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Élections N.-B. : la campagne pro-vie suscite de vives réactions

Une publicité morbide, montrant un foetus avorté, invite les gens à ne pas voter pour les libéraux

Une publicité morbide, montrant un foetus avorté, invite les gens à ne pas voter pour les libéraux

Photo : Campaign Life Coalition Youth

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La campagne pro-vie, qui invite les électeurs à ne pas voter pour les partis souhaitant améliorer l'accès au service d'avortement, au Nouveau-Brunswick, soulève de vives réactions.

Des prospectus montrant la photo morbide d'un foetus de 5 mois avorté sont distribués dans la région de Fredericton. Sur ces cartes, il est écrit « Un vote pour Brian Gallant est un vote pour ceci ». L'image a choqué plusieurs citoyens, certains ayant même déposé des plaintes à la police.

Le chef du Parti libéral qualifie cette image de « dégueulasse » et de « difficile à voir. »

« Ce n'est pas surprenant de voir des personnes qui essaient d'influencer le vote des autres, c'est normal dans une campagne électorale, mais c'est très surprenant de voir des photos comme celles qui ont été passées, c'est malheureux. Évidemment j'espère qu'il n'y a pas d'enfants ou personne qui a vu ça qui a été insulté. »

Encore une fois en campagne, on s'attend à voir des gens qui vont influencer des votes, mais pas avec des tactiques comme celle-là. Je suis déçu et c'est malheureux.

Une citation de :Brian Gallant, chef du Parti libéral

Le chef libéral mentionne toutefois qu'il n'a pas l'intention de faire quelque chose pour que cesse cette propagande, et qu'il souhaite se concentrer sur le reste de sa campagne.

Une publicité morbide, montrant un foetus avorté, invite les gens à ne pas voter pour les libéraux

Le chef libéral dénonce cette campagne pro-vie

Photo : Campaign Life Coalition Youth

L'Église prend position

Par ailleurs, l'évêque de Saint-Jean, Monseigneur Robert Harris, a envoyé une lettre pastorale à tous ses fidèles pour les inviter à voter « selon leur conscience », même s'il ne parle pas ouvertement de l'avortement et ne montre pas du doigt un parti en particulier. Le prêtre de l'Église catholique Holy Trinity Church de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, a fait une sortie plus incisive en demandant aux électeurs catholiques de ne pas appuyer les partis en faveur d'un meilleur accès à l'avortement.

La porte-parole du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick, Madeleine Arseneau, n'en revient pas de la position de l'évêque de Saint-Jean. 

« Je trouve ça très désolant et très frustrant. L'Église et l'État ne devraient pas être mélangés [...] ces prêtres-là, ce sont encore des leaders dans les communautés et de se prononcer sur un enjeu, comme celui-là, et de la façon dont ils l'ont fait, c'est tout simplement entraver le droit des femmes de choisir pour leur corps. »

Oui, l'Église, comme toutes les institutions religieuses, ont le droit à leur opinion, mais ils n'ont pas le droit de dicter à qui que ce soit quoi faire avec leur corps. 

Une citation de :Madeleine Arseneau, porte-parole du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick

Mme Arseneau estime que cette prise de position dépasse la liberté d'expression, parce qu'elle entrave un droit constitutionnel aux femmes.

Elle admet toutefois qu'elle n'est pas surprise de cette prise de position. Elle déplore toutefois que la question du droit à l'accès à l'avortement, au cours de la campagne électorale, ne soit pas abordée autrement que de cette façon.

Avortement: l'appel de l'évêque de Saint-Jean fait réagir | Le réveil-Nouveau-Brunswick (16 septembre 2014) : Entrevue avec Madeleine Arseneau, porte-parole du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick (Nouvelle fenêtre)

Des enjeux qui dépassent la morale et la santé publique

Selon Benoît Coutu, professeur de sociologie adjoint à l'Université de Moncton, campus d'Edmundston, cette campagne démontre jusqu'à quel point l'avortement est un enjeu social qui mobilise les gens dans la province. 

M. Coutu qualifie la lettre pastorale de partisane, et soutient que l'Église ne devrait pas s'immiscer dans un débat dont les enjeux dépassent la morale et la santé publique. Il croit que le discours est plutôt nuisible, parce qu'il ne permet pas aux électeurs de faire ses propres choix à la lumière des arguments des différents groupes sociaux.

« L'Église risque de s'aliéner beaucoup plus de catholiques pratiquants et non pratiquants que de réunir les catholiques dans une communauté [...] sur une question qui ne relève pas seulement de l'Église. Il y a beaucoup de catholiques qui sont aussi libéraux, qui sont pro-choix. »

C'est un enjeu qui dépasse vraiment les élections [...] Que l'Église intervienne publiquement pour rappeler son dogme, en tant qu'acteur public, moi, je ne vois pas le problème. Le problème, c'est quand elle appelle à faire un vote partisan.

Une citation de :Benoît Coutu, professeur de sociologie adjoint à l'Université de Moncton, campus d'Edmundston
Une main qui brandit une croix

Le sociologue Benoît Coutu de l'Université de Moncton explique que l'Église peut faire valoir son opinion, mais ne devrait pas s'immiscer dans le débat

Photo : iStock

L'Église ne veut pas influencer le vote

Le curé Paul LeBlanc, du diocèse de Saint-Jean, se porte à la défense de Monseigneur Harris en affirmant que l'évêque ne cherche pas à inciter les électeurs catholiques à voter contre les libéraux.

Il explique que la lettre pastorale envoyée par l'évêque de Saint-Jean n'invite que les électeurs à bien analyser les plateformes électorales pour déterminer quel candidat se rapproche des valeurs et de la morale recherchées. 

« Lorsqu'on a une âme et conscience bien formée, on peut faire un choix judicicieux lorsqu'on vient poser un X sur un petit bout de papier » explique-t-il.

Il admet que l'évêque invoque entre autres le sujet de l'avortement, sans en parler directement, mais affirme que l'Église ne recommande pas un parti plus qu'un autre.

L'évêque n'a certainement rien dit de cela dans sa lettre. Maintenant, on peut faire toutes sortes de conjonctures, mais ce n'était pas cela son message [...] ce n'est pas comme cela qu'il parle, ce n'est pas comme cela qu'il fonctionne. Il a simplement dit de voter selon votre conscience. 

Une citation de :Curé Paul LeBlanc, prêtre au diocèse de Saint-Jean

Il admet que l'Église est plus près du Parti conservateur, en raison de sa position dans le dossier de l'avortement, mais soutient qu'elle ne veut pas influencer le vote en faveur de ce parti.

Une position parmi d'autres

Le chef progressiste-conservateur David Alward n'a pas condamné cette campagne, mentionnant simplement que l'Église avait droit à son opinion. Il a aussi rappelé que sa position sur l'avortement est claire, et qu'il souhaite maintenir celle adoptée par les gouvernements précédents. 

« C'est leur choix dans l'Église, les mêmes avec les autres groupes qui sont pour le sujet aussi. Il y a des différents groupes avec des différentes idées. » 

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Acadie