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Les dessous d'Irving

Radio-Canada

Connue pour son mutisme et sa richesse immense, la famille Irving voit certains de ses secrets révélés au grand jour. Un livre récemment publié relate les dessous de la relation qui existe entre les membres de cette puissante famille néo-brunswickoise.

Un reportage de Nicolas Steinbach TwitterCourriel

Connue pour son mutisme et sa richesse immense, la famille Irving voit certains de ses secrets révélés au grand jour. Un livre récemment publié relate les dessous de la relation qui existe entre les membres de cette puissante famille néo-brunswickoise.

La biographie non autorisée Irving contre Irving (Irving vs Irving) rédigée par l'auteur et journaliste de la CBC, Jacques Poitras, s'attarde au pouvoir de la famille, à son influence auprès des gouvernements et surtout, à ses journaux.

livre Irving vs Irving.

Jacques Poitras est l'auteur de la biographie non-officielle de la famille Irving.

Photo : Nicolas Steinbach

Pendant deux ans, le journaliste – qui a travaillé pendant sept ans pour l'entreprise médiatique leur appartenant - a fouillé toute l'information disponible sur cette famille devenue mythique au Canada Atlantique. Deux des frères Irving ont été interviewés dans cette biographie non autorisée. James K. Irving et son fils James D. (Jim), qui détiennent surtout la section forestière et le chantier naval.

Le grand manitou d'Irving Oil, Arthur Irving, et Jamie Irving (fils de James D. Irving), qui est à la tête des journaux ont tous deux refusé de rencontrer l'auteur.

Depuis des décennies, on discute de ça au Nouveau-Brunswick. De l'influence des Irving, de leurs entreprises et de leurs journaux. La question c'est, est-ce que la famille se mêle dans la discussion des journaux?

Jacques Poitras, auteur de Irving vs Irving 

La fortune de la famille Irving est estimée de 8 à 12 milliards de dollars et représente la 3e famille la plus riche au Canada. Avec J.D. Irving et Irving Oil, ils sont sans conteste les plus grands employeurs privés du Nouveau-Brunswick.

Arthur Irving

Photo : Marc Poirier/Radio-Canada

La compagnie possède la plus grande raffinerie du pays à St-Jean, 900 stations d'essence, la majorité des usines de pâte et papier et des scieries de la province, des compagnies de camions et la vaste majorité des journaux de la province.

Tous les quotidiens anglophones de la province font partie du conglomérat Brunswick News, appartenant à la famille d'origine écossaise.

L'influence de la famille sur la province, explique l'auteur, débute à l'intérieur même du journal. Lorsque l'arrière-petit-fils du fondateur de l'empire, Jamie Irving, est devenu l'éditeur du Telegraph-Journal, prestigieux quotidien économique et politique du Nouveau-Brunswick, le contrôle de la famille sur le message médiatique a pris un tournant.

Dans les années 1990, la famille a noté une baisse des profits et des revenus de son empire médiatique et il fallait assurer une gestion plus serrée.

« Lorsqu'ils ont décidé que Jamie allait gérer le Telegraph-Journal chaque jour comme éditeur, ça, c'était quelque chose de nouveau et on ne pouvait plus nier un rôle de la famille. Son nom était là dans les pages », explique l'auteur du livre, Jacques Poitras.

Jacques Poitras en entrevue.

L'auteur du livre Irving vs Irving, Jacques Poitras.

Photo : Gilles Boudreau

Le livre rapporte que les journaux appartenant à la famille n'ont pas tout dit lors d'événements comme les manifestations contre la vente ratée d'Énergie Nouveau-Brunswick à Hydro-Québec. Dans toutes les couvertures, les journaux n'ont pas mentionné que l'empire allait bénéficier de manière importante de cette transaction. On parle de tarifs d'électricité qui auraient baissé de 30 % si l'entente avait été entérinée.

« Tu sais, les journalistes des journaux doivent aller un peu plus loin que les autres pour être transparents, pour montrer que leurs propriétaires ont des intérêts à ce sujet-là et ils ne l'ont pas fait malheureusement », affirme M. Poitras.

Deux sources ont accepté de se confier à Jacques Poitras à condition que le livre paraisse après l'élection provinciale du 22 septembre au Nouveau-Brunswick.

Une séparation en sourdine

En 2007, le Globe and Mail révélait que la famille Irving séparait la fortune de l'empire en deux. La guerre qui aura duré sept ans et coûté près de 100 millions de dollars en frais juridiques prenait finalement fin.

Les membres de la famille ont décidé qu'ils se séparaient des milliards de dollars, la gestion de deux cents compagnies et qui allait en être les actionnaires. Aucune mention, aucune analyse et aucun reportage de cela dans les journaux de Brunswick News.

Et il y a une mention dans le Telegraph-Journal que tout va bien chez les compagnies Irving, « business as usual », fin de la discussion.

Jacques Poitras

Puis, il y a eu ces poursuites judiciaires aux Bermudes, où il y avait des implications partout dans l'empire. Aucune mention dans les journaux de Brunswick News, y compris le Telegraph-Journal.

Jacques Poitras :

« J.D. Irving, c'est l'employeur le plus grand dans le secteur privé au Nouveau-Brunswick, la raffinerie à Saint-Jean c'est plus de la moitié des exportations globales du Nouveau-Brunswick chaque année, alors l'impact sur l'économie, l'impact potentiel de ces changements-là, de ces poursuites-là est majeur. Et puis le Telegraph-Journal, en particulier, c'est un journal des affaires et de la politique, un journal sérieux, essentiel pour les affaires au Nouveau-Brunswick et il ne le mentionne pas du tout. On ne peut pas vraiment nier que quelque chose manquait dans ce cas-là. »

Une famille près du pouvoir politique

L'adage veut que ce que les Irving veulent, ils le reçoivent. Depuis plus d'un siècle, les gouvernements se sont succédé et l'empire est resté.

« Peut-être (que les Irving) n'ont plus besoin de gagner ou perdre des élections, parce les politiciens vont les accommoder. Pas toujours et pas à 100 %, mais toujours, on peut voir une influence de 1976 jusqu'à maintenant », explique Jacques Poitras.

James Irving en compagnie du ministre Peter MacKay, le 14 juin 2013

James Irving en compagnie du ministre Peter MacKay, le 14 juin 2013

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

L'auteur tire en exemple la stratégie forestière annoncée un peu plus tôt cette année par le gouvernement Alward. Un plan qui accorderait plus de bois des terres de la couronne aux entreprises privées. J.D. Irving était l'un des grands bénéficiaires de ce plan.

Le ministre des Ressources naturelles du Nouveau-Brunswick, Paul Robichaud, annonçait ainsi que les forestières pourraient récolter 660 000 mètres cubes supplémentaires de résineux sur les terres de la Couronne.

J. D. Irving annonçait dans les jours suivants un investissement de plus de 500 millions de dollars pour moderniser ses usines et la création de plus de 500 emplois permanents, et de 1200 emplois pour les travaux de modernisation.

Jim Irving, président de J. D. Irving, se dit satisfait du nouveau plan d'aménagement forestier.

Jacques Poitras rappelle que lorsque les libéraux étaient au pouvoir, de 2006 à 2010, ils avaient développé un plan pour l'industrie que les progressistes-conservateurs qualifiaient de « trop généreux ».

En 2012, les progressistes-conservateurs ont annoncé un plan moins généreux, où la coupe de bois dans les forêts de la couronne était réduite et dont les zones protégées étaient plus imposantes.

Deux ans plus tard, ils changent d'idée, ils renversent ça et ils retournent à ce que les libéraux ont fait. Alors on ne sait pas exactement ce qui s'est passé, mais on sait qu'à la fin, J.D. Irving a reçu ce qu'il voulait.

Jacques Poitras

Avec les élections qui viennent de se terminer, il est difficile de prédire quelle sera la relation entre le gouvernement libéral de Brian Gallant et la famille Irving. Après tout, les libéraux proposent de hausser l'impôt sur le revenu des plus riches et d'annuler l'allégement fiscal accordé aux grandes entreprises par le gouvernement Alward. Brian Gallant a également affirmé qu'il comptait dévoiler tous les documents non confidentiels rattachés au plan forestier.

« Je ne peux prédire ce qui va se passer, c'est après l'histoire de mon livre. Ce que je peux vous dire, c'est que les premiers ministres arrivent pis ils s'en vont et puis les Irving sont toujours là », conclut l'auteur.

Quelques entreprises de l'empire Irving :

  • Irving Oil (énergie)
  • Irving Shipbuilding Inc. (construction navale)
  • J.D. Irving, limited (foresterie)
  • Midland Transport (transport routier)
  • Brunswick News (médias)

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