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Kegaska, un an après la construction de la route 138

Kegaska, un village de quelque 140 résidents

Radio-Canada

Depuis un an, la municipalité de Kegaska, en Basse-Côte-Nord, est reliée au reste de la province par la route 138. Le prolongement de la route génère d'importants changements pour les résidents de ce village de pêcheurs. Certains y voient des avantages alors que d'autres subissent des inconvénients. Tous s'adaptent à cette nouvelle réalité. Portrait de Kegaska, un an après la construction de la route 138. 

Attendue depuis plus de 17 ans, ce tronçon de route fait figure de bénédiction pour plusieurs résidents de ce village anglophone d'une centaine d'âmes. 

« Je suis très heureux, affirme le pêcheur Harold King, qui a attendu ce moment toute sa vie. Mais il y en a peut-être dans le village qui ne sont pas 100 % d'accord. »

Car l'arrivée de la route cause quelques inconvénients aux commerçants de Kegaska. Le transport de leurs marchandises coûte plus cher par camion que par bateau. « Ça m'a beaucoup surpris », mentionne Bernice Strickland, propriétaire d'un dépanneur.

Dans les mois qui ont suivi l'ouverture de la route, la propriétaire a constaté une baisse d'affluence. Les résidents faisaient leurs courses à l'extérieur.

Mme Strickland a dû ajuster des prix et réaménager son commerce pour le rendre plus attrayant. « On a transformé le magasin et installé un espace avec tables et des chaises pour manger. On construit aussi une salle de bain au fond du magasin », explique-t-elle.

Porte d'entrée

Avec le prolongement de la route, Kegaska est devenue la porte d'entrée de la Basse-Côte-Nord.

En raison d'un manque d'infrastructures, le territoire n'est pas complètement adapté pour accueillir les personnes de passage au village.

Pour Bernice Strickland, il s'agit d'une situation désolante. « Les choses auraient dû commencer bien avant, au moins un an ou deux avant l'arrivée de la route », estime-t-elle.

Les touristes viennent, mais il n'y a rien pour les accueillir

Berenice Strickland

C'est d'ailleurs ce que confirme la propriétaire de la seule auberge du village, Ruth Kippen, qui ressent chaque jour les conséquences du manque d'infrastructures.

« Je trouve qu'on n'est pas prêts. Je me mets à la place des touristes », dit-elle, témoignant d'un manque de stationnement, de salles de bain et d'information touristique à l'auberge.

Éloignement et immersion touristique

La fameuse photographie illustrant la fin de la route 138Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La fameuse photographie illustrant la fin de la route 138

La majorité des touristes viennent à Kegaska pour la traditionnelle photo illustrant la fin de la route, sans s'y attarder.

Les rares visiteurs, qui séjournent dans le village, disent rechercher l'éloignement et l'immersion.

« Ce sont les grands espaces et la grande nature [...]. Il faut découvrir cette partie du territoire », affirme le touriste Hans Ellefsen.

On peut laisser la chance au coureur.

Hans Ellefsen

Selon Pierre Demay, Kegaska représente un territoire qui « n'est pas complètement balisé par le tourisme de masse ».

Les jeunes

Les jeunes se font aussi plus rares à Kegaska. Les étudiants anglophones doivent continuer leurs études secondaires en Basse-Côte-Nord, dans une école anglaise à Chevery, une municipalité qui n'est pas encore reliée par la route 138.

Plusieurs étudiants sont impatients de découvrir de nouveaux horizons. « J'aimerais vivre en ville et vivre différentes expériences, mentionne Hannah. Je ne crois pas qu'il y ait de l'avenir pour moi ici. »

La route pourrait-elle retenir les jeunes? « Il n'y a pas beaucoup d'emploi à Kegaska, dit Bernice Strickland, à part si vous étudiez dans un domaine qui vous permette de revenir ici. »

Pour sa part, Harold King garde espoir que la route pourra attirer davantage de personnes.

C'est maintenant au tour des habitants du village de La Romaine, situé à 40 km à l'est de Kegaska, d'attendre le prolongement de la route, jusqu'à chez eux.

Le dossier de la route 138

Le prolongement de la route 138 en Basse-Côte-Nord demeure un enjeu important pour la région. Le mois dernier, le maire de Blanc-Sablon, Armand Joncas, a réitéré son souhait de se détacher du Québec pour joindre Terre-Neuve-et-Labrador, notamment en raison de l'isolement régional. 

Évalué à 1 milliard de dollars par le ministère des Transports du Québec, le parachèvement de la route n'a pas d'échéancier précis. 

D'après le reportage d'Alix-Anne Turcotti.

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