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Les grandes amitiés de Tony Accurso scrutées par la commission Charbonneau

Premier jour de témoignage de Tony Accurso

Premier jour de témoignage de Tony Accurso

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La commission Charbonneau s'est longuement attardée, mardi, aux amitiés tissées au fil du temps par Tony Accurso avec différents hommes d'influence, au premier chef Louis Laberge, longtemps président de la FTQ et fondateur du Fonds de solidarité, un acteur institutionnel qui a joué un rôle clé dans sa réussite.

Un texte de Bernard LeducCourriel

L'interrogatoire, mené par la procureure en chef Sonia LeBel, n'a pas pour l'instant fait ressortir de faits nouveaux, mais il a permis de confirmer ses liens, outre avec M. Laberge, avec l'ex-directeur général de la Ville de Montréal Robert Abdallah, ainsi qu'avec Gérard Cyr, longtemps président de l'International, un syndicat concurrent de la FTQ. 

L'entrepreneur fort médiatisé a d'abord expliqué que c'est son père, un immigrant italien, qui a fondé la compagnie Louisbourg sur laquelle il a bâti son empire. Tony Accurso, né, lui, à Montréal, affirme avoir travaillé à ses côtés jusqu'à son décès, au début des années 1980.

Il a raconté que c'est dans les années 1970, au terme d'études aux États-Unis, à l'Académie militaire Jr West Point, à Cornwall-on-Hudson, puis à l'Université Concordia, en génie civil, qu'il s'est lancé à plein temps dans la construction et fait le choix, par ambition, d'orienter l'entreprise vers des projets d'envergure.

Il s'initie alors au fonctionnement des grands chantiers, mais aussi à la mécanique des appels d'offres, ce qu'il appelle « le nerf de la guerre ». C'est d'ailleurs pourquoi il se souciera, dans les années à venir, de bâtir un empire capable de fournir l'ensemble des matériaux nécessaires sur un chantier, ce qui permet de soumissionner moins cher.

Rapidement, j'ai réalisé que, pour réussir, on ne peut pas faire comme les autres. Il faut que je m'enligne dans mon avenir pour faire des grands chantiers, aller dans des types de travaux que pas beaucoup d'entrepreneurs vont faire parce qu'ils ont peur.

Une citation de :Tony Accurso

C'est vers cette époque qu'il rencontre, par l'entremise de son père, Jean-Claude Desjardins et Paul-Émile Sauriol, fondateurs de ce qui deviendra Dessau, une firme souvent nommée devant la commission Charbonneau.

Puis, au début des années 1980, il fait la connaissance de Robert Abdallah et Marcel Melançon. Le premier, qui travaillait alors à Hydro-Québec, sur le chantier de Manic 5, sera par la suite directeur général de Montréal (2003-2006), avant de diriger une filiale de Simard-Beaudry (2008 à 2011), une entreprise de M. Accurso. Le second sera pendant des années son partenaire dans l'entreprise Marton, qui construira notamment le siège social de la FTQ.

L'ami Laberge

C'est M. Mélançon, a-t-il dit, qui lui a présenté vers cette même époque Louis Laberge, alors président de la FTQ et futur fondateur du Fonds de solidarité.

Il a expliqué que c'est avec réticence qu'il a accepté la rencontre, se méfiant alors du pouvoir syndical, à son zénith sur les chantiers. « Vous avez tellement de choses en commun, tu devrais, Tony, t'asseoir avec ce gars-là : vous avez les mêmes objectifs », aurait fait valoir M. Mélançon.

Franchement, j’avais peur. J’avais 28 ans, M. Laberge avait un certain âge, beaucoup d’expérience. Et faire face à M. Laberge, dans ces années-là, c’était quelque chose.

Une citation de :Tony Accurso

Tony Accurso n'a pas tari d'éloges à l'endroit de Louis Laberge qui, provocateur, lui a lancé, après lui avoir demandé si ses affaires étaient profitables : « parfait : ceux qui ne font pas d'argent, je préfère les laisser à la CSN! ».

« C'était vraiment une belle rencontre », a-t-il laissé tomber, disant que l'objectif de M. Laberge était qu'émerge enfin une grosse entreprise de construction québécoise dans un marché alors dominé par des compagnies étrangères, avec des travailleurs bien payés et bien formés.

Le syndicaliste lui confie rapidement, dès 1982, son grand rêve d'une banque populaire syndicale qui fournirait du capital de risque aux entreprises québécoises, ce qui deviendra le Fonds de solidarité FTQ. À l'époque, a-t-il souligné, les banques hésitaient à fournir ce type de capital, et ce rêve rejoignait ses ambitions. Il sera d'ailleurs, quelques années plus tard, du nombre des 150 investisseurs qui donneront entre 10 000 $ et 15 000 $ pour le lancer.

Malgré ces liens avec Louis Laberge, ce n'est cependant qu'en 1990 qu'il s'associe pour une première fois avec le Fonds afin de racheter un compétiteur dans le domaine des tuyaux d'aqueducs en béton. Le Fonds, dit-il, voulait sauvegarder les emplois de cette entreprise rivale qu'il venait de mettre à genou. Le tout prendra le nom d'Hyprescon, dans laquelle il sera donc partenaire avec le Fonds.

Puis, en 1993, c'est lui qui à son tour approche le Fonds pour investir dans les Galeries Laval, un centre commercial dans lequel ils seront partenaires à parts égales jusque vers 2010.

L'intérêt du Québec à coeur

S'il admet s'être tourné vers le Fonds dans ces deux cas pour du financement plutôt que vers Toronto, a-t-il donné en exemple, c'est par amitié envers les gens du Fonds et par souci du Québec.

« Quand on fait des emprunts ou des investissements, on veut que l'argent reste au Québec, dans nos institutions financières – le Fonds de solidarité, la Caisse de dépôt,... - au lieu de toujours faire appel à Toronto, parce que c'est pas juste le capital qui retourne alors à Toronto, c'est l'intérêt aussi »,a-t-il fait valoir.

Tu ne conclus pas un deal au Fonds avec un monsieur et une poignée de main, ce n’est pas comme ça que ça marche […] c’est beaucoup plus rigoureux qu’une banque.

Une citation de :Tony Accurso

Enfin, en 1999, il met la main sur Simard-Beaudry, une entreprise florissante que convoitait au même moment la française Sintra. Cette transaction, a-t-il insisté, a permis d'éviter qu'une entreprise québécoise passe entre des mains étrangères.

« Le Fonds de solidarité, c'est la meilleure institution au Québec pour aider les Québécois », a plaidé Tony Accurso, qui souligne que leur relation, au final, a été mutuellement bénéfique. « C'est 95 millions de dollars que j'ai donnés en profits au Fonds », indique-t-il. 

Tony Accurso fera passer l'héritage de son père d'une entreprise employant entre 100 et 125 employés avec un chiffre d'affaires de 15 à 20 millions de dollars par année à un empire de 1,2 milliard de dollars en 2009 avec 3500 employés.

Tony Accurso s'est incidemment montré surpris lorsque la procureure LeBel lui a demandé si en 1964, son père, alors à la tête de Louisbourg, n'avait pas été reconnu coupable de collusion avec cinq autres entreprises en lien avec des contrats de la Ville de Montréal. « Personne ne m'a amené ça à mon attention », a-t-il laissé tomber, sans plus.

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