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La France a un nouveau gouvernement de « clarté »

Le nouveau ministre français de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique, Emmanuel Macron

Le nouveau ministre français de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique, Emmanuel Macron

Photo : ? POOL New / Reuters

Reuters

François Hollande et Manuel Valls ont composé mardi un nouveau gouvernement allégé des ministres qui réclamaient un virage à gauche, afin de mettre en oeuvre la politique sociale-démocrate voulue par l'exécutif dans la « clarté » et la « solidarité ».

Le gouvernement Valls II, dont la majorité sera fragile au Parlement, est marqué par l'arrivée au ministère de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique d'Emmanuel Macron, ancien conseiller économique du président français, en remplacement d'Arnaud Montebourg, qui ne détenait que l'Économie.

Forcé au départ après avoir critiqué la politique de réduction des déficits menée par le gouvernement, le « troisième homme » de la présidentielle de 2012 avait été suivi lundi par les ministres de l'Éducation, Benoît Hamon, et de la Culture, Aurélie Fillippetti, deux tenants de l'aile gauche du Parti socialiste (PS). Ils sont remplacés respectivement par deux femmes jeunes, Najat Vallaud-Belkacem, qui poursuit à 36 ans une carrière météoritique, et par Fleur Pellerin, 41 ans.

Outre Emmanuel Macron, la seule entrée au niveau ministériel dans ce gouvernement est Patrick Kanner, chargé de la Ville, de la Jeunesse et des Sports.

Du côté des formations alliées du PS, la ministre du Logement Sylvia Pinel reste à son poste, de même que les deux secrétaires d'État radicaux de gauche.

Le président du PRG (Parti radical de gauche), Jean-Michel Baylet, qui ne participera pas lui-même au gouvernement, a annoncé qu'il avait obtenu le maintien des départements ruraux dans la réforme territoriale, condition posée par sa formation à son maintien au gouvernement. 

« Solidarité, respect, cohérence »

Plusieurs personnalités écologistes, sondées pour participer à la nouvelle équipe malgré le refus de l'appareil des Verts et le départ des ministres EELV (Europe Écologie Les Verts) du gouvernement en mars dernier, ont renoncé à franchir le pas.

« Les conditions pour la participation d'écologistes ne sont pas réunies », a écrit mardi le sénateur Jean-Vincent Placé sur Twitter, disant souhaiter « la réussite du gouvernement ».

Clarifier la ligne de l'équipe

« Le président a demandé au premier ministre de composer un gouvernement de clarté sur la ligne, [...] clarté sur les comportements, clarté sur la composition et clarté sur la majorité », a-t-on déclaré dans son entourage avant l'annonce de la composition du nouveau gouvernement.

« Il faut que les comportements garantissent la solidarité, le respect, la cohérence », a-t-on souligné de même source, une allusion aux critiques formulées par Arnaud Montebourg.

Le premier Conseil des ministres de la nouvelle équipe aura lieu mercredi, une manière de montrer qu'il n'y a pas de temps à perdre pour mettre en oeuvre le pacte de responsabilité, un ensemble de baisses des charges pour les entreprises, et le programme d'économies de 50 milliards d'euros.

Il faudra ensuite négocier avec les partenaires européens de la France une nouvelle trajectoire pour la réduction des déficits publics, l'atonie de la croissance rendant impossible d'atteindre l'objectif de ramener les déficits sous la barre des 3 % du PIB en 2015, comme la France s'y était engagée.

Les « réformistes » de la majorité ont salué la clarification de la ligne politique du nouveau gouvernement.

« Le gouvernement doit être [...] un gouvernement de combat, ce n'est pas un gouvernement de débats », a résumé sur RTL Bruno Le Roux, chef de file des députés PS.

L'article 49 de la Constitution devrait être utilisé

Une trentaine de parlementaires socialistes ont créé mardi à Lyon, à l'initiative du sénateur-maire de la ville Gérard Collomb et du député parisien Christophe Caresche, un « pôle des réformateurs » pour soutenir un gouvernement « courageux ».

« Il ne saurait y avoir deux lignes politiques au sein du gouvernement », ajoutent dans leur manifeste ces députés opposés à une relance par la consommation défendue par Arnaud Montebourg, préférant une rénovation de l'appareil industriel.

Ce remaniement risque de réduire la marge de manoeuvre du gouvernement au Parlement, puisque nombre de « frondeurs » du Parti socialiste ont apporté leur soutien à Arnaud Montebourg.

Manuel Valls, qui clora dimanche l'université d'été du PS à La Rochelle, pourra à cette occasion mesurer le rapport de forces entre ses soutiens et ses opposants.

Mais d'éventuelles défections à l'Assemblée, où les socialistes sont 290 alors que la majorité absolue est à 289 voix, devraient être compensées par les 17 radicaux de gauche, voire une partie de 18 députés écologistes.

En outre, l'exécutif a des armes pour passer en force - le vote bloqué et l'article 49 de la Constitution - qui engage la responsabilité du gouvernement.

Le premier permet de soumettre au vote un texte en totalité et les seuls amendements déposés ou acceptés par le gouvernement afin d'en accélérer l'examen, même si la navette entre le Sénat et l'Assemblée continue, et éviter de voir un article rejeté.

Mais si l'exécutif juge sa majorité vraiment trop friable, il pourrait céder à la tentation de l'article 49, qui engage la responsabilité, donc la survie du gouvernement, sur un texte. Dès lors que le gouvernement décide de s'en remettre à cet article et à son alinéa 3, le texte est adopté sans vote si aucune motion de censure n'est déposée puis adoptée.

Depuis 1959, la responsabilité du gouvernement a été engagée à 82 reprises, pour 49 lois. Michel Rocard, premier ministre socialiste de 1988 à 1991 avec une majorité relative (275 députés), fut le champion du « 49.3 », qu'il a convoqué 28 fois pour faire adopter 13 textes.

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