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Accord de cessez-le-feu permanent entre Israël et le Hamas

Le reportage de Marie-Ève Bédard
Radio-Canada

Un accord de cessez-le-feu permanent a été conclu sous l'égide de l'Égypte entre le Hamas et Israël. Et dès son entrée en vigueur, des milliers de personnes ont envahi les rues pour exprimer leur joie, soulagées après sept semaines de guerre et plus 2000 morts.

L'accord comprendrait une levée du blocus de la bande de Gaza mis en place par l'armée israélienne en 2007. Un dirigeant israélien a expliqué qu'Israël allégera son blocus pour permettre l'entrée des biens humanitaires et des matériaux de construction nécessaires. Il a également indiqué que des discussions indirectes sur des questions plus épineuses débuteront dans la capitale égyptienne d'ici un mois.

La levée de ce blocus militaire de la bande de Gaza est la principale revendication des Palestiniens pour l'arrêt des tirs de missiles contre le territoire israélien.

La proposition égyptienne porte également sur l'extension des zones de pêche. Les restrictions imposées par Israël aux pêcheurs de Gaza doivent être levées, notamment la limitation de navigation à 3 milles, pour l'élargir à 6 milles nautiques (11 km) puis à 12 milles, selon le document cité par Azzam Al-Ahmed, chef de la délégation palestinienne.

Selon les accords d'Oslo de 1994, les pêcheurs de Gaza avaient le droit de naviguer jusqu'à 20 milles, mais cette distance a été revue à la baisse plusieurs fois par les Israéliens, notamment en réponse à des tirs de roquettes ou des attaques.

« La libération de prisonniers palestiniens en échange des corps des soldats israéliens tués » figure aussi en bonne place de cette proposition. Plus de 5000 Palestiniens sont emprisonnés en Israël. Le Hamas veut la libération de la soixantaine de prisonniers qui avaient été relâchés en 2011 en échange du soldat Shalit et qui ont à nouveau été emprisonnés en juin après l'enlèvement et le meurtre de trois jeunes Israéliens en Cisjordanie.

La réouverture de l'aéroport de Gaza et la réutilisation du port maritime seront discutées durant les négociations prévues sous un mois.

Le cessez-le-feu d'abord annoncé par des responsables du Hamas a été confirmé par le président Mahmoud Abbas. Les Israéliens ont attendu jusqu'aux dernières minutes avant son entrée en vigueur pour dire qu'ils avaient accepté « la proposition égyptienne d'un cessez-le-feu sans condition et illimité dans le temps ».

« Victoire pour la résistance »

Plusieurs dirigeants du mouvement Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, et du Djihad islamique, considéré comme la deuxième force dans ce territoire palestinien, sont apparus ce soir en public, pour la première fois depuis le début de la guerre.

Sur Facebook, le numéro deux de la direction du Hamas en exil, Moussa Abou Marzouq, a qualifié de « victoire pour la résistance » la levée de ce blocus arrachée de haute lutte aux Israéliens.

Ce blocus avait été imposé par le gouvernement israélien en 2007 à la suite de la prise de pouvoir du Hamas dans la bande de Gaza. Le mouvement palestinien ayant promis la destruction de l'État d'Israël, ce dernier avait décidé d'isoler l'enclave palestinienne en coupant tous ses points de passage et ses voies commerciales avec la bande de Gaza.

Ce blocus a eu pour effet d'asphyxier l'économie déjà chancelante de la bande de Gaza, plongeant la population dans une crise qualifiée de « mort lente » par les Palestiniens, dont plus de 45 % vivent sous le seuil de la pauvreté.

Le président de l'autorité palestinienne Mahmoud Abbas a déclaré pour sa part que les Palestiniens ne s'engageraient pas dans de nouvelles « négociations brumeuses ».

Le Canada accueille avec prudence le cessez-le-feu dans la bande de Gaza entre Israël et le Hamas. Le ministre des Affaires étrangères, John Baird, s'en est pris de nouveau au Hamas, soutenant que les Palestiniens à Gaza avaient « beaucoup souffert sous le règne » du mouvement palestinien.

Il a ajouté qu'il était « grand temps » que leurs besoins passent avant les « ambitions aveugles » de leurs dirigeants. Le ministre Baird a également dit s'attendre à ce qu'Israël contre-attaque de nouveau si le Hamas tire d'autres roquettes vers le territoire israélien.

Washington salue le cessez-le-feu. « Nous invitons toutes les parties à appliquer pleinement ses dispositions et à s'y conformer, et souhaitons vraiment que le cessez-le-feu soit réellement durable et viable », a déclaré Jen Psaki, porte-parole du département d'État.

Nous soutenons totalement l'annonce de cessez-le-feu.

Jennifer Psaki, porte-parole du département d'État

Ce cessez-le-feu survient après plus de sept semaines de bombardements et de tirs de roquettes entre l'armée israélienne et le Hamas qui ont fait plus de 2130 morts, principalement des civils, dans le camp palestinien et 68 dans les rangs israéliens. À ce lourd bilan s'ajoutent des milliers de blessés et la destruction d'une grande partie des infrastructures palestiniennes de Gaza.

Mardi matin, alors que les négociations se poursuivaient en Égypte, deux tours d'habitation ont été détruites au centre-ville de Gaza par des bombardements israéliens.

Sami Aoun explique pourquoi le Hamas crie victoire

Le bilan politique sera fait dans quelques semaines, estime le politologue et spécialiste du Moyen-Orient, Sami Aoun. Il s'agira d'évaluer cette trêve et ses retombées sur la sécurité des Israéliens et le chemin qui séparent les Palestiniens d'un État palestinien ou du moins de « pourparlers sérieux pour créer une plateforme commune de sécurité entre Israéliens et Palestiniens ».

Pour M. Aoun, « Israël s'est montré assez affaibli dans une guerre d'usure ». Le Hamas en revanche se contente de ce gain « psychologique », malgré les lourdes pertes en vies humaines.

Le Hamas n'a pas payé un prix politique pour cette guerre, conclut Sami Aoun.

Israël-Palestiniens, les racines d'un conflit. Consultez notre dossier.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et Associated Press

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