•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un cargo indésirable s'éternise sur le Saint-Laurent

Le cargo est arrivé à Beauharnois en août 2011.

Photo : Marie-Eve Maheu

Radio-Canada

Depuis trois ans maintenant, un bateau rouillé exaspère et inquiète les autorités de la région de Beauharnois, en Montérégie. Le Kathryn Spirit est ancré dans le lac Saint-Louis, un réservoir d'eau potable pour Montréal, et il contient plus de 2 millions de litres d'eau contaminée par des résidus pétroliers.

Un texte de Marie-Ève MaheuTwitterCourriel

« Si je pouvais, il ne serait jamais venu là, ce bateau-là. Je vous jure qu'il n'aurait pas eu le droit d'arriver ici. Il est arrivé une nuit sans que personne le sache », raconte le maire de Beauharnois, Claude Haineault, qui se bat depuis l'été 2011 pour que le navire reprenne le large.

Beauharnois n'est pas un cimetière d'épaves et on ne veut pas que ça le devienne.

Claude Haineault, maire de Beauharnois

Le propriétaire initial du navire, le Groupe St-Pierre, l'a amené à Beauharnois pour le démanteler et récupérer ses matériaux. La Ville a réussi à faire stopper les travaux, mais depuis 2012, le Kathryn Spirit a été vendu à une compagnie mexicaine et il ne bouge plus.

L'an dernier, Beauharnois pensait avoir enfin trouvé le moyen de se débarrasser du cargo, lorsque les pompiers de la municipalité ont découvert une fuite d'eau huileuse.

« Mes pompiers sont intervenus. On était fiers. On se disait que c'était peut-être la bonne chose, le déclenchement vers le déplacement du navire », raconte le directeur du Service de sécurité incendie de Beauharnois, Jean-Maurice Marleau.

Des tonnes de mazout et d'eau souillée ont été pompées à l'extérieur du navire et traitées. Mais le bateau, lui, est resté.

La Ville impuissante

Le maire Haineault estime avoir été assez patient. Il veut que le gouvernement fédéral intervienne. « Moi, je voudrais bien faire quelque chose, mais je ne peux pas, dit-il. Je n'ai pas le droit d'intervenir. Le bateau est dans les eaux fédérales, eh bien, faites quelque chose au gouvernement fédéral! Prenez-les, vos responsabilités! »

Transports Canada assure suivre le dossier de près. « On fait des inspections régulièrement à bord pour s'assurer que la situation est sécuritaire et qu'il n'y a pas de déversement de pollution », dit Pierre Lebrun, gestionnaire de la sécurité maritime à Transports Canada.

Mais tant que la voie maritime n'est pas bloquée ou que le cargo n'est pas une menace pour l'environnement, Transports Canada ne peut faire plus. Et le ministère ne donnera pas l'autorisation au bateau de partir avant que les réparations qu'il a demandées soient achevées et que l'eau contaminée soit retirée.

« On doit s'assurer que tous ces contaminants-là sont enlevés avant que le navire puisse quitter et qu'il n'y a pas de rejets accidentels durant le transit vers son lieu de récupération », explique M. Lebrun.

Démantèlement à Beauharnois?

CIA Group, l'intermédiaire du propriétaire du navire, refuse de commenter le dossier. Mais selon Transports Canada, la compagnie mexicaine qui prévoyait amener le bateau jusqu'au Mexique pour le démanteler évalue maintenant d'autres options. « Il pourrait être recyclé en Ontario, il pourrait même être recyclé à l'endroit où il est », dit Pierre Lebrun.

C'est justement ce que cherche à éviter le maire de Beauharnois depuis le début. « La principale richesse du Québec, c'est la beauté du fleuve Saint-Laurent, il faut protéger ça. C'est un non-sens qu'on permette des travaux comme ça. »

Beauharnois ne veut pas que le Kathryn Spirit passe un quatrième hiver ici, mais pour le moment, c'est le propriétaire qui a le dernier mot.

Société