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Ces contraventions qui ont changé l'histoire franco-manitobaine

Georges Forest, après avoir eu gain de cause à la Cour suprême.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Parmi ses expositions, le nouveau Musée canadien pour les droits de la personne, à Winnipeg, raconte l'histoire de la reconquête, par les Franco-Manitobains, de leurs droits linguistiques constitutionnels.

Vivant aujourd'hui paisiblement à Ottawa, Roger Bilodeau se souvient des tumultes qu'il a vécus avec sa bataille judiciaire née il y a plus de 30 ans. En 1980, l'étudiant en droit, M. Bilodeau a reçu une contravention pour excès de vitesse rédigée seulement en anglais et a décidé de la contester.

La contravention représente, selon lui, la suite des choses dans la cause Forest. C'est qu'en 1975, Georges Forest a lui aussi reçu une contravention - une amende de seulement 5 $ pour un stationnement - qu'il a refusé de payer parce qu'elle était rédigée uniquement en anglais.

En 1979, la Cour suprême du Canada a donné raison à Georges Forest et a statué que la province n'avait pas le droit d'abolir, dans la Loi sur le Manitoba de 1870, l'article qui garantit le droit d'utiliser le français ou l'anglais à l'Assemblée législative et devant les tribunaux, et qui stipule que les lois manitobaines doivent être publiées dans les deux langues officielles.

Toujours en 1979, la Cour suprême avait imposé le bilinguisme dans les lois et les tribunaux du Québec. « Si c'était bon pour le Québec, c'était bon pour le Manitoba », s'est dit Roger Bilodeau.

Peu de changements au début

Toutefois, le gouvernement provincial conservateur a « totalement ignoré » la décision de la Cour suprême dans la cause Forest, relate le président de la Société franco-manitobaine (SFM) de l'époque, Léo Robert.

Léo Robert était président de la SFM lors de la crise linguistique des années 1980.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Léo Robert était président de la SFM lors de la crise linguistique des années 1980.

Photo : Radio-Canada

« Monsieur Sterling Lyon, premier ministre de l'époque, disait qu'il avait adopté le projet de loi 2 et qu'il avait réglé le problème [...], mais son projet de loi ne respectait pas du tout l'intention de la Cour suprême », affirme-t-il.

Le Nouveau Parti démocratique du Manitoba a ensuite pris le pouvoir et négocié avec la communauté francophone. « Quand je suis devenu président de la SFM, la province a approché l'organisme pour négocier une entente en vue de traduire les lois, en échange de services en français dans différents ministères », évoque M. Robert.

Ressentiment contre les francophones

Dans les rues, la tension a monté. De nombreux Manitobains s'opposaient à donner davantage de services aux francophones. Le bureau de la SFM a été incendié, les graffitis se sont multipliés, et les menaces aussi. « J'ai été victime de menaces de mort », révèle M. Robert. « Mon épouse aussi », dit-il, en ajoutant que ses enfants ont aussi été suivis et qu'il a fallu leur faire changer d'école et de ville.

Devant le tollé des anglophones, le gouvernement provincial recule. Cependant, en 1985, la Cour suprême du Canada prononce l'arrêt Bilodeau, qui oblige le Manitoba à traduire ses lois dans les deux langues officielles.

L'historienne Jacqueline Blay, spécialiste du Manitoba français.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'historienne Jacqueline Blay, spécialiste du Manitoba français.

Photo : Radio-Canada

L'historienne Jacqueline Blay rappelle que la cour n'impose pas, à cette époque, le bilinguisme dans les services, comme le demandait M. Bilodeau. Malgré tout, quatre ans plus tard, le gouvernement manitobain adopte finalement la Politique des services en langue française dans des régions désignées.

Les luttes de Georges Forest et Roger Bilodeau ont changé la donne, et leurs deux histoires seront désormais racontées au Musée canadien pour les droits de la personne. « Toutes les fois qu'une communauté a été opprimée et qu'on raconte son histoire, on valide une certaine souffrance, on lui permet d'avancer », fait valoir Mme Blay.

D'après un reportage de Kim Roy-Grenier, à ne pas manquer au Téléjournal Manitoba

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