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Vos solutions pour la retraite sous la loupe d'un expert

Radio-Canada

Dans le cadre de notre série sur l'avenir des régimes de retraite, nous vous avons demandé sur notre site web et sur les réseaux sociaux quelles solutions mettre de l'avant en matière de retraites.

Un texte de Johanne LapierreTwitterCourriel

Nous avons retenu sept propositions du public et avons demandé à Alban D'Amours, ex-dirigeant du Mouvement Desjardins qui a présidé, en 2013, le comité d'experts sur l'avenir du système de retraite québécois. Après avoir reçu 37 mémoires et 22 groupes lors des audiences sur l'avenir des régimes de retraite, le comité a présenté, en avril 2013, 21 recommandations pour pérenniser le système de retraite.

Alban D'Amours, président du Comité sur l'avenir des régimes de retraiteAlban D'Amours, président du Comité sur l'avenir des régimes de retraite Photo : Radio-Canada

1) Plus de responsabilité individuelle : consommer à la hauteur de nos moyens et épargner individuellement

« Se responsabiliser. Les Québécois sont surendettés. La consommation est leur priorité, très loin devant l'épargne. Dans mon couple, nous avons fait des choix de consommation tout au long de notre vie et fait des épargnes. (...) Aujourd'hui, ces sacrifices nous permettent une retraite à l'image de notre vie active passée. »
- Réjean Giasson

Pour Alban D'Amours, la responsabilité des personnes est à la base de toute solution en matière de retraite. Il dit avoir constaté, lors des travaux du comité d'experts sur l'avenir du système de retraite québécois, que les travailleurs d'ici épargnent insuffisamment en vue de leur retraite.

« On préfère toujours le court terme au long terme. Si l'on épargne insuffisamment, c'est que l'on préfère consommer maintenant », explique-t-il. En outre, plusieurs se soucient peu de leur retraite, et anticipent que l'État viendra à leur secours plus tard. Mais selon Alban D'Amours, épargner est incontournable, et cela vient s'ajouter à l'ensemble des régimes publics dont les Québécois bénéficient. « On ne peut pas uniquement dépendre des programmes gouvernementaux », estime-t-il.

L'éducation en cette matière s'avère donc absolument nécessaire. « Il faut d'abord développer cette idée : un jour nous serons à la retraite, et nous vivrons plus vieux que nos parents. On nous promet une retraite tardive, plus longue. Dans ce contexte-là, il faut se discipliner. »

Est-ce que cela déresponsabilise les entreprises? Pour Alban D'Amours, il est évidemment souhaitable que les entreprises prennent des engagements en matière de régimes de retraite. « Dans notre société, on ne peut pas laisser à l'individu seul le soin d'accumuler toute l'épargne nécessaire pour s'assurer une retraite paisible. Il a besoin de s'inscrire dans un système bien structuré et bien financé », conclut-il.


2) Repousser l'âge de la retraite

« Trop de travailleurs ont la possibilité de prendre leur retraite entre 50 et 56 ans. Ce qui implique que plusieurs vont recevoir une rente pendant 30 ans, 40 ans ou plus. Je crois qu'il n'est pas nécessaire d'augmenter la contribution des employés, mais il faudrait augmenter le temps de contribution. La retraite à 70 ans aurait du sens pour plusieurs personnes. Pour les emplois physiques, il faudrait penser à une réaffectation. En permettant la retraite avant 60 ans, notre société se prive de grandes compétences et d'expériences. »
- Robert Paquin

Au niveau fédéral, on a annoncé lors du budget de 2012 que l'âge d'admissibilité aux prestations fédérales de retraite passera graduellement de 65 à 67 ans dès 2023. Le rapport du comité d'experts sur l'avenir du système de retraite québécois ne comportait aucune recommandation visant directement l'âge de la retraite, mais on y disait souscrire à la décision du gouvernement de modifier le facteur d'ajustement pour inciter au report de l'âge de prise de la retraite.

Alban D'Amours souligne par ailleurs que le report de l'âge de la retraite permet de réduire les coûts des régimes de retraite. Dans un régime à prestations déterminées, lorsque le départ à la retraite d'un employé est retardé, on facilite le financement du régime. « Les régimes dont l'âge de la retraite est repoussé ont plus de possibilités d'assurer la promesse qu'ils ont faite », précise-t-il.


Deux aînésDeux aînés (archives)

3) Augmenter les cotisations au Régime des rentes du Québec (RRQ)

« Une solution serait d'augmenter les contributions du RRQ de sorte que les travailleurs obtiennent au moins 70 % de leur salaire à 65 ans.(...) Contrairement aux fonds de pension des syndiqués, tous les travailleurs seraient traités également! Pourquoi pas??? (...) Il va de soi que l'augmentation des contributions au RRQ doit se faire graduellement... »
- Jean Rheaume

« La solution : elle est très simple et elle vient d'être adoptée par l'Ontario: une rente supplémentaire qui s'ajoutera à la rente du CPP. Transposé au Québec, ceci voudrait dire que les prestations de la RRQ passeraient à 40 % du salaire moyen soumis à cotisation. Si on y ajoute la Sécurité de la vieillesse, on touche à un taux de remplacement de 50%. »
- Jacques Pronovost

Certaines voix se sont fait entendre au cours des dernières années pour une bonification du Régime de rentes du Québec (RRQ). La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) a notamment mené une campagne visant à bonifier le RRQ et le Supplément de revenu garanti du fédéral, dans le but de permettre à tous les travailleurs québécois de bénéficier d'une retraite décente.

Ce n'est toutefois pas la voie que privilégie Alban D'Amours. À son sens, augmenter les cotisations au RRQ, une idée qui a été étudiée par le comité qu'il a présidé, n'est pas une bonne solution. « C'est un régime qui a été instauré dans les années 60, dans un contexte démographique et économique bien différent de celui dans lequel on se trouve aujourd'hui », expose M. D'Amours

Selon lui, le RRQ est un régime qui joue bien son rôle actuellement. Mais comme il n'est pas pleinement capitalisé, Alban D'Amours estime que le bonifier entraînerait une iniquité intergénérationnelle.

Il propose plutôt la création d'une rente de longévité, un nouveau régime à prestations déterminées qui serait obligatoire pour tous les travailleurs québécois et qui permettrait d'avoir un revenu supplémentaire à partir de 75 ans. « Le 75 ans d'aujourd'hui correspond au 65 ans des années soixante », croit M. D'Amours.

D'autre part, Alban D'Amours affirme que la preuve n'est pas faite que tous ont besoin de 70 % de leur salaire à la retraite. « Certains ont besoin de 50 %, d'autres de 80 % : tout dépend de leur niveau de vie, de leurs habitudes de vie », juge-t-il.


4) L'épargne obligatoire

« Une solution collective au problème de la retraite serait selon moi d'imposer à chaque travailleur, quel que soit l'emploi ou le statut, de payer, à même une formule de retrait direct, une somme au prorata des revenus. Un peu comme on le fait volontairement lorsqu'on décide d'une forme d'épargne volontaire. Je ne parle pas ici d'impôt, mais bien d'un régime personnel d'épargne-retraite obligatoire pour tout travailleur, même du privé. Ainsi, tous les travailleurs auraient contribué ou contribueraient et le fardeau serait, à terme, moins lourd pour le filet social. »
- Marie Bernier

En continuité avec le point précédent, Alban D'Amours affirme que la création d'une rente de longévité constituerait en fait une forme d'épargne forcée. Selon lui, cela viendrait certainement en aide aux quelques 2 millions de Québécois qui n'ont pas accès à un régime collectif autre que le Régime de rentes du Québec.

La rente longévité proposée dans le rapport D'Amours serait financée à part égales par les employeurs et les salariés. Ces derniers recevraient donc, à partir de 75 ans, une rente administrée par la Régie des rentes et dont les fonds seraient gérés par la Caisse de dépôt et placement du Québec. Concrètement, de 1 à 1,3 % d'impôt serait perçu sur le salaire des travailleurs dès leur premier dollar gagné. « Les jeunes disent : ça ne nous fera pas mal, faites-le, on sera bien content dans 40 ans d'avoir accès à une rente », dit Alban D'Amours.

Cette rente serait pleinement capitalisée, donc ne comporterait aucune iniquité intergénérationnelle. En s'ajoutant aux rentes québécoises et à la prestation fédérale, son instauration permettrait un remplacement des revenus de l'ordre de 55 à 60 % après 75 ans, estime Alban D'Amours. De plus, il n'y a pas de risque de perte de la pension si une entreprise fait faillite, souligne-t-il.


5) Mettre fin aux régimes à prestations déterminées

« On doit mettre fin tout de suite aux régimes à prestations déterminées. On ne peut plus garantir les rendements, les banques bloquent tout. Les prestations ne doivent plus être basées sur le salaire, mais sur le coût de la vie. Les employés doivent choisir les gestionnaires, non l'employeur. »
- Jean Lespérance

Faisons d'abord la distinction entre un régime à prestation déterminée et un à cotisations déterminées. Dans le premier cas, le montant qui sera reçu à la retraite est fixe. Généralement, les cotisations des participants sont fixées à l'avance par le régime, et l'employeur assume le solde des cotisations à verser.

Dans les régimes à cotisations déterminées, le montant de la cotisation est fixé, mais pas celui du revenu à la retraite. Ce revenu dépendra de l'ensemble des cotisations (de l'employeur et du travailleur), ainsi que des rendements du régime. Comme cette option présente moins de risques à long terme, elle semble gagner en popularité chez les entreprises.

Mais Alban D'Amour croit que de mettre fin aux régimes à prestations déterminées serait une erreur. Il estime qu'ils sont les seuls qui assurent véritablement une sécurité financière à la retraite. Selon lui, un travailleur qui passe d'un régime à prestations déterminées à un régime à cotisations déterminées est nettement défavorisé.

« Dans les années 90, alors qu'on avait beaucoup d'argent, on a bâti une culture du rendement : on voulait que les régimes servent à nous enrichir, alors que les régimes doivent servir à assurer notre sécurité financière », expose-t-il. Les régimes de retraite doivent selon lui non pas servir à subventionner des départs hâtifs à la retraite ou autres bénéfices accessoires. « L'important, c'est la rente elle-même », ajoute-t-il.

Par ailleurs, il croit que si l'on souhaite que les régimes à prestations déterminées survivent, il faut en revoir le financement et les bénéfices.

Pile de billets de banque canadien Photo : IS / iStock

6) Meilleure répartition de la richesse

Une meilleure répartition de la richesse. Pendant que vos impôts augmentent, celles des entreprises baissent. On ne peut demander à quelqu'un qui gagne 30 000 $ de prendre des REER, de plus on a augmenté le montant admissible et c'est aux riches que ça profite le plus. La solution pour la retraite.... Attaquez de front le problème des abris fiscaux. Une autre... puisque nous sommes un paradis fiscal pour les minières, augmentons l'impôt. Nos ressources naturelles seront toujours convoitées et arrêtons d'avoir peur qu'elles partent !
- Jac Labont

Alban D'Amours admet que l'inégalité des revenus est un problème en soi. Or, le mandat du comité qu'il présidait était de réfléchir sur les façons de restructurer notre système de retraite de manière à assurer sa pérennité, et non pas d'essayer de le sauver par les voies de la fiscalité.

Ainsi, il croit que de demander aux entreprises de faire leur part pour assurer une plus grande sécurité financière aux travailleurs est une piste intéressante, mais affirme qu'il ne faut tout de même pas laisser tomber l'aspect de la responsabilisation des personnes, qui ne doivent pas seulement se fier à l'État pour leur assurer un revenu à la retraite.

Il estime néanmoins que les entreprises doivent apporter leur contribution. « J'ai voulu pendant de longues semaines convaincre les entreprises que la rente de longévité ne leur coûterait qu'entre 1 et 1,6 %, et que s'ils n'acceptaient pas de verser cette somme minime, dans 15 ou 20 ans, nous serons devant des besoins sociaux considérables qui forceront les gouvernements à taxer la population pour répondre à ses besoins », raconte-t-il.


7) Quitter le pays!

« La solution pour la retraite? Quitter le Canada, cela me semble plus facile que toute autre solution envisageable, du moins dans mon cas! »
- Jacques Vandersleyen

« Pourquoi on entend très peu parler des régimes de retraite ailleurs au Canada et en Amérique et qu'au Québec on est sur le bord de la crise de nerfs? Avant de spéculer sur des solutions à gauche et à droite, il faudrait peut-être réfléchir un peu sur les causes du marasme, non? »
- Evans Demerson

Le ciel est-il vraiment plus bleu ailleurs? « Aux États-Unis, le ciel est très très gris! Et dans le reste du Canada, ils vivent les mêmes problèmes que nous », dit Alban D'Amours.

La question est aussi à l'ordre du jour en Europe, où l'on a toutefois des systèmes différents, qui provoquent des problèmes différents. « La France a un système par répartition : on paie la retraite aux travailleurs à partir des impôts. C'est un pacte social qu'ils ont fait, mais cela comporte des obligations pour les jeunes travailleurs. Ils paient pour ceux qui prennent leur retraite, il n'y a pas de capitalisation », expose-t-il.

« En Suède, on a opté pour des régimes à cotisations déterminées, donc tous les risques sont sur le dos des employés », ajoute-t-il. Quant aux États-Unis, Alban D'Amours affirme que les régimes à prestations déterminées dans le secteur public et dans les municipalités présentent actuellement un déficit actuariel de 1000 milliards de dollars. « Donc, non, ce n'est pas plus rose ailleurs », conclut-il.

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