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Exils cathodiques, de Yolande Jimenez

L'auteure Yolande Jimenez

L'auteure Yolande Jimenez

Photo : Valérie Vernhet

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Exils cathodiques, de Yolande Jimenez, est l'un des cinq textes finalistes du Prix de poésie Radio-Canada 2014.

Moitié française, moitié espagnole, Yolande Jimenez a vécu à Sudbury, en Ontario, avant de s'établir à Montréal, puis dans le sud de la France. Poète, graphiste et traductrice, elle pratique également la photo.

Les opinions exprimées par les auteurs ne reflètent pas nécessairement celles de Radio-Canada. Certains lecteurs pourraient s'offenser du contenu des textes. Veuillez prendre note que certains textes s'adressent à un public averti.

exils cathodiques

tentative de polar

il est 4 heures du matin toronto s'assemble et ressemble à une ville dormante qui attend un baiser du capitaine spok pour se réveiller
je tourne et me retourne dans mon lit rêve que je deviens une poète en série dans une bande dessinée où je suis attaquée par des espions qui tirent des poèmes-gadget
je me défends en lançant des punch lines

quand je n'ai plus de munitions je décide de prendre en otage l'académie française
je les traite d'ordures et les torture en leur faisant avaler tous les mots de plus de 8 lettres
ils pouffent puis s'étouffent sur « a-ca-dé-mie »
je suis encerclée par des policiers doux comme la voix d'une vendeuse
je m'ellipse

les hommes bleus me poursuivent en direct à la télé ils m'arrêtent et me lisent mes droits "you have the right to remain silent" (j'ai le droit de remanier le silence ?)
je suis assise sur le banc des accusés et d'autres poètes m'accompagnent nous sommes jugés pour kidnapping de la langue
le procureur appelle à la barre pronoms et adjectifs symboles et métaphores
un témoin se parjure et raconte un poème qui ne rime à rien

devant le tribunal des adultes sages comme une image veulent lapider les poètes
pas de circonstances atténuantes pour les rêveurs invétérés
tandis qu'une astrologue prédit la fin de cette histoire tous les enfants du monde apprennent des poèmes par cœur avant de se confesser
après 2 mois de délibération le jury condamne tous les poètes à la peine d'amour

tentative de proverbe

sur l'échafaudage de nos rêves les ouvriers de l'avenir achèvent le mur des repentirs

la pluie d'octobre ordonne les avenues silencieuses en des millions de mirages luisants de 20 soleils et de 30 arcs-en-ciel
des bottes mélancoliques pataugent barbotent et se réjouissent de longs calfeutrages à venir au creux d'exils cathodiques
pourtant partout des forts et des beaux décorent les murailles de l'oubli et se jettent à la mer serrant entre leurs dents un drapeau qui sourit et une rose de colère
avec des ombres sous les yeux avec des cortèges d'adieux avec des colombes en lambeaux et des nombres pour les noms ils joignent les rangs des dérangés éteignent les feux des dérangeants

sur la voie rapide sous constellations d'espoirs clignotants nous poursuivons la longue marche de l'amour
avec nos distorsions de sens enivrantes nos jeux de fâche-fâche et nos contes à rebours nous construisons des maisons en bois rond sur des eaux intrépides
attendant le grand orage qui nous propulsera dans le fleuve nues et sans-âge vers une terre neuve

une horde d'enfants fatigués dort sur le palier des incertitudes
ils veillent sur nos longues nuits enclavées dans la lucidité des esclaves et la mélancolie des bourreaux
des vies se reconstruisent au rythme de films endeuillés
les enfants réveillés se regardent le nombril sans voir le cordon qui les lie au soupçon originel et à nos peurs ancestrales des pluies d'été-carnaval
puis le printemps dégaine et sur le tango de nos chaînes et la valse des guillotines la rue saint-laurent se met à danser leonard cohen sourit
et robert dickson n'a pas dit son dernier mot

le soleil pétille et le ciel s'éblouit
ton souvenir pousse dans la cour du voisin je l'arrose la nuit sans réveiller personne
ne reste qu'à défaire la terre son humus son terreau comme on défait son lit pour arpenter les rêves

À la fois Canadienne, Française et Espagnole, Yolande Jimenez n'aime pas les frontières, qu'elles soient étatiques ou artistiques. Elle a publié un premier recueil de poésie, Au Sud de tes yeux (Prise de Parole) en 1994. Née en France en 1968, elle a émigré à Sudbury, en Ontario dans les années 1980, puis à Montréal dans les années 1990, avant de retourner s'installer dans le sud de la France en 2005. Yolande Jimenez s'intéresse à l'interdisciplinarité et la multidisciplinarité.


Véritable tremplin pour les poètes canadiens, le Prix de poésie Radio-Canada est ouvert à tous, amateurs ou professionnels. Il récompense chaque année les meilleurs poèmes ou suites de poèmes inédits soumis au concours. Le gagnant reçoit 6000 $ offerts par le Conseil des arts du Canada, une résidence d'écriture au Centre Banff, en Alberta, et voit son texte publié dans le magazine enRoute d'Air Canada et sur ICI.Radio-Canada.ca/litterature. Les finalistes reçoivent chacun 1000 $ offerts par le Conseil des arts du Canada, et leur texte est publié sur ICI.Radio-Canada.ca/litterature

 

Les trois Prix littéraires Radio-Canada

Prix de la nouvelle Radio-Canada 
Période d'inscription : du 1er septembre au 1er novembre

Prix du récit Radio-Canada  
Période d'inscription : du 1er  janvier au 1er mars

Prix de poésie Radio-Canada 
Période d'inscription : du 1er avril au 1er juin

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