec une solution qui était pas mal innovatrice : elle faisait baisser les coûts administratifs du pensionnat de 130 000 $ à 25 000 $ ou 26 000 $, pour le même nombre de jeunes », affirme Mme Lepage qui n'a pas encore reçu de réponse du Conseil.

Le CSF confirme avoir reçu cette proposition, mais il indique qu'il ne prendra pas de décision avant d'avoir reçu les différentes propositions de l'administration.

Il souhaite recevoir des idées nouvelles pour prendre une bonne décision vers la fin de l'année scolaire, ou en janvier prochain.

Les corridors du pensionnat qui ont vu le quotidien de deux générations de Carignan sont pour le moment silencieux.

En attendant la solution retenue par le CSF, Sophie Carignan est inscrite au Collège Mathieu et faute de pouvoir vivre au pensionnat, elle a trouvé un autre foyer : elle vit avec la famille de sa meilleure amie.

« Je pense qu'il faut développer quelque chose d'unique », souligne Robert Carignan« Je pense qu'il faut développer quelque chose d'unique », souligne Robert Carignan Photo : ICI Radio-Canada

Son grand-père et son père espèrent que le pensionnat rouvrira ses portes.

Robert et André Carignan croient tous deux que le pensionnat est un atout pour l'école secondaire qui doit se démarquer afin d'attirer à nouveau les élèves.

« Je pense qu'il faut développer quand même quelque chose qui est unique, pas juste ordinaire », souligne Robert.

La décision à venir du Conseil des écoles fransaskoises déterminera si une troisième génération de Carignan pourra perpétuer la tradition ou si une page d'histoire est définitivement tournée.

D'après un reportage de Rémi Authier à ne pas manquer mercredi au Téléjournal Saskatchewan

Saskatchewan

Francophonie