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L'Holodomor, une famine artificielle à ne pas oublier

Un monument commémoratif sur la famine ukrainienne a été érigé près de l'hôtel de ville de Winnipeg en juin 1984.

Un monument commémoratif sur la famine ukrainienne a été érigé près de l'hôtel de ville de Winnipeg en juin 1984.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

La famine ukrainienne des années 30 qu'on appelle Holodomor sera bien en vue dans une galerie du Musée canadien pour les droits de la personne (MCDP).

Le Canada compte plus d'un million de personnes d'origine ukrainienne, dont une grande partie se retrouve au Manitoba. Lorsque les plans du MCDP ont été dévoilés, la diaspora ukrainienne de Winnipeg a voulu que l'établissement parle de son génocide provoqué par le régime communiste de Joseph Staline.

Le Winnipégois d'origine ukrainienne, Ostap Hawaleshka, n'a pas vécu l'Holodomor, mais il en a entendu beaucoup parler.

Le Winnipégois d'origine ukrainienne, Ostap Hawaleshka, n'a pas vécu l'Holodomor, mais il en a entendu beaucoup parler.

Photo : Radio-Canada

Le Winnipégois Ostap Hawaleshka avait 13 ans lorsqu'il a fui avec sa famille le régime soviétique qui était en place en Ukraine. Mais avant sa naissance, un événement bien plus grave encore s'est produit dans son pays natal. De 1932 à 1933, le régime de Staline a confisqué aux Ukrainiens une grande partie des denrées alimentaires indispensables à la population locale.

« Toute la nourriture a été confisquée », explique Ostap Hawaleshka. « Alors les gens mangeaient quoi? Ils mangeaient ce qu'ils pouvaient trouver. Ils ont mangé tous les chats, ils ont mangé tous les chiens. Ils mangeaient même leurs enfants pour survivre, c'est-à-dire, les enfants qui étaient morts de faim. »

Environ quatre millions d'Ukrainiens sont morts de faim durant ces années de famine. Ce génocide a été officiellement reconnu par le Canada en 2003.

C'est un meurtre à un niveau égal, complètement égal à ce qui s'est passé avec l'Holocauste, organisé par les nazis allemands.

Une citation de Ostap Hawaleshka, Winnipégois d'origine ukrainienne

Un sujet tabou

Durant des décennies, personne ne parlait de l'Holodomor, contrairement à l'Holocauste. Le sujet était tabou en Ukraine et Ostap Hawaleshka n'en a entendu parler pour la première fois que vers l'âge de 40 ans. « Même ceux qui ont survécu à cette famine avaient peur de parler de la famine à leurs enfants parce que c'était trop dangereux », dit-il.

Aujourd'hui, les Ukrainiens veulent que cette tragédie soit ramenée à la mémoire collective de l'humanité. Lorsque le projet du MCDP a été annoncé, le Congrès des Ukrainiens du Canada a dénoncé que l'Holodomor n'occupe pas une place aussi importante que l'Holocauste dans les expositions. Le Congrès a demandé au Musée d'y remédier.

« Avec les sujets qui traitent les droits de la personne, il y a une émotion qui s'ajoute à la discussion », explique la directrice des communications du Musée, Angela Cassie.

Mais je trouve qu'on est allé très loin pour trouver des solutions et l'offre dans le musée, je crois, va être une offre qui va vraiment atteindre ses objectifs. Cela consiste à accroître la compréhension des droits de la personne, mais aussi accroître la compréhension de l'Holodomor, de ce qu'est un génocide, de ce qui est arrivé et de comment les gens ici au Canada et à l'échelle internationale travaillent pour que les gens n'oublient pas cet événement dans l'histoire et les impacts sur les victimes.

Une citation de Angela Cassie, directrice des communications, Musée canadien pour les droits de la personne

Des différences importantes

Selon le titulaire de la Chaire d'études ukrainiennes à l'Université d'Ottawa, Dominique Arel, il existe toutefois des différences entre l'Holocauste et l'Holodomor.

« Vous avez, dans le cas de la Shoah, un programme d'extermination complète d'une population. Pour donner un exemple [...] en Ukraine de l'Ouest, 95 % de la population juive a péri durant la Shoah, ce qui fait qu'on a en fait éradiqué une civilisation entière », mentionne M. Arel.

Le titulaire de la Chaire d'études ukrainiennes à l'Université d'Ottawa, Dominique Arel.

Le titulaire de la Chaire d'études ukrainiennes à l'Université d'Ottawa, Dominique Arel.

Photo : Radio-Canada

« Dans le cas de la famine, du Holodomor, c'est une hécatombe qui a frappé la paysannerie. Cela a eu des conséquences et il y a encore des conséquences 70 ans plus tard, démographiques, économiques, et cetera. Mais on n'a tout de même pas exterminé la paysannerie. »

Au Musée canadien pour les droits de la personne, seul l'Holocauste aura une salle dédiée. L'Holodomor sera présenté dans une galerie avec les autres génocides officiellement reconnus par le Canada.

Le Congrès des Ukrainiens du Canada a critiqué cette décision. Selon Ostap Hawaleska, ce qui compte est que le monde n'oublie pas ce qui s'est passé. « Je pense que si on peut laisser cela dans la mémoire du visiteur, du point de vue ukrainien, cela est déjà quelque chose. Parce que peut-être avant d'arriver au musée, il n'en aurait jamais entendu [parler]. »

D'après un reportage de Bouchra Ouatik, à ne pas manquer au Téléjournal Manitoba

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