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Marché du carbone : une occasion pour certains, une taxe pour d'autres

(archives)

Radio-Canada

Même si le Canada s'est retiré du protocole de Kyoto, le Québec continue d'aller de l'avant en matière de réduction des gaz à effet de serre. Dans la foulée de la Western Climate Initiative, le Québec développe un marché du carbone conjointement avec la Californie. Cette initiative pourrait rapporter 3 milliards de dollars au gouvernement du Québec, mais elle suscite encore bien des critiques.

Un texte de Michel MarsolaisTwitterCourriel

L'objectif québécois (Nouvelle fenêtre) est de réduire de 20 % d'ici 2020 les émissions de gaz à effet de serre par rapport à leur niveau de 1990. Et de faire de l'argent au passage.

Les quatre enchères de gaz à effet de serre ont déjà rapporté jusqu'ici 105 millions de dollars au Québec. Et on se prépare à des ventes plus importantes conjointement avec la Californie. « On se trouve à créer avec le Québec et la Californie un marché aussi gros que celui de l'Union européenne », explique Jean Nolet, directeur général de Coop Carbone, un nouvel organisme qui veut faire entrer les petites entreprises sur le marché du carbone

Le principe du marché du carbone est simple : on impose un plafonnement des émissions aux entreprises les plus polluantes. Celles qui réduisent leurs émissions peuvent vendre des crédits de carbone. Celles qui dépassent leur plafond doivent en acheter. Polluer moins peut donc devenir payant.

Au Québec, une soixantaine de grandes entreprises qui émettent plus de 25 000 tonnes de gaz à effet de serre par an, dont les alumineries et Hydro-Québec, sont assujetties au marché du carbone. Dès janvier, on ajoutera aussi les distributeurs de carburant. Il y aura des retombées pour les entreprises et les consommateurs.

« C'est vraiment un objectif environnemental, car la profitabilité économique est plutôt douteuse, avance Youri Chassin, de l'Institut économique de Montréal. Ça va être exactement le même effet économique qu'une taxe supplémentaire. Le coût économique va être porté par les entreprises, par les consommateurs. À travers un prix de l'essence plus élevé. On parle d'environ 3 ¢ de plus qui devrait s'ajouter au 1er janvier 2015.

Que faire des 3 milliards? Entrevue avec Pierre Patry, trésorier de la CSN, et Stéphanie Trudeau, de chez Gaz Métro

Stéphanie Trudeau, vice-présidente de Gaz Métro, reconnaît que plusieurs entreprises ne s'attendent pas à recevoir une facture l'an prochain pour leurs émissions de gaz à effet de serre. « Beaucoup ne l'ont pas budgété », dit-elle.

Certains pensent toutefois que cette hausse des coûts de carburant, liée au marché du carbone, créera une pression positive pour favoriser l'innovation.

« Un prix supplémentaire sur l'essence et les carburants de manière générale, c'est un incitatif pour les entreprises à faire des efforts d'efficacité énergétique, à aller vers des technologies qui utilisent moins de carburant », pense Pierre-Olivier Pineau, spécialiste des questions d'énergie à HEC Montréal.

Jean Nolet, de la Coop Carbone, considère que les petits émetteurs pourraient aussi tirer parti de ce nouveau marché. « Les consommateurs de carburant regroupés par la Coop Carbone pourront faire une offre de service aux distributeurs de gaz et de pétrole et leur permettre de gérer leur conformité à moindre coût. »

L'argent généré par le marché du carbone est versé dans le Fonds vert destiné à appuyer des initiatives environnementales, comme le transport en commun ou de nouvelles technologies propres. Mais le fonds suscite des questions. « L'argent du Fonds vert n'est pas dépensé. Par exemple, on a aujourd'hui 400 millions de dollars qui dorment dans un compte du gouvernement, du ministère de l'Environnement », précise Pierre-Olivier Pineau.

Certains s'inquiètent également du fait que le Fonds vert pourrait être utilisé à d'autres fins par le gouvernement et que, parmi les nombreux signataires de la Western Climate Initiative, le Québec et la Californie soient les seuls à s'être engagés dans le marché du carbone.

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