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Les Rizzuto, de « petits contacts », dit Accurso

Tony Accurso répond à des constats de la procureure Sonia LeBel.

Tony Accurso répond à des constats de la procureure Sonia LeBel.

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

L'entrepreneur Tony Accurso a expliqué devant la commission Charbonneau avoir quelque 3500 contacts dans son carnet d'adresses, qu'il classe sur une échelle allant de « bons contacts » à « petits contacts ». Or, au nombre des « petits contacts », ceux qu'il pouvait « croiser à l'occasion », se trouvent les défunts mafieux Nick Rizzuto fils et Vito Rizzuto.

Un texte de Bernard LeducCourriel

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La procureure en chef Sonia LeBel n'a cependant pas questionné plus avant l'entrepreneur sur la nature de ces contacts.

L'entrepreneur Lino Zambito avait soutenu devant la commission s'être retiré d'un contrat du ministère des Transports du Québec (MTQ) pour le rond-point L'Acadie au profit de M. Accurso, au terme d'une médiation conduite par le parrain de la mafia Vito Rizzuto, vers 2003-2004. M. Accurso a publiquement nié cette allégation.

Tony Accurso a par ailleurs décrit devant la commission Filippo Ranieri comme étant un « bon contact ».

Or, selon l'enquêteur Éric Vecchio, le 27 novembre 2003, les policiers de l'opération Colisée captaient une conversation téléphonique dans laquelle Vito Rizzuto demandait à un dénommé Filippo Ranieri de rencontrer l'entrepreneur pour un déjeuner dans un restaurant de Laval. « M. Rizzuto parle à M. Ragnieri pour que celui-ci lui fixe un rendez-vous avec Tony Accurso [...] relativement au 1000, de la Commune », explique l'enquêteur, qui relate la conversation.

Un rapport de filature a confirmé que cette rencontre avait bel et bien eu lieu, a-t-il dit.

Accurso nie tout accès privilégié au Fonds de solidarité FTQ

Tony Accurso a sinon été pressé de questions par la procureure en chef, qui a tenté de démontrer que ses liens étroits avec des leaders syndicaux étaient une des clés de son succès, au premier chef son amitié avec Jean Lavallée, ex-président de la FTQ-Construction et ancien patron du C. A. de la SOLIM, le bras immobilier du Fonds de solidarité FTQ.

La commission Charbonneau avait déjà établi l'existence de l'étroite relation entre les deux hommes, qui s'étale sur plusieurs décennies.

Tony Accurso a nié avoir jamais tiré avantage de cette amitié, ou encore qu'elle ait facilité ses affaires ou ses relations avec le Fonds.

En fait, il est formel : il n'a « définitivement jamais » eu un accès privilégié à la SOLIM ou au Fonds, comme l'a notamment soutenu publiquement l'ex-syndicaliste Ken Pereira ou encore l'ex-directeur général de la FTQ-Construction dans des écoutes électroniques présentées devant la commission (Jocelyn Dupuis était incidemment revenu sur ces propos enregistrés lors de son témoignage).

Selon M. Accurso, même si Jean Lavallée était président du C. A. de la SOLIM, il n'était pas en son pouvoir de faire passer un dossier qui n'était pas recommandé par les experts de l'institution.

« La seule influence qu'il pouvait avoir est d'accélérer le traitement d'un dossier », a-t-il soutenu, affirmant que lui-même n'avait jamais bénéficié d'un tel traitement. Ce n'était pas « un dieu », a-t-il conclu, pour citer les propos tenus par l'ex-PDG de la SOLIM Guy Gionet. Et si jamais M. Lavallée l'a favorisé, comme ce dernier l'a soutenu devant la commission, c'est à son insu.

L'entrepreneur refuse aussi d'admettre que la décision de la FIPOE d'injecter 5 millions de dollars dans le fonds de roulement de sa compagnie Simard-Beaudry, il y a quelques années, alors que les allégations à son endroit effarouchaient les banques, puisse témoigner d'un traitement privilégié.

Selon lui, malgré les apparences, c'est en fait ce syndicat affilié à la FTQ-Construction, et longtemps dirigé par Jean Lavallée, qui a fait une bonne affaire, en raison du taux d'intérêt exigé. « Je voyais plus ça comme un avantage pour eux autres », a-t-il dit, précisant qu'il n'avait jusqu'ici que remboursé l'intérêt.

Sa réponse n'a cependant pas convaincu le commissaire Renaud Lachance.

« C'est un peu contradictoire : vous avez dit que votre relation avec Jean Lavallée ne vous avait jamais donné aucun avantage. Là, vous avez le local syndical dirigé par Jean Lavallée qui vient à votre rescousse au moment où vous êtes dans le trouble à cause de certains risques réputationnels, a relevé le commissaire. Donc, vous avez déjà profité de certains avantages de cette relation-là. Ce n'est pas fréquent qu'un local syndical prête à un entrepreneur. »

Tony Accurso a alors avancé que c'est avec Arnold Guérin, le successeur de M. Lavallée à la FIPOE, qu'il avait fait affaire dans ce dossier.

Accurso dément avoir appuyé le clan Lavallée aux élections de 2008

M. Accurso a démenti avoir tenté d'influencer les résultats des élections à la tête de la FTQ-Construction à l'automne 2008 au profit des poulains de son ami Jean Lavallée, suivant les allégations de Ken Pereira ainsi que plusieurs écoutes électroniques de Jocelyn Dupuis. Les élections ont incidemment été remportées par le clan Dupuis, alors adversaire acharné de M. Lavallée.

« Je n'étais pas impliqué d'aucune façon, c'est une élection qui s'est déroulée entre eux autres [...] je ne voulais pas m'en mêler, c'est leur poutine interne », a-t-il soutenu.

Il nie du même souffle que la présence sur son yacht, en février 2008, de Jean Lavallée et de Bernard Girard, du local 791 des opérateurs de machinerie lourde, ait un lien avec ces élections.

Dans une écoute du 2 avril 2009, Jocelyn Dupuis affirmait que c'est à cette occasion qu'ils auraient décidé « d'acheter Rénald Grondin », directeur du local des manoeuvres (AMI) et allié de Dupuis. Plus tôt, le 11 février, ce dernier affirmait que MM. Girard et Lavallée avaient proposé à M. Grondin de payer son hypothèque pour qu'il vote de leur bord.

M. Dupuis pense que je contrôle Jean Lavallée. C'est sa perception, mais c'est complètement faux.

Une citation de :Tony Accurso

L'amitié avant les affaires

M. Accurso soutient en conséquence que cette amitié n'a pas joué de « rôle clé » dans son succès.

Il admet tout au plus que « s'il me demande mon opinion sur une situation, sur n'importe qui, que ce soit au Fonds de solidarité, que ce soit chez SOLIM, que ce soit avec Denis Vincent, avec n'importe qui, on discutait entre chums, oui. »

C'est quoi la définition d'un ami? C'est plus qu'une connaissance, c'est plus qu'un contact. Un ami, c'est en haut de tout ça. On peut diviser ça dans cinq, six différentes catégories, je crois.

Une citation de :Tony Accurso

Il reconnaît avoir aussi entretenu des relations d'amitié avec d'autres présidents de la FTQ, comme Clément Godbout et Michel Arsenault, ainsi qu'avec l'ex-président du comité exécutif de Montréal Frank Zampino, ou encore l'ex-directeur général de la Ville Robert Abdallah.

Tony Accurso a nié avoir jamais utilisé son yacht, le Touch, pour conclure des affaires, et dit qu'il n'y invitait que des amis, ou des amis de ces derniers. Il avait pourtant affirmé, dans une conversation avec le président de la FTQ Michel Arsenault, le 15 mars 2009 : « Si le bateau n'est plus utile pour faire du PR [des relations publiques], je vais m'en débarrasser. » Rappelons que Jean Lavallée, à lui seul, a séjourné une vingtaine de fois sur le célèbre yacht dans le Sud.

Devant la commission, M. Accurso a par ailleurs reconnu avoir chaque fois payé à ses invités le billet d'avion, à l'exception de Frank Zampino.

Accurso nie des interventions des syndicalistes Jocelyn Dupuis et Gérard Cyr en sa faveur

Tony Accurso nie avoir jamais demandé à l'ancien directeur général de la FTQ-Construction Jocelyn Dupuis d'approcher Eugène Arsenault de Ganotec, en 2006, pour lui faire une offre d'achat en son nom et au nom du Fonds de solidarité, comme ce dernier l'avait affirmé devant la commission.

« Il aimait ça, entrer dans des conversations », a soutenu Tony Accurso au sujet de Jocelyn Dupuis, entendu mercredi matin dans une écoute électronique faite début 2009. « Il a essayé de voir s'il y avait une porte ouverte pour m'approcher par la suite », a-t-il analysé, avant de préciser que M. Dupuis n'était aucunement autorisé à parler au nom du Fonds ni en son nom.

Il ajoute qu'il ne s'intéressait pas à cette entreprise et soutient qu'il n'a jamais parlé à M. Arsenault de sa vie.

Il nie aussi que Gastier, une compagnie qu'il a acquise vers 2009, ait offert des milliers de dollars pour débaucher des employés de Ganotec, désormais un rival, par l'entremise de Gérard Cyr, patron du local 144 de l'International avec lequel il a reconnu être ami.

Il croit d'ailleurs que cette allégation faite par Eugène Arsenault, qui se retrouve dans une autre écoute du début 2009 présentée par la commission, est douteuse, car, à son avis, il est « clair et net que ce monsieur-là était saoul », se fiant au ton de sa voix.

Les audiences de la commission se sont terminées de façon hâtive, mercredi, après que la procureure LeBel a demandé à Tony Accurso d'expliquer pourquoi il n'avait pas défrayé les frais d'un voyage sur le Touch de Frank Zampino, ex-président du comité exécutif de la Ville de Montréal.

L'avocat de Me Belleau s'est opposé à cette question, en arguant qu'elle relève du « domaine des allégations qui pourraient toucher l'utilisation du bateau comme instrument de corruption ». La commission a alors décidé de terminer ses travaux sous ordonnance de non-publication pour discuter de l'affaire. Ils devraient se poursuivre en non-publication au retour jeudi.

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