•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Photo : Jean-François Bélanger

Radio-Canada

La Suède a renoncé à son généreux régime de retraite, qui n'était pas viable à long terme, pour un modèle plus réaliste qui oblige les Suédois à travailler plus longtemps sans savoir combien ils recevront en prestations.

Un texte de Jean-François BélangerTwitterCourriel

Margareta Almquist est la grand-mère que tout le monde aimerait avoir. Toujours souriante, facétieuse; elle avoue un penchant pour les sandwichs à la crème glacée et nous raconte avec bonheur la promenade en scooter qu'elle a faite avec sa petite-fille Sofia. Margareta a 77 ans, mais en paraît facilement 10 de moins, tant elle est énergique. Mère de quatre enfants et déjà sept fois grand-mère, sa famille est sa plus grande fierté.

La septuagénaire est, de son propre aveu, une retraitée heureuse. Elle a cessé de travailler il y a 12 ans, après avoir oeuvré 28 ans comme secrétaire au sein de l'entreprise de son défunt mari.

En vertu du système en vigueur à l'époque, seules les 15 meilleures années de salaire ont été prises en compte dans le calcul de sa pension. Du coup, elle n'a pas de problèmes d'argent et se permet régulièrement des voyages à l'étranger, en France ou en Italie. « Je pense que c'est fantastique qu'on m'envoie de l'argent chaque mois, sans que je n'aie rien à faire. C'est formidable », lance-t-elle dans un français presque sans accent.

En fait, Margareta n'a qu'une inquiétude, c'est que ses enfants et petits-enfants ne soient pas aussi chanceux qu'elle. « Ma génération a été une génération un peu gâtée; on a eu de la chance », dit-elle.

Car, si la Suède a la réputation d'être un modèle d'État providence, un paradis pour les chômeurs et les retraités, les choses commencent à changer. Avec le vieillissement de la population et la hausse de l'espérance de vie, les Suédois ont dû se rendre à l'évidence : le généreux régime de retraite dont bénéficie Margareta n'était pas viable à long terme.

En 1994, les politiciens suédois de tous horizons politiques ont réalisé l'impensable : ils se sont tous mis d'accord pour attaquer de front le problème des pensions, pour le régler ensemble, dans le consensus. Après de longues consultations, ils ont accouché d'une ambitieuse réforme; une refonte en profondeur. Avec pour objectif principal d'éviter tout déficit futur; d'assurer la viabilité du système pour les décennies, voire pour les siècles à venir.

Notre dossier

Anna Hedborg, à l'époque ministre de la Sécurité sociale, a été l'une des principales architectes de la réforme. « Ce que nous avons essayé de faire, c'est de nous assurer de ne pas donner trop d'argent aux actuels retraités aux dépens des retraités futurs. Car, avec la courbe démographique actuelle, le risque de manquer d'argent était bien réel. »

Le système qui en résulte est un régime à cotisations définies plutôt qu'un régime à prestations définies. Ce qui veut dire que si les salariés savent combien ils paient, soit 18,5 % de leur revenu (ce qui est davantage que le maximum de REER autorisé au Canada), ils ne savent pas exactement combien ils obtiendront au moment de la retraite, car le montant est ajusté en fonction de l'état de santé de l'économie du pays et de l'espérance de vie des Suédois.

Pour faire passer la pilule, les autorités suédoises ont misé sur la transparence. Chaque salarié, du secteur public comme du secteur privé, reçoit donc régulièrement une enveloppe orange qui détaille les cotisations déjà payées et fait des projections sur le montant qui sera versé au moment de la retraite.

Première conséquence concrète du nouveau système, les Suédois vont devoir travailler plus longtemps avant de prendre leur retraite : 40 ans minimum contre 30 ans auparavant.

Magnus Almquist, le fils de Margareta, le sait : si sa mère a pris sa retraite à 65 ans, lui devra sans doute travailler 5 ou 10 ans de plus.

Tous ceux de ma génération s'attendent à devoir travailler plus longtemps sans doute jusqu'à 70ans ou même davantage. Mais ce n'est pas si grave, car nous sommes aussi en meilleure forme physique que nos parents et les tâches que nous faisons sont souvent moins pénibles.

Magnus Almquist
Bengt SibbmarkAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Photo : Jean-François Bélanger

Le temps des bilans

Si la réforme s'est imposée sans trop de protestations il y a 20 ans, beaucoup aujourd'hui estiment venu le temps des bilans.

Et pour la plus grande association de retraités du pays, le bilan n'est pas nécessairement très brillant. Bengt Sibbmark est le spécialiste des pensions au sein de PRO, la plus grande association de retraités en Suède avec plus de 400 000 membres. S'il loue la viabilité et la solidité à toute épreuve du nouveau système, il constate que l'équilibre financier est atteint aux dépens des retraités.

« Le mécanisme d'ajustement qui a été mis en place ajuste les pensions versées en fonction d'une foule de paramètres. Et, depuis trois ans, parce que l'économie mondiale va mal, les retraités ont vu leur rente baisser, dit-il. La génération actuelle va s'en sortir, mais pour les générations à venir, ça risque de devenir difficile; tout le monde va avoir une pension, mais cette pension risque d'être trop faible. »

Quel avenir pour nos retraites?  Consultez notre dossier.

Anna Hedborg, ancienne ministre de la Sécurité sociale, l'avoue : des modifications, telle une augmentation du taux des cotisations, seraient souhaitables. « Il y a plusieurs choses que nous n'avions pas prévues, admet-elle, comme la hausse si importante de l'espérance de vie qui ne cesse d'augmenter. »

Difficile cependant d'imaginer une nouvelle réforme, puisque toute modification requiert l'unanimité au Parlement.

Les Suédois ont donc fait le pari d'apprendre à vivre avec ce système imparfait, car il est le fruit de nombreux compromis. « Je pense que notre système n'est pas si mal, dit Magnus Almquist. Suffisant en tout cas pour assurer aux Suédois la sécurité financière à laquelle ils aspirent. Au moment de la retraite, je ne vais sans doute pas pouvoir m'acheter une voiture sport; je vais peut-être devoir déménager dans une maison plus petite, mais au moins je sais qu'il y aura de la nourriture sur la table. »

Ailleurs en Europe

L'Autriche possède un régime national à prestations déterminées qui couvre tous les travailleurs. En 2010, les employeurs versaient l'équivalent de 12,6 % des salaires dans ce régime contre 10,3 % pour les employés.

En Espagne, 15 % des travailleurs avaient un régime de retraite professionnel en 2000, mais l'État a mis en place une assurance vieillesse à laquelle cotisent employés et employeurs.

Comme plusieurs pays européens, l'Irlande repousse l'âge de la retraite. En 2028, les travailleurs irlandais devront attendre à 68 ans pour cesser de travailler.

Aux Pays-Bas, en plus de cotiser au régime d'assurance vieillesse, presque tous les travailleurs (91 %) sont couverts par un régime de leur employeur.

La France dispose du régime de la Sécurité sociale et des régimes professionnels privés, qui sont obligatoires et qui couvrent l'ensemble de travailleurs. Ceux-ci peuvent aussi adhérer à des régimes complémentaires. La retraite peut commencer à 62 ans si le travailleur a cotisé pendant au moins 41,5 années; sinon, il devra patienter encore 5 ans.

International