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Marc Bibeau aurait promis des contrats contre du financement au PLQ

Georges Dick, ex-président de la firme de génie RSW

Radio-Canada

L'ex-président de la firme de génie RSW affirme que Marc Bibeau, l'argentier du PLQ sous Jean Charest, l'a incité à contribuer s'il voulait garder sa part de marché à Hydro-Québec, une fois le PLQ au pouvoir. C'est la première fois qu'un lien est fait entre l'octroi potentiel de contrats gouvernementaux et les activités de financement de M. Bibeau.

Un texte de Bernard LeducCourriel

Lire aussi : Quand l'argentier du PLQ s'intéresse à Hydro-Québec

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Devant la commission Charbonneau, Georges Dick a expliqué avoir ainsi eu la visite en 2002, dans les bureaux de RSW, du patron de Schokbéton, qui s'est présenté comme un conseiller de Jean Charest, alors chef de l'opposition officielle. RSW était alors un important fournisseur de services pour Hydro-Québec, ayant notamment fait de l'ingénierie pour LG-2.

« Il nous a expliqué qu'il s'occupait du financement auprès des entreprises, que bientôt le Parti libéral prendrait le pouvoir et que lui serait en position pour influencer l'octroi des contrats », a relaté M. Dick.

Et afin de bien faire passer son message, M. Bibeau aurait ajouté « que déjà certaines des firmes qui avaient contribué à sa demande lui avaient demandé des contrats que RSW obtenait d'Hydro-Québec ».

J'ai compris qu'il voulait qu'on fasse des contributions, il a parlé des montants de 60 000 $, 70 000 $, 80 000 $ collectés auprès d'autres firmes.

Georges Dick

« J'ai été choqué, surpris, car je ne m'attendais pas à une démarche de sa part aussi directe. J'étais surpris qu'il puisse représenter le PLQ et tenir ce discours-là. Ça ne correspondait pas du tout de la façon dont les gens du PLQ que je connaissais parlaient avec les présidents de firmes dans un contexte de financement », a admis M. Dick.

J'étais surpris aussi qu'il dise qu'il était conseiller de M. Charest et qu'il parlait de trafic d'influence. Il suggérait qu'il pouvait diriger des contrats, en enlever, en redonner.

Georges Dick

M. Dick a expliqué avoir alors souligné que les dirigeants actionnaires de la firme donnaient déjà au Parti libéral au niveau des circonscriptions, lors de cocktails de financement, mais M. Bibeau a répliqué : « Ça ne compte pas, pour moi il faut que ce soit une contribution qui nous soit remise ».

Quand M. Bibeau me dit : ''il faut que ce soit remis séparément de ce qu’on met dans les comtés'' […] ma réaction ça été : ''est-ce que c’est de l’argent qui va vraiment au PLQ?''

Goerges Dick

RSW a refusé de participer à ce que M. Dick décrit comme une magouille.

Les travaux de la commission ont déjà permis d'établir que M. Bibeau était au coeur du financement sectoriel au PLQ, qui reposait en bonne partie sur les contributions financières des firmes de génie.

Mais lorsque Georges Dick réalise, après la prise de pouvoir par les libéraux en avril 2003, que M. Bibeau fait partie de l'entourage du nouveau premier ministre, il juge plus sage de faire des représentations auprès de lui.

Et donc j'ai réalisé que M. Bibeau était peut-être en position d'influencer l'octroi des contrats par le gouvernement du Québec et les organismes qui en relèvent.

Georges Dick

Une série de rencontres auront alors lieu dans les bureaux de Schokbéton, en 2003-2004, lors desquelles le président de RSW, qui refuse toujours de contribuer au système de financement de Marc Bibeau, s'efforce, avec succès, de le convaincre qu'on ne peut aisément se passer de sa firme, en raison de son expertise pointue.

L'ex-président de RSW dit d'ailleurs ne pas avoir constaté que son refus ait eu un impact sur les contrats que sa firme obtenait d'Hydro-Québec.

Lui pensait qu'il allait pouvoir changer les façons d'octroyer les contrats à Hydro-Québec, ou en tout cas se mettre le nez là-dedans.

Georges Dick au sujet de Marc Bibeau

Mais pour en avoir le cœur net, il a interpellé en 2004 Thierry Vandal, alors président de la division production d'Hydro-Québec.

L'ex-président de RSW se rappelle lui avoir dit : « Des gens de Québec nous sollicitent pour de l'argent pour qu'on garde nos contrats à Hydro-Québec, qu'en penses-tu? », ajoutant ne pas avoir nommé Marc Bibeau, mais avoir parlé de « gens de l'entourage du premier ministre ».

M. Vandal, qui est maintenant PDG d'Hydro-Québec, lui aurait alors répondu : « ''Georges, occupe-toi pas de ça, les contrats que vous obtenez, RSW, à Hydro-Québec, ça se décide à Hydro-Québec'' ».

M. Vandal n'aurait pas cherché à en savoir plus.

M. Dick, qui dit n'avoir appris que mardi matin, dans le cadre du témoignage de l'ex-PDG d'Hydro-Québec André Caillé, que Marc Bibeau n'avait aucune fonction officielle au gouvernement, se rappelle que ce dernier lui avait, un jour, donné une carte d'affaires sur laquelle était inscrit « conseiller du premier ministre, quelque chose comme ça... »

« Je pense que c'est à la même occasion qu'il m'a dit qu'il était conseiller du premier ministre et que ça donnait droit à une limousine », a-t-il ajouté.

Il a aussi mentionné avoir été à une fête à la résidence de Marc Bibeau, à laquelle avait fait allusion la responsable du financement du PLQ Violette Trépanier lors de son témoignage, et où se retrouvaient les entrepreneurs et ingénieurs qu'il croisait lors des cocktails.

L'ex-président de RSW a reconnu que les contributions politiques provenant de sa firme ont augmenté énormément dans les années 2000, mais soutient que cela n'a rien à voir avec M. Bibeau.

Il a expliqué que sa firme, par l'entremise de ses dirigeants actionnaires, a simplement continué à financer les partis comme elle l'avait toujours fait, lors de cocktails, et que la hausse de leurs dons au PLQ s'explique avant tout par la présence au pouvoir de ce parti.

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