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Couvre tes yeux précieux, de Jonathan Harnois

L'auteur Jonathan Harnois.

L'auteur Jonathan Harnois.

Photo : DR

Radio-Canada

Couvre tes yeux précieux, de Jonathan Harnois, est l'un des cinq textes finalistes du Prix de poésie Radio-Canada 2014.

Poète, romancier, nouvelliste et chanteur (il est finissant de l'École nationale de la chanson de Granby), Jonathan Harnois a été finaliste du prix Anne-Hébert en 2006 pour son premier roman, Je voudrais me déposer la tête (Les éditions Sémaphore), adapté pour le théâtre par Claude Poissant. Il a par ailleurs remporté le Prix du récit Radio-Canada en 2009 pour son récit Sonam, inspiré d'un voyage au Tibet.

Les opinions exprimées par les auteurs ne reflètent pas nécessairement celles de Radio-Canada. Certains lecteurs pourraient s'offenser du contenu des textes. Veuillez prendre note que certains textes s'adressent à un public averti.

Couvre tes yeux précieux

Debout follement debout
je cours après ma propre haleine
de par les parcs endormis
cherche la posture intérieure
essaie encore de tout taire
au granite des voeux
tombe dans un mystère qui sent l'animal
pétris l'ensoleillement des visages
tu vois: c'est encore nous
deux pour annuler le mal nous
deux dans l'anomalie normale et les
sortilèges d'Amérique n'ont
pas de prise sur nos territoires
c'est nous bleus affairés
à laisser une empreinte aux
rétines de l'Univers
pour que demain cet amour
vibre agile
aux cordes des ventres creux
à l'argile même de nos
pattes humaines
c'est devant toi que je m'ébauche

ton corps dans sa jeunesse d'astre avec
ta voix aux musiques de foudre avec
ta peau médecine sur
mes mondes et dans
ma folie à mille têtes
qui hurlent toute ma frayeur
de te perdre et dans
ma nuit thoracique j'entends
sourdre une voix pré-humaine et dans
le berceau de verre
d'une maison creuse dans
ma volonté de centre je sens juste
pour nous
l'opportunité d'une lumière

déjà trop vêtus de noirceur
à mots cousus on se rapièce
à danser dans ce
monde hérissé d'enfants à
aller sur les pentes d'esprit
sur nos bécanes d'oiseaux aux
bourgeons de nos têtes dans
les grandes floraisons d'air
à égrener la peur
une bille à la fois
on dit cautérise les fleuves
on dit retourne au grand trou
celui de ton père
on dit cueille les organes du vent une
invitation de par les champs une
voix d'avant les humains sur
les plaines gelées d'ongles
couverts de cloques de ciel
à mots couverts on dit
qu'il faut garder à vue l'autre
royaume
parmi les foudres et
les mille races d'amour
on dit écoute
les yeux tunnels
et les oreilles agoras

on dit les essences coulent
on dit dans l'absence de vouloir
tout veut de lui-même
j'ai le vide à apprendre
j'ai la face au vent par les
mors aux gueules du Tao
t'es là sans aucun hasard avec
tes sabots de brume
t'es dans ma tête avec tes langues tu
me proposes
un bain de foudre
une symphonie de
dé à coudre

cherchant le nerf d'adieu
aux ruisseaux révélés
aux paumes de vie au
besoin de toucher les choses
sans but à la nécessité d'ouvrir le monde de
cette femme pays à
l'impération de planter mes pieds
quelque part au
risque de percer les glaces d'amour au
risque de laisser mon corps aux
morsures de brume dans la
nudité des herbes dans
la noyade des prés sombres

par les goémons qui sont des amygdales par
ce qui glisse parmi les vagues par
les grappes d'yeux et les
poèmes de moelle
je suis juste le silence
d'un musée de toi

n'est qu'énergie
n'est qu'origine
n'est que silence d'un pays de roche
et montagnes et ciel et vallées
n'avance qu'à pas d'espoir
dans la généreuse cruauté solaire
n'a qu'herbes folles et coeur accostant
aux rives primordiales
n'est que nids d'être
ne vient que
par ce fil ténu dans le noir
espérer
quand la vie se pose
chorale
déployée créatures
n'est qu'organes unis
ligués pour être vie
n'est qu'accablante douceur consolante
qu'éternité de la vie
dans l'antique éphémérité du sang

la campagne pulse dans
l'aveugle passion des aubes
quand par nos lèvres unies
quand sur nos chevilles d'éternisés
quand juste là la nuit
se peuple de soupirs
le grondement insolite des grillons
se couple à celui sourd des astres
annonce la nouvelle aux
étoiles notre
rendez-vous dans la pluie
d'après la vie

 

Jonathan Harnois est né à Joliette en 1981. Il a fait des études universitaires en philosophie. Son premier roman, Je voudrais me déposer la tête (Les éditions Sémaphore), lui vaut d'être finaliste au prix Anne-Hébert en 2006. Claude Poissant a adapté l'œuvre pour le théâtre en 2007, et le docu-fiction Le lendemain de la fête est inspiré de l'univers de ce roman. En 2009 il a reçu un prix Radio-Canada pour son récit Sonam, inspiré d'un voyage au Tibet. Il se consacre aujourd'hui à l'écriture d'un premier recueil de poésie.


Véritable tremplin pour les poètes canadiens, le Prix de poésie Radio-Canada est ouvert à tous, amateurs ou professionnels. Il récompense chaque année les meilleurs poèmes ou suites de poèmes inédits soumis au concours. Le gagnant reçoit 6000 $ offerts par le Conseil des arts du Canada, une résidence d'écriture au Centre Banff, en Alberta, et voit son texte publié dans le magazine enRoute d'Air Canada et sur ICI.Radio-Canada.ca/litterature. Les finalistes reçoivent chacun 1000 $ offerts par le Conseil des arts du Canada, et leur texte est publié sur ICI.Radio-Canada.ca/litterature

 

Les trois Prix littéraires Radio-Canada

Prix de la nouvelle Radio-Canada 
Période d'inscription : du 1er septembre au 1er novembre

Prix du récit Radio-Canada  
Période d'inscription : du 1er  janvier au 1er mars

Prix de poésie Radio-Canada 
Période d'inscription : du 1er avril au 1er juin

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