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Quand l'argentier du PLQ s'intéresse à Hydro-Québec

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André Caillé

André Caillé

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le grand argentier du PLQ sous Jean Charest, Marc Bibeau, a demandé à Hydro-Québec, vers 2003-2004, de lui fournir de l'information sur les contrats de la société d'État aux firmes de génie, a expliqué son ancien PDG devant la commission Charbonneau.

Un texte de Bernard LeducCourriel

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André Caillé croit se rappeler que la demande est arrivée par Marie-Josée Nadeau, qui était à l'époque vice-présidente responsable des relations avec le gouvernement pour Hydro-Québec, sinon par le responsable de la division équipement.

L'ancien grand patron d'Hydro-Québec de 1996 à 2005 a expliqué qu'il croyait, à l'époque, que M. Bibeau était « conseiller du premier ministre » Jean Charest, une information qu'il avait glanée dans les médias, ajoutant que c'est ainsi qu'on lui avait décrit le personnage : « On m'a dit : "Marc Bibeau, bureau du premier ministre, veut avoir des renseignements". »

C'était notre compréhension qu'il était conseiller du premier ministre.

André Caillé sur Marc Bibeau

La commission a présenté une lettre écrite il y a moins de deux semaines par le secrétaire général associé du gouvernement, André Fortier, qui confirme cependant que jamais M. Bibeau n'a « occupé de fonction au sein du cabinet du premier ministre » ni aucune charge publique.

Les travaux de la commission ont déjà permis d'établir que M. Bibeau était au coeur du financement sectoriel au PLQ, qui reposait en bonne partie sur les contributions financières des firmes de génie.

Encore aujourd'hui, M.Caillé affirme que ce que voulait obtenir M. Bibeau demeure « nébuleux » et qu'à l'époque il ne s'était pas interrogé sur sa « nature exacte ». Il dit qu'il ignorait alors qu'il s'occupait de financement politique.

Cela reste pour moi nébuleux : de l'information sur l'octroi de contrats par Hydro-Québec  aux entreprises de génie-conseil...

André Caillé

M. Caillé a ajouté qu'il n'en a par la suite jamais entendu parler, la demande ayant été traitée par le bureau de Mme Nadeau, comme le voulait la procédure. Il n'a jamais non plus rencontré M. Bibeau en lien avec cette demande.

Il se permet maintenant de penser qu'à son avis, Mme Nadeau, qui était la femme du ministre Yves Séguin, devait connaître à l'époque Marc Bibeau.

André Caillé a expliqué qu'il n'était pas exceptionnel de fournir de l'information sur des contrats octroyés à du personnel gouvernemental, comme à un attaché politique du ministre des Ressources naturelles.

Il a cependant précisé qu'Hydro-Québec ne donne pas d'information sur les contrats qui n'ont pas été accordés, même au bureau du premier ministre : « La réponse, ça va être : ''ce n'est pas encore fait" ».

L'ex-PDG d'Hydro-Québec a souligné que jamais il n'a subi de pression pour qu'une firme plutôt qu'une autre obtienne un contrat.

Dans la mire de l'UPAC, Marc Bibeau, est décrit par les dénonciations liées aux mandats de perquisition comme étant « le grand argentier du PLQ ».Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dans la mire de l'UPAC, Marc Bibeau, est décrit par les dénonciations liées aux mandats de perquisition comme étant «le grand argentier du PLQ».

« Moi je n'ai connaissance d'aucune collusion à Hydro-Québec » - André Caillé

« Moi la collusion, je vais vous dire c'était quoi nos défenses », a affirmé devant la commission Charbonneau l'ex-PDG d'Hydro-Québec de 1996 à 2005.

André Caillé a expliqué qu'Hydro-Québec, sur laquelle il ne tarit pas d'éloges, fait ses propres études avec ses ingénieurs avant d'aller en appel d'offres, ce qui lui permet de connaître « le coût d'un ouvrage avant de commencer », et que ses chantiers sont gérés par la société d'État.

On ne peut pas donner de commande si on ne sait pas ce qu'on est en train de commander.

André Caillé

Il a ajouté que les projets doivent en plus être approuvés par le gouvernement pour aller de l'avant.

Par exemple, pour une centrale comme Toulnoustouc, Hydro-Québec qualifie au moins trois firmes de génie pour la conception, en fonction de leur expertise, puis fait évaluer leurs propositions par le comité de services professionnels et techniques. Celui-ci  élabore alors un plan et le soumet au conseil d'administration.

Dans le cas de Toulnustouc, cela s'est traduit par une demande d'Hydro-Québec pour que Dessau et RSW viennent en coentreprise sur le contrat, notamment pour permettre à Dessau de développer l'expertise qui ferait d'elle un concurrent de choix pour l'avenir. Il a précisé qu'Hydro-Québec s'assurait toujours qu'il y ait au moins trois fournisseurs compétents sur les rangs. 

Ce processus implique des rencontres fréquentes entre les firmes et Hydro-Québec avant que la proposition du comité soit avalisée par le conseil d'administration de la société d'État.

C’était pas du rubber stamping nulle part, ni à mon bureau, ni au C. A.

André Caillé

L'ex-PDG d'Hydro-Québec dit, à terme, n'avoir jamais refusé les propositions du comité. André Caillé a reconnu qu'il n'existe qu'un nombre limité de firmes au Québec capables de faire des projets d'Hydro-Québec et a déploré la concentration des dernières années.

André Caillé a expliqué être arrivé à la tête d'Hydro-Québec dans un contexte de stagnation des bénéfices et qu'il a présidé à l'expansion dans le marché américain, ce qui s'est traduit par une hausse des bénéfices de 400 millions de dollars en 1996 à 2,5 à 3 milliards en 2005.

Cette croissance d'Hydro-Québec sur les marchés, facilitée par la déréglementation aux États-Unis, s'est traduite aussi par la relance des grands travaux d'hydroélectricité. « On devient un gros donneur d'ouvrage », a souligné M. Caillé. André Caillé est consultant dans le domaine énergétique depuis son départ de la société d'État.

RSW n'a pas digéré son partenariat avec Dessau imposé par Hydro

Lors de son témoignage devant la commission Charbonneau, après celui e M. Caillé, l'ex-président de RSW, Georges Dick, a dit avoir déploré qu'Hydro-Québec ait imposé un partenariat avec Dessau pour l'élaboration des plans de la centrale hydro-électrique de Toulnoustouc, construite au début des années 2000 sur la Côte-Nord.

Il dit s'être longuement battu pour renverser cette décision.

« Nous on n'était pas du tout intéressé à travailler avec Dessau sur ce projet-là. Hydro-Québec était très insistante », a-t-il expliqué. « Nous, ça ne nous convenait pas, parce qu'on ne partageait pas du tout la même culture d'entreprise. [...] Il aurait fallu qu'on prenne toute la responsabilité du travail quand même, avec la moitié des honoraires et la moitié du personnel ».

M. Dick a précisé qu'il avait demandé des explications à André Caillé au sujet de cette décision, que défendait âprement Elie Saheb, alors directeur principal des projets d'équipements de la société d'État, mais qu'il a obtenu une réponse nébuleuse. « C'était pour essayer de nouvelles méthodes de faire à Hydro-Québec. C'était la raison principale qui m'était donnée ».

L'ex-président de RSW dit avoir travaillé « très fort » pour que le consortium soit annulé par Hydro-Québec, avec succès : « Finalement, on a mis fin au consortium et chaque compagnie s'est fait donner un contrat directement par Hydro-Québec, et on a travaillé chacun de notre côté par la suite sur le projet. »

Georges Dick n'a pas été tendre lorsque la présidente de la commission, France Charbonneau, lui a demandé d'expliquer ce qui clochait avec Dessau, dont les pratiques de financement politiques illégales ont été mises au jour par la commission, lors du témoignage de son ancien numéro 2, Rosaire Sauriol.

« La force de [RSW], c'est vraiment la qualité des services techniques qu'on peut rendre, l'expertise qu'on a, l'expérience de nos employés. Chez Dessau, moi j'avais plutôt l'impression que c'est une entreprise de relationnel. Leur force, c'était les relations qu'ils pouvaient développer auprès des donneurs d'ouvrages, mais que techniquement, ils étaient très faibles. »

Il a ajouté qu'il n'aimait pas la « réputation » de Dessau, d'autant plus que la firme « répandait beaucoup de rumeurs sur RSW ». La firme alors dirigée par les frères Sauriol lançait « des rumeurs qu'on fermait, des rumeurs qu'ils allaient nous acheter », a-t-il précisé, ce qui n'est « pas nécessairement bon quand on essaie d'obtenir des contrats ».

Par François Messier

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